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Patrick Bureau

Bertrand Gahel
Bertrand Gahel est l’auteur du renommé Guide de la moto, publié chaque année, depuis 20 ans. À ce titre, il parcourt la planète pour découvrir et faire les essais routiers de nouvelles motos en tous genres. 

Il évoque ici ses coups de cœur pour certaines destinations, visitées parfois presque en coup de vent, compte tenu de ses obligations professionnelles, et ce, à moto ou non.

Rappelons que les lecteurs d’Euphoria peuvent bénéficier de ses précieux conseils pour leur prochain voyage à moto en lisant notre article à ce sujet.

 

Euphoria – Tout d’abord, vous avez consacré jusqu’à maintenant toute votre carrière à la moto et au Guide de la moto. Quelles étaient et sont encore vos motivations?

Bertrand Gahel  –  Mes études ne me dirigeaient pas vers le domaine de l’édition et de la moto. Je me destinais à l’enseignement des mathématiques… J’ai toutefois saisi une opportunité qui m’était présentée. Après avoir déploré que l’image de la moto soit galvaudée – étant surtout associée aux motards criminalisés, alors que je constatais que beaucoup de gens très éduqués et honnêtes venant de divers milieux appréciaient la moto– j’ai décidé de me consacrer à la promotion de la moto comme moyen de transport, comme sport et façon de voyager. En observant les magazines et autres guides existants, j’ai aussi remarqué qu’ils s’adressaient surtout à des experts. J’ai donc pris sur moi de devenir l’ambassadeur de la moto auprès du grand public, et de décrire les caractéristiques de toutes les motos, dans la plus grande objectivité, véracité et transparence possible.

Euphoria   On a déjà décrit vos destinations préférées à moto dans notre autre article. Parlez-nous maintenant de vos destinations de choix, en général.

Bertrand Gahel  –  En Amérique : je continue à dire que le plus magique pour moi, c’est le Sud-Ouest américain, pour ses paysages quasi lunaires parfois, de verdure et de sable, qui me rappellent les vieux films sur le Far West et même certains dessins animés où s’esquive toujours le Road Runner. On n’est jamais séparé du décor. C’est encore mieux quand, avec un 4x4, on peut aller hors-route toucher une montagne, un rocher.

Dans le même esprit, le Colorado est à voir sans faute.

Du côté européen : j’adore l’Espagne pour sa culture décontractée, sa joie de vivre, le rythme de vie plus lent où l’on peut profiter du moment présent. Le climat est fantastique. C’est à mon sens un lieu où profiter de la simplicité, de la liberté. Ce n’est pas un pays très riche, parfois pauvre, mais où l’on ne voit pas nécessairement de misère.

Assurément aussi, les Alpes, en Allemagne et en Autriche. La route est incroyable : on fait 3 000 virages en 3 jours, sur des parois étroites. La montée comme la descente sont vertigineuses. Au sommet, manger sur une terrasse, simplement vêtu d’un t-shirt au soleil, tout en étant entouré de pics enneigés, c’est une sacrée expérience, pratiquement irréelle.

En Asie : le Japon m’a complètement séduit, par sa culture, le respect des gens, l’atmosphère très calme, malgré une très grande population. Les Japonais sont aussi tellement méticuleux : leurs descriptions des motos sont aussi pointues que s’il s’agissait d’expliquer ou de monter une horloge.

Ils sont aussi très discrets, en voici une preuve. Nous étions trois grands gaillards occidentaux de plus de 6 pieds et de 200 livres dans le métro. On détonait franchement dans l’environnement. Eh bien, personne ne s’est mis à nous regarder longuement ou de façon intriguée. Nous nous sentions donc très à l’aise, dans notre différence.

Euphoria  Qu’avez-vous observé, et qu’aimeriez-vous partager concernant les aéroports?

Bertrand Gahel –  Quand on voyage beaucoup, on en vient à ne plus rien voir de particulier dans les aéroports, c’est comme si on prenait le métro. Il y a beaucoup de similitudes entre eux, mais il y a aussi des différences, surtout dans les autres continents. 

Aux États-Unis, j’ai été complètement étonné devant une grande vitrine montrant tous les types d’objets déjà confisqués lors de fouilles à la sécurité : grenades, mitraillettes, longs couteaux… Comment quelqu’un peut-il penser passer avec des choses comme cela sur soi!

J’évite le plus possible l’aéroport de Chicago : c’est comme un immense trou noir. On y entre et on ne peut plus en ressortir, le plus gros labyrinthe que j’aie vu. Pire encore, 80 % du temps, j’y ai été confronté à des annulations de vols, des retards incroyables qui nous font manquer à coup sûr nos correspondances. Et très difficile d’avoir l’heure juste, et encore moins un vol de remplacement. On est presque à la merci du hasard, jouant ou non en notre faveur.

J’aime en général les aéroports européens, la plupart sont très beaux sur le plan architectural. Les aires et le service de la Lufthansa Airlines sont probablement le nec plus ultra.

Chose certaine, quel que soit l’aéroport, il faut être constamment aux aguets, pour surveiller son vol et la porte d’embarquement qui peut changer. Il ne faut pas se fier seulement aux annonces par haut-parleur car la langue est parfois difficile à comprendre, et il y a parfois des erreurs et contre-ordres. Donc, contre-vérifier deux et trois fois, avec les tableaux afficheurs.

Et évitez de prendre des correspondances trop serrées dans le temps, pour ne pas risquer d’en perdre une, et ainsi perdre beaucoup de temps et d’argent.

Par exemple, il m’est arrivé quelques fois de rater une corrrespondance à Toronto, et j’ai dû attendre jusqu