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Chan Cham Perou

Utah à moto  —  Dans l’imaginaire nord-américain, en fait de voyage quasi initiatique, il y a deux rêves chéris par beaucoup, hommes et femmes confondus : le «road trip», en Volks van ou en Harley-Davidson. Déjà grands amateurs de voitures plus stylées et performantes, ainsi que de cette moto parvenue au rang d’icône, nous avons opté pour celle-ci. Et pour destination : l’Utah, en croisant sur notre chemin, le Nevada, l’Arizona et le Colorado.

N’ayant malheureusement pas un mois de liberté professionnelle, nous avons choisi de nous rendre à Las Vegas en avion, où nous avons loué nos bolides sécuritaires. Notre aventure dans les déserts, montagnes et canyons se sera déroulée sur 7 jours et 2 200 kilomètres, au cours desquels nous avons ressenti les quatre saisons et tous les types d’altitudes.

Chez les adeptes de moto, il y a ceux qui vénèrent la vitesse, l’odeur et la sensation que procure le fait de chevaucher un engin de 400 kilos. Il y a ceux qui s’enivrent du vent, des panoramas et du sentiment d’ouverture sur le monde. Il y a ceux qui aiment tout simplement et follement la longue route et la rêverie. Pour nous, c’est tout cela.

Mais, pour faire un voyage aussi long à moto, il faut aussi être prêt mentalement à connaître des passages à vide, ce qui demande parfois de la patience, surtout dans les étapes plus chaudes ou plus froides.

Perspectives en folie 

En Afrique, on parle de safari à la rencontre des «Big 5». Aux États-Unis, c’est un départ pour un safari dans les «Mighty 5», écosystèmes bien vivants malgré leur apparente immobilité : les Arches, les Canyonlands, Bryce Canyon, Capitol Reef et Zion. Nous y avons ajouté la Dixie National Forest et Glen Canyon.

Dans les deux cas, on parle littéralement de safari-photo.

En effet, dans l’Utah, tout un chacun peut légitimement être emballé uniquement par la prise incessante de photos. Personne ne peut y échapper, tellement c’est grandiose à chaque coup d’œil, à gauche, à droite, en haut, en bas, tout près ou au loin.

Encore plus heureux – ou inconscients - sont ces intrépides qui vont toujours se mettre les pieds ou s’asseoir à l’extrême limite du sol, au-dessus du précipice.

Chose certaine : les distances et les hauteurs sont telles que l’on perd toute perspective. Sur photo, une cheminée ou un mur de roc rouge semblant à quelques mètres, est pourtant en réalité à des kilomètres au loin.

Voici un bref tour d’horizon dont les mots valent bien peu au côté des images, mais surtout de la présence in situ.

Bryce Canyon, dans le Sud-ouest : c’est 145 km carrés de formations géologiques âgées de dizaines de millions d’années. Elles prennent l’allure de roches coniques colorées. On y voit aussi d’immenses amphithéâtres naturels parsemés de murailles, d’arches et de hoodoos comme des fenêtres ou des marteaux, produits par l’érosion du plateau de Paunsaugunt.

Côté faune et flore : on trouve entre autres des cerfs, des pumas, des coyotes, des condors et des faucons, des colibris, 45 espèces de papillons ainsi que des pins et des peupliers. Et oui, aussi des fleurs, notamment des iris.

Monument Valley : le site fait partie d’une réserve des Navajos qui l’appellent «la vallée des rocs», sur le plateau du Colorado. Il est constitué de buttes magistrales de couleur vive, appelées inselbergs. On y trouve également des roches jumelles appelées «The Mittens», et une espèce de doigt géant, le «Totem Pole». D’autres rochers évocateurs de la vie humaine et animale ont été baptisés par les Navajos : «Le Grand chef indien», «L’aigle impérial», «L’œil qui pleure», «Les trois sœurs» et «La botte de cowboy». Ses panoramas sont rien de moins que saisissants.

Zion, dans le Sud-est : des canyons profonds aux roches colorées creusés par la rivière Virgin, sur 583 km carrés. Ici, les noms des sommets de ces formations géologiques datant de 150 millions d’années ont été donnés par des colons et explorateurs, inspirés religieusement : «Angels Landing», «Great White Throne», «Three Patriarchs». Et puis, en dehors de toute image sacrée : le «Checkboard Mesa».

