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Balade à Trinidad

Trinidad, Cuba. Fondée par des Espagnols en 1514. Ils exterminèrent la population locale. La ville fut repaire de pirates, marché d’esclaves et refuge de contrebandiers. Aujourd’hui joyau protégé par l’UNESCO, Trinidad est une ville musée. Vous trouverez le plus bel exemple de l’époque coloniale à Cuba dans cette ville où 500 ans d’histoire vous attendent. 

Frénésie sympathique

On arrive désorienté à Trinidad et on y débarque un peu comme si on sortait d’une machine à remonter le temps. Le chauffeur d’autobus à tourné et changé de rue plusieurs fois, il a faufilé son lourdaud véhicule entre les piétons, les charrettes et les vélos et lorsqu’il fait descendre tout le monde au coin de 2 rues qui ne vous disent rien, vous plongez dans le bain culturel de Trinidad, une ville qui possède sa propre personnalité. 

Vous aurez l’impression de débarquer au milieu d’un décor de cinéma grouillant de figurants. Personne ne dit « Coupez ! » et l’action semble continuelle.

Quelques-uns sentiront peut-être le besoin de serrer leur sac contre eux. Restez vigilant, mais ne craignez rien! Aucune agressivité ne flotte dans l’air. Dans cette chaleur à cuire un œuf, les gens fraternisent et se parlent. Il y a des vendeurs de fruits sur les petits trottoirs. Dans ces rues étroites, pittoresques et ancestrales il y a des chevaux maigrichons tirant des charrettes qui sont souvent de simples boites de bois sur roues. Il y a des gens à bicyclette, des motos, des calèches. Un monsieur pousse une brouette, suivi de son chien qui semble vieux, lui aussi. Les autos américaines des années 50, les camions qui boucanent, les autobus de touristes… La cohue trouble un peu, au départ, mais on comprend vite que Trinidad est une ville vibrante et ouverte et qu’ici, il faut composer avec la frénésie qui flotte dans l’air. Les gens vous regardent et vous sourient. Leur porte est ouverte, leur cœur aussi, et si vous leur adressez la parole, ils vous répondront gentiment. 

Tiens, la rue est bloquée par une procession de gens qui chantent en portant des drapeaux, suivis par des musiciens qui ont, pour certains, des instruments bien rudimentaires. Le groupe s’arrête au milieu de la rue et fait une ronde devant deux écolières en uniforme qui lisent un texte, puis tout le monde chante, ce que je crois être l’hymne national, en espagnol. Pendant ce temps certains des véhicules bloqués derrière klaxonnent d’impatience, haussant le niveau de décibels. 

La Plaza Mayor 

Vous apprendrez rapidement que la Plaza Mayor, le cœur et le centre historique de Trinidad, est droit devant. Ce secteur de la ville est piétonnier et il fait bon s’y promener en regardant les scènes qui se déroulent sous nos yeux comme un documentaire en temps réel. Là, un gars qui chante en s’accompagnant à la guitare juste à côté de trois policiers qui vérifient des papiers. Pas très loin, une séance de photo de mode sur la plaza. 

Il y a de vieux messieurs photogéniques un peu partout dans la ville, comme si ils avaient été placés là par le bureau du tourisme. Il y en a un avec un bras coupé, assis dans un escalier, un autre avec sa pipe est assis sur le bord du trottoir et le plus vieux, qui était probablement déjà là au temps des Espagnols, est sur un âne qui porte une pancarte dans le front. Vous les regardez en montrant votre appareil photo et en demandant la permission d’un clin d’œil et ils répondront « oui » d’un hochement de tête. Prenez quelques photos et allez leur donner une pièce d’un peso. Ils vous diront merci et vous pourrez prendre quelques autres photos, en vous éloignant. 

Prenez le temps de regarder les enfants en uniforme qui sortent ou entrent à l’école. L’éducation leur apporte la dignité. Mais ils restent des enfants et bien qu’ils aient toute la vie devant eux, ils courent.

Allez vous assoir sur un banc de métal de la Plaza Mayor et imaginez le capitaine espagnol Cortés qui stimule ses troupes en leur promettant richesse et fortune, sur cette même place, avant d’aller piller le Mexique. Imaginez-vous au matin du 10 février 1519, quand Cortés quitta Cuba avec près de 600 conquistadors embarqués sur onze navires chargés d’armes à feu et de chevaux. Les Aztèques ne les attendaient pas...

