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Patrick Bureau

Jean-Louis Doire
Fin de périple à la fois tragique et fabuleux, incroyable et improbable, mais véridique. Jean-Louis Doire, expert en placements pour gagner sa vie, et grand voyageur pour vivre sa vie, est décédé subitement, en plein bonheur, faisant l’étoile flottante sur les eaux turquoise de Cuba.

Encore plus étonnant et merveilleux, pour une rare fois, il était en compagnie de presque tous ses frères et sœurs, en vacances. Donc, vacances familiales qui se terminent certes très mal, mais il n’est pas mort seul, loin de siens : toute la famille a pu lui faire ses adieux en même temps, et s’occuper des formalités sur place. On peut dire, sans ironie, que Jean-Louis aura su laisser la trace indélébile de son dernier et grand voyage dans l’esprit de ses proches.

C’est avec grand plaisir et respect qu’Euphoria accueille Jean-Louis Doire, comme Invité du mois, à titre posthume, en vous présentant les témoignages vibrants d’amour de Denise, Janine, Yvon, Liliane et Thérèse Doire, qui ont tous reçu de Jean-Louis lui-même, la piqûre du voyage, dès leur plus jeune âge.

Si certains d’entre eux ont aussi voyagé souvent avec Jean-Louis, tous se sont abreuvés aux récits et aux rêves de voyage de leur frère, de 10 à 77 ans.

Euphoria – Décrivez la passion de Jean-Louis pour le voyage.

La famille Doire  –  Dès l’âge de 10 ans, son plus grand plaisir, c'était de regarder des cartes du monde et d'apprendre la géographie.

À 12 ans, il a supplié notre père d'acheter l'encyclopédie «Pays et nations». Dans le temps, c'était dispendieux mais pour lui et pour nous par la suite, c'était notre Internet. Il la lisait tout le temps… et il nous incitait à découvrir ce coffre aux trésors. Et lorsqu'il voyageait, on le suivait dans ses voyages, en consultant son encyclopédie.

Imaginez : il n’y avait aucun obstacle infranchissable pour Jean-Louis qui avait soif de voyage. A 19 ans, il a quitté notre lointaine Abitibi, et s’est enrôlé dans les Forces armées, puis dans la Marine marchande, justement pour voyager en Europe. De ce fait, il a lui-même aboli les distances et les barrières pour nous. Surtout, il nous a fait tellement rêver en nous envoyant des cartes postales «des vieux pays», comme on disait alors dans les années 50. Et quel était notre enchantement, quand il revenait avec des cadeaux-souvenirs!

Dès que les vacances arrivaient, il avait déjà un voyage longuement planifié et préparé.
En voyage, il était toujours heureux. Il cherchait toujours à trouver le bon côté des choses. Il parlait de ses voyages avec émerveillement et joie. Pour lui, un voyage permet d'ouvrir nos horizons.

Tout pour lui était question de découverte, il ne se contentait pas de lecture mais il voulait tout voir...même au Québec. «Voir par soi-même; il n'y a rien de mieux que les voyages pour voir les vraies choses», disait-il.

Il nous offrait même des sommes d'argent pour nous permettre de voyager.

Euphoria   Où Jean-Louis a-t-il voyagé? Et quelles ont été ses destinations préférées?

La famille Doire  –  Il serait plus facile de nommer les pays qu'il n'a pas visités.

Il a fait les 5 continents, incluant l'Arctique. Il nous parlait toujours avec enthousiasme de tous ses voyages.

Le Canada, d'un océan à l'autre, il l’a fait en auto, puis en train, et la dernière fois, en autobus. Il a adoré le nord du Québec, dont la Baie James.

Il a visité l'Amérique du Nord du nord au sud, et de l'est à l'ouest. A sa première année de retraite, il est parti en auto, seul, pour se rendre jusqu'au Mexique, en visitant à fond plusieurs états américains. Ce voyage dura 6 mois.

Il a aussi visité tous les pays de l'Amérique Centrale et plusieurs pays de l'Amérique du Sud, en plusieurs voyages.

Il a aimé le Japon pour sa beauté, sa politique et son organisation. Il nous parlait souvent de l'Afrique du Sud, de l'Inde, et de l'Australie où il a voyagé en solo durant 4 mois.

En Afrique du Nord, il a visité le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, mais a évité certains pays arabo-musulmans où il y avait de l’instabilité politique. Il n’a pas visité toute l’Afrique.

L’Asie et l’Europe ont très souvent accueilli Jean-Louis, notamment l'Allemagne où il est retourné à plusieurs reprises. Il avait aussi particulièrement apprécié les pays scandinaves comme la Norvège, la Finlande et la Suède.

Euphoria  Qu’est-ce que Jean-Louis appréciait le plus en voyage?

La famille Doire  –  Il aimait côtoyer et parler avec les gens du pays : les portiers, les femmes de ménage, les commerçants, etc. Il parlait anglais, français, un peu d’espagnol et d’allemand.

Il était curieux et préférait discuter avec les gens, plutôt que voir des monuments... Et quand il visitait les monuments incontournables, il allait toujours plus loin que l'explication du guide. Il aimait surtout vérifier ce qu'il avait lu dans sa documentation. Quand on voyageait avec lui, par exemple Waterloo, en Belgique, il nous donnait lui-même un véritable cours d’histoire inoubliable. Parfois, il était le guide du guide…

S’il était dans un voyage organisé, il sortait du groupe, au grand dam du guide, et allait voir ailleurs. Débrouillard, il savait comment réintégrer le groupe à un moment donné, par tout moyen de transport, ou retrouver l’hôtel, au grand soulagement de tous. Il a su nous inculquer cette débrouillardise en voyage, peu importe où dans le monde.

Il s’intéressait à l’histoire et au présent, aux systèmes politiques et économiques, ainsi qu’à leur impact sur le mode de vie des gens: les forces, faiblesses, différences, etc. Il aimait retourner dans les pays déjà visités pour voir leur évolution et les changements. Parfois, il était agréablement surpris et d'autres fois déçu.

Euphoria – Jean-Louis a-t-il déjà vécu une situation angoissante en voyage?

La famille Doire  –  Il s'est fait poignarder en plein jour au Chili pour quelques dollars. Il était à Santiago, dans le quartier de la Bourse. 

Mais, heureusement, un bon samaritain anonyme l'a conduit à pied dans un hôpital tout près et lui a demandé sa nationalité. A son arrivée à l'hôpital, il s’est évanoui. Il a dû être opéré, son hospitalisation à duré plus de trois semaines, et il a eu de très bons soins.

Pendant ce temps, le bon samaritain s’est rendu à l'Ambassade canadienne pour faire savoir qu'un Canadien était à l’hôpital et il n’a pas cherché à obtenir de récompense de Jean-Louis, de peur d'être reconnu....

Jean-Louis, fidèle à ses habitudes, a aimé discuter avec les infirmières. Pour lui, ce fut une expérience qu'il a su transformer en positif. Ses gestes de générosité envers l'hôpital et le personnel ont été fort appréciés. Surtout, cela ne lui a pas enlevé le goût des voyages.

Euphoria  Quels souvenirs de voyage rapportés par Jean-Louis vous ont le plus marqué?

La famille Doire  –  En 1956, des sabots de Hollande…! En 1980, les tableaux d’art naïf d’Haïti. Souvent, des peintures de jeunes artistes locaux. Et ses innombrables photos.

Euphoria  Quel genre de confort Jean-Louis recherchait-il?

La famille Doire  –  Sa principale préoccupation étant une hygiène acceptable, il optait la plupart du temps pour des hôtels de catégorie moyenne et convenable. Il ne détestait pas le luxe, mais ce n’était pas son but. Il pouvait s’accommoder de tout, selon les pays visités. Rien ne l’empêchait de voyager.

Il aimait se loger près d'une gare, car il voyageait de préférence en train.

Euphoria  En voyage, Jean-Louis était-il hasardeux côté nourriture?

La famille Doire  –  Il aimait prendre de bons repas et expérimenter la cuisine locale, mais ce n'était pas son objectif premier. Il était une bonne fourchette et aimait le bon vin, ainsi que la découverte de bières locales. Ce n'est pas à tous les soirs qu'il planifiait de prendre des repas gastronomiques. Quelques fois, il appréciait prendre son temps pour savourer et discuter avec des copains de voyage.

Euphoria  Est-ce que Jean-Louis a eu des regrets d’avoir tant axé sa vie sur le voyage?

La famille Doire  –  Non, il était content d'avoir orienté sa vie sur la découverte et sa liberté. La vie de famille, il l'a remplie avec ses frères et sœurs. Il a déjà mentionné qu'il a eu à prendre une décision difficile vers 23 ans : il aimait une femme… Il a eu à décider s'il fondait une famille avec elle. Mais son besoin d'aventure était plus fort. Il a dit qu'il aurait été malheureux dans une vie calme comme celle de ses amis. Il a aussi rencontré d'autres femmes, mais son besoin de liberté et de voyage étaient prioritaires.

Il était pour nous, ses frères et sœurs, comme notre père : il avait un lien familial très fort.

Euphoria  Jean-Louis avait-il encore des rêves de voyage?

La famille Doire  –  Il réalisait ses rêves au fur et à mesure. À 77 ans, il avait moins de rêves. Il ne faisait plus de grands projets. Il acceptait que son corps soit moins alerte, mais il aimait toujours autant lire et découvrir de nouvelles choses. Il aimait être avec ses frères et sœurs pour un voyage relaxant.

Souvent, Jean-Louis Doire, appelait ses frères et sœurs pour leur dire de regarder un documentaire de voyage à la télé, afin d’en discuter ensemble par la suite. Cela leur manque déjà, de toute évidence.

À la famille Doire, Euphoria souhaite encore de multiples voyages, avec Jean-Louis comme guide et protecteur aussi affectueux qu’allumé.

Entrevue et rédaction: Sylvie Berthiaume

Baie James

 

Mexique

 

Japon

Johannesbourg, Afrique du Sud

 

Haïti

 

Maroc

 

Allemagne

 

Norvège

 

Sabots de Hollande

 

 

 

 

 

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