On y trouve 80 espèces de mammifères, 300 espèces d’oiseaux, 40 espèces de reptiles et 900 espèces de plantes, allant des cactus du désert aux conifères des montagnes.

Dixie Forest : ici, on parle de 8 000 km carrés! C’est donc la plus grande forêt nationale de l’Utah. Son altitude varie beaucoup, de 850 à 3 450 mètres. La zone plus haute est composée de plateaux, dont un des plus hauts du pays, la Boulder Mountain, recouverte de plusieurs petits lacs. Il y pleut et neige. La température y connaît les extrêmes : -34 à + 38 degrés Celsius… selon l’altitude. Il va de soi que la végétation varie beaucoup aussi : plantes désertiques, pins à pignons, genévriers, conifères.

Capitol Reef, dans le Centre-Sud : étroit sur 160 km, près de la rivière Fremont et du Lac Powell vers Pleasant Creek, sur le Waterpocket Fold. Comme son nom l’indique, on y voit des formations blanches en forme de colonnes, mais aussi des rochers aux couleurs contrastantes exposant plusieurs couches de pierre et de terre. Le décor est aussi composé de dômes, de falaises et de gorges.

Glen Canyon, dans le Sud-est et Centre-sud : le barrage qui a créé le réservoir du Lac Powell a aussi détruit en partie le Glen Canyon en l’immergeant. C’est un site archéologique très important, attestant de la présence du peuple Pueblo. On peut y pratiquer plusieurs activités nautiques.

Et tant d'autres choses étonnantes

Les paysages, les espaces et la géographie étant ce qu’ils sont, l’Utah est évidemment le paradis de la randonnée, du vélo, de l’escalade, de l’équitation et du rafting.

Au pays de la démesure, plusieurs vont jusqu’au saut en parachute ou au saut libre d’un rocher (base jumping), ce qui ressemble au parapente.  

Et que dire du spectaculaire balancement à la corde de Delicate Arch…! 

Et on ne regrette jamais d’allonger quelques dizaines de dollars de plus pour atteindre le nirvana en une heure, à bord d’une montgolfière ou d’un avion.

Autochtones et pionniers accueillants 

Qui dit Ouest américain, dit bien sûr autochtones. Le nom Utah vient d’ailleurs de la nation Ute, qui est l’une des 5 nations encore présentes dans cette région, et qui veut dire «peuple des montagnes» ou «celui qui est plus haut». Les autres nations sont les Shoshones, les Goshutes, les Paiutes, les Navajos. On peut visiter un village encore plus ancien, celui des Anasazis dans le parc national du même nom, qui abrite aussi un musée. De plus, à venir bientôt, du 14 au 16 mai 2014 : le Festival des traditions vivantes, à Salt Lake City, capitale de l’Utah.

D’autre part, en 1847, les Mormons sont devenus d’importants pionniers dans l’Utah. Aujourd’hui encore, ils représentent 60 % de la population. Dans presque toutes les villes, on peut trouver un temple et un centre historique mormon. Le plus grand site rendant hommage à ce patrimoine est le Historic Temple Square, à Salt Lake City.

À la ville

Après s’être gavé de nature, il est permis de s’en évader un peu… Par exemple, à Moab, pour découvrir galeries d’art, boutiques, bijouteries et restaurants. Et, aux alentours de Pâques, à chaque année, Moab est célèbre pour son Jeep Safari.

À Cortez, au Colorado, les points d’intérêt, hormis le Canyon des Anciens qui abrite 6 000 sites archéologiques et le Mesa Verde inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO, sont les vignobles, les fermes d’alpagas et les vergers ouverts au public.

Nuits d'aventure

Après tous ces dépaysements de jour, pourquoi s’arrêter? Cette région des États-Unis regorge de lieux d’hébergement de toutes sortes, dont certains très originaux.

Il y a ce que l’on surnomme des «Dude Ranches» qui, malgré leur nom, accueillent aussi bien les hommes que les femmes voulant jouer au cowboy et cowgirl, pour apprendre notamment à conduire un troupeau. Un de ces lieux vraiment authentique est le Box C Ranch.

Au sympathique Zion Mountain Ranch, on côtoie par ailleurs un gros troupeau de bisons.

On peut souligner également le superbe Sorrel River Ranch Lodge, près de Moab, pour ses beaux chalets de bois joliment meublés, ses séances de yoga sur les rives du Colorado, et où l’on savoure le coucher de soleil sur le canyon dans la piscine ou le jacuzzi, pour terminer la soirée devant le grand feu de camp.