Imaginez les esclaves qui ont posé les pierres qui constituent les rues inégales sur lesquelles vous marchez, sans talons hauts. Si ces pavés pouvaient parler… Plongez dans le temps et dites-vous que ces grosses demeures aux monumentales portes en bois qui entourent la Plaza Mayor étaient d’abord les résidences des riches exploitants de canne à sucre. Ces maisons, cachant des cours intérieures, sont devenues des musées et peuvent être visitées pour un ou deux pesos. On vous permettra de regarder dans tous les coins et on vous invitera même à monter sur les toits et les terrasses. Allez partout, vous ne le regretterez pas. Remarquez ces toits en tuiles rouges, partout, comme s’ils faisaient partie de la signature de la ville.

Osez arpenter quelques rues en dehors du centre restauré; vous verrez des maisons délabrées qui semblent abandonnées, mais ne vous y trompez pas, des gens y vivent. Pauvrement. Ce climat tropical abrite aussi la misère.

Incontournable Guantanamera 

Pour se divertir, les amateurs de musique trouveront leur plaisir à Trinidad. Un peu partout sur les places publiques et dans les bars, des musiciens allègent l’atmosphère. Vous aurez l’impression de rencontrer le groupe Buena Vista Social Club presqu’à chaque fois, comme s’il fallait être vieux pour jouer de la musique. Malgré un soleil de plomb, à la faveur de l’ombre des arbres et grâce à la douceur d’une boisson fraîche, leur musique légère incite les gens à rester sur place. Vous entendrez le classique et apparemment incontournable « Guantanamera » au moins une fois, sinon trois ou quatre. Le soir venu, les nombreuses et réputées discothèques de Trinidad accueillent les fêtards jusqu’au milieu de la nuit, parfois dans des cavernes.

Plusieurs maisons sont devenues boutiques ou restaurants. Les gens sont fréquemment assis sur le seuil de la porte ou debout dans l’encadrement. Ils sourient et entrent facilement en relation avec vous. Nous sommes souvent sollicité lorsqu’on parcourre les rues de Trinidad. Parfois, pour avancer un peu, on regarde par terre et on feint de ne pas entendre. Ou on regarde et on dit « No gracias », en souriant. Et si on décide d’être généreux, il faut savoir rester discret et sobre. Personnellement, je donne à ceux que je photographie. Il y a un échange, je prends, je donne. 

La mer des Caraïbes

À Trinidad il y a la ville trépidante, mais vous n’êtes qu’à quelques minutes de la mer des Caraïbes. D’abord au pied de Trinidad, il y a la baie de Casilda et son port. Puis, entourant la baie, comme un bras autour du cou, des kilomètres de plages vous attendent à la presqu’ile de la Playa Ancon où sont logés les visiteurs des principaux hôtels tout inclus. 

Il vaut la peine de prendre l’ascenseur de l’hôtel Amigo Ancon et de sortir au dernier étage, le septième. Vous pourrez ainsi aller vous balader librement sur les toits et profiter de la plus belle vue de la région. Les fabuleuses montagnes de l’Escambray bordent le paysage. À leurs pieds, la ville vous attire et vous invite. Tournez les yeux vers la mer des Caraïbes et contemplez le coucher de soleil. Vous verrez la grosse boule rouge se déformer en entrant dans l’eau. Ensuite, levez les yeux vers le ciel et admirez la voie lactée. Des millions d’étoiles vous saluent !

Le photographe et son matériel

En reportage, je ne désire pas avoir l’air d’un photographe professionnel, ni exhiber beaucoup d’équipement. Je ne veux pas risquer d’intimider les sujets potentiels et je préfère leur laisser croire que je suis un souriant touriste ordinaire qui agit rapidement, sans trop réfléchir, en mode automatique. 

Préconisant voyager léger, l’équipement utilisé pour ce reportage consiste en un seul boitier Nikon reflex, un zoom 18-270 mm, et un filtre polarisant. J’opère rapidement et discrètement, cherchant mon image avant de la prendre. Mon matériel n’est visible que le temps nécessaire à la photo et il retourne rapidement dans son sac. Il m’arrive de mettre mon sac photo dans un autre sac, plus grand et plus anonyme, comme un sac de plage. Au crayon noir indélébile, j’ai camouflé le mot Nikon (originalement en blanc) sur mon boitier, sur les courroies et sur tout mon matériel. C’est plus discret. Quand les gens voient mon appareil, il y a déjà trois photos de prises. Et je ne suis pas un support publicitaire.

Avant de partir

C’est une bonne idée d’apprendre quelques mots, voire quelques phrases d’espagnol avant votre arrivée. Ça va vous servir. Et lorsque vous passerez par le bureau de change, c’est aussi une bonne idée de faire le plein de pièces d’un peso; vous aurez des pourboires à distribuer et de la monnaie pour les petits achats. Vous réaliserez rapidement que quelques mots d’espagnol et un peu d’argent facilite les rapports entre les Cubains et le riche touriste que vous êtes. Quoi que vous en pensiez…

Buen viaje!

Sylvain Laquerre
 

 

 

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