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Patrick Bureau

Alain Lefèvre
Natif de France et Québécois d’adoption, le concertiste et compositeur de musique classique Alain Lefèvre connaît une brillante carrière nationale et internationale qui a débuté très jeune. Dès l’âge de 6 ans, il remportait en effet ses premiers d’une longue série de prix prestigieux, tant au Canada qu’à l’étranger.

En véritable missionnaire, il s’applique aussi depuis de nombreuses années à faire revivre et admirer le génie et l’œuvre du compositeur André Mathieu. Dans le même esprit, il rencontre bénévolement chaque année des milliers d’enfants dans les écoles pour qu’ils apprivoisent et apprécient la musique classique.

Alain Lefèvre vit, depuis 10 ans, un bonheur renouvelé à titre d’Ambassadeur artistique du célèbre Festival international de Lanaudière, qui se déroulera cette année du 8 juillet au 10 août. La soirée d’ouverture sera d’ailleurs une occasion de l’entendre interpréter Bach, Haydn, Ravel, Chopin et Rachmaninov, dans un cadre des plus enchanteurs.

Son amour de la musique et son talent l’ont amené dans au moins 40 pays. Il nous livre ici quelques moments mémorables, si difficiles à choisir parmi tellement d’expériences hors-du-commun.

Euphoria – Avez-vous déjà vécu un véritable «choc» en travaillant ou en visitant un pays?

Alain Lefèvre  –  Plusieurs fois, et surtout de très emballants. D’abord, Damas : en plus de l’histoire, ce qui m’a le plus ému, ce sont toutes les couleurs et les odeurs qui m’étaient étrangères jusque là. Je me rappelle une surprise, par exemple, des restaurants situés à deux ou trois niveaux sous le sol, puisqu’ils avaient été ensevelis par des tempêtes de sable. Cette réalité et ce genre de beauté si lointaines de nous, m’a littéralement étourdi d’émotion. 

Et puis, l’Islande : de l’hublot de l’avion, et dès les premiers pas en sortant de l’aéroport, on se croit arrivés sur une autre planète, immense de surcroît. L’empreinte laissée sur moi est indélébile. Et ma vision est entrée dans le champ du surréalisme.

Aussi, à Kuala Lumpur, en Malaisie, j’ai joué entre les deux tours jumelles Petronas. Imaginez le mariage d’effet visuel et auditif, incommensurable.

Enfin, Hong Kong, est pour moi la ville sans doute la plus fascinante.

Euphoria   Racontez-nous une rencontre exceptionnelle à l’étranger.

Alain Lefèvre  –  De par mon travail, j’ai eu la chance de rencontrer des gens illustres et des spectateurs de tous les milieux. Mais il y a une personne et une situation dont je me souviendrai toute ma vie: dans un pays arabe, j’avais été invité à donner une classe de maître devant un auditoire de jeunes filles voilées. Puis, l’une d’entre elles, est montée sur la scène pour jouer Chopin, devant le regard admiratif et protecteur de ses parents. Ce qu’il y avait de particulier est qu’elle était revêtue d’une burka intégrale. J’étais donc en compagnie d’une personne que je ne voyais pas du tout, et la communication passait très bien, grâce à la musique. 

Après la classe, les autres jeunes filles se sont mises à caresser les cheveux blonds très clairs de ma compagne JoJo. Cela aussi, c’était très décontenançant, mais tout aussi agréable de voir deux mondes aussi lointains se rejoindre, quelle que soit la manière.

Euphoria  Quel concert à l’étranger vous a-t-il marqué au plus haut point?

Alain Lefèvre  –  Un concert auquel j’ai assisté : celui de Sir Georg Solti, qui dirigeait à Paris un opéra de Mozart.

Un concert que j’ai donné : celui du Carnegie Hall en 2013, où j’ai joué André Mathieu.

Euphoria – Quelle musique ou chanson représente selon vous le mieux votre ville, Montréal?

Alain Lefèvre  –  Au risque d’utiliser un cliché, d’emblée et même après mûre réflexion, j’affirme que c’est la chanson de Robert Charlebois intitulée «Je reviendrai à Montréal».