Une autre expérience Navajo intéressante, appelée «Hogan» peut se vivre au Firetree Inn, dans Monument Valley : on vit dans une butte de terre… très bien aménagée à l’intérieur.

Et pourquoi pas une nuit dans une yourte du Goblin Valley State Park?

Le Sunset Campground, à Bryce Canyon, se veut un choix éclairé : on y trouve des sites de camping sous la tente, entourés d’arbres.

Pour le repos plus standard, en terrain connu, il ne faut pas s’en faire : ce ne sont pas les terrains de camping et les Couette et Café qui manquent. De plus, toutes les chaînes connues et reconnues, pour petits et moyens budgets, sont présentes en plusieurs exemplaires : Holiday Inn, Days Inn, Ramada Inn, Travelodge, Best Western, Courtyard, Comfort Inn, La Quinta Inn, etc.

De l’humour jusqu’au palais

Les principaux produits issus de la nature de l’Utah sont le miel – la ruche est d’ailleurs le symbole de l’État bien que son slogan soit le «Friendly State» (tous deux sont intéressants, mais on cherche le lien…) -, les melons de Green River, et les framboises de Bear Lake.

De l’intervention de l’homme et de la femme naissent toutefois des aliments signatures qui sortent résolument de l’ordinaire : le cheeseburger décadent au pastrami, la «Fry sauce» pour frites, un sauce rosée faite de ketchup et de mayonnaise, ou encore la joyeusement nommée «Funeral Potato», un grand plat de gratin de pommes de terre autrefois servi aux personnes endeuillées à la réception suivant les funérailles.

Et, pour dessert, le scone qui est plus près du beigne au beurre et au miel que le scone anglais, ou la jolie et trrrrrès rrrrriche crème glacée «Aggie Blue Mint», curieusement teinte en bleu plutôt qu’en vert, composée de morceaux de biscuits et de copeaux de chocolat blanc.

Derniers conseils pour la route

Vous voudrez sans doute éviter le mois de juillet, car torride. Mai-juin et septembre-octobre s’avèrent parfaits pour voyager le plus à l’aise possible. Toutefois, même au printemps et à l’automne, comme le voyage en Utah vous amène la plupart du temps dans toutes les régions, les températures oscillent entre 2 et 30 degrés Celsius.

N’oubliez donc pas d’apporter des vêtements légers en poids puisque vous êtes en moto, mais pouvant répondre à tous vos besoins compte tenu du climat fort changeant, quelque soit le mois où vous y allez : chaleur, soleil, fraîcheur, pluie occasionnelle et même froid avec neige en montagne.

On dit le plus sérieusement du monde que «le même jour, on peut skier et jouer au golf dans l’Utah».

Et pour éviter le mal de l’altitude, car on peut y passer de 700 mètres à 4 000 mètres, les comprimés appropriés sont fortement recommandés.

 Et la moto elle? Bonne question…

Pour remettre la moto, vous avez le choix entre revenir à votre point de départ – ce qui veut dire longue route à nouveau – ou la déposer à un autre point de chute de la compagnie de location – ce qui signifie bien sûr, retour au bercail à partir d’un autre aéroport. À vous de choisir, selon votre disponibilité et l’intensité de votre amour pour la route.

À ceux qui se le demandent depuis le début de ce reportage : pour louer une Harley-Davidson là où nous sommes allés, il en coûte 165$ par jour ou, selon le modèle, autour de 1 000 $ par semaine.

Tout cela dit: ce fut une magnifique expérience et une fabuleuse incursion dans les paysages parmi les plus déstabilisants, majestueux et vertigineux d’Amérique.

Alexandre Anissimoff
avec la collaboration de Sylvie Berthiaume

www.lasvegasharleydavidson.com
www.visitutah.com

Bryce Canyon

Monument Valley

Zion

Lake Powell

Doux contrastes

Balancement à la corde, Delicate Arch

Jeunes autochtones

À Moab, quelques cowboys

Hogan à Firetree Inn

Yourte au Goblin Valley State Park

Un cornet de "Aggie Blue Mint" 

Harley-Davidson à Vegas 

Crédits pour photos des parcs nationaux: 

Alexandre Anissimoff
Gerry Kouverianos


 

 

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