Quand, tout jeune, je suis allé étudier à Paris, un soir d’hiver, je l’ai entendue dans une émission de télé. Tout Montréalais exilé temporairement ou non ailleurs, ne peut faire autrement que d’être ému au plus haut point devant la finesse de la musique, de la mélodie, des paroles, du ton et de la voix de Charlebois.

Euphoria  Vous avez séjourné dans des dizaines d’hôtels sublimes, y en a-t-il qui vous ont plu davantage?

Alain Lefèvre  –  Plusieurs en Asie, comme en Chine, à Kuala Lumpur et au Japon. Mais là où il faut vraiment aller au moins deux jours dans une vie, je dirais que c’est au Peninsula de Hong Kong. C’est du grand luxe soit, mais plus encore : le summum du raffinement.

Euphoria  Quelle est selon vous la meilleure cuisine?

Alain Lefèvre  –  Italienne. Je me rappelle encore Milan et San Remo, avec délice. Je dois cependant ajouter que Montréal compte d’excellents restaurants, et de plus en plus, notamment Delmo, pour ses poissons grillés.

Euphoria  Avez-vous déjà fait face à une situation dangereuse?

Alain Lefèvre  –  J’ai donné l’un des premiers concerts à Sarajevo, après la guerre. Je devais ensuite me rendre à Zaghreb. Le seul moyen était d’utiliser une voiture blindée et d’emprunter des routes sans aucun éclairage, truffé de «checkpoint» aux demi-heures. C’était à la fois très impressionnant et affolant, ne sachant ce qui pouvait arriver. Et le trajet qui prenait normalement 2 heures et demie, a pris 9 heures. Il est facile de concevoir l’inconfort physique et moral d’un tel trajet en pleine nuit, rencontrant sur le chemin des gens aux yeux hagards, dans un pays entièrement détruit.

Euphoria  Des situations cocasses aussi?

Alain Lefèvre  –  À Tripoli en Libye, j’ai joué devant des gens du Conservatoire, et en compagnie de musiciens traditionnels. On est donc très loin du Canada, géographiquement et culturellement parlant. Tout à coup, j’entends quelqu’un dans la salle s’exclamer : «Regardez, c’est Alain Lefèvre!». Je n’en revenais tout simplement pas. Cette personne faisait partie du premier groupe de touristes québécois en Libye. Qui plus est, une autre était pharmacienne : cela tombait tellement bien car j’avais une infection aux yeux, et elle avait justement dans son sac les bonnes gouttes pour moi…!

Euphoria  Comment le fait d’être l’Ambassadeur artistique du Festival de Lanaudière vous inspire-t-il?

Alain Lefèvre  –  J’ai l’honneur de porter toujours plus loin et fort le rêve et le message du père Fernand Lindsay, son fondateur. La possibilité d’écouter la meilleure musique classique dans un amphithéâtre exemplaire, et un environnement aussi enchanteur est un privilège inouï. Ce festival et ce lieu sont aussi l’occasion idéale pour les familles d’inculquer l’amour de la musique classique aux enfants et adolescents. Enfin, je suis fier de représenter le plus grand festival de ce genre au Canada.

 

Merci Monsieur Lefèvre d’avoir généreusement partagé avec les lecteurs d’Euphoria quelques manifestations d’une vie dont plusieurs rêvent, encore plus en écoutant votre musique.

Pour en savoir plus sur la carrière et les enregistrements d’Alain Lefèvre, ainsi que sur la 37e programmation du Festival international de Lanaudière, comprenant entre autres, des dizaines de concerts symphoniques et poétiques, dont celui du réputé violoncelliste Stéphane Tétreault pour célébrer le 150e anniversaire de naissance de Strauss, du cinéma musical en plein air, et même un spectacle soulignant le Centenaire du Royal 22e régiment :

www.alainlefevre.com
www.lanaudiere.org

Entrevue et rédaction: Sylvie Berthiaume 

 

 

 

 

 

Damas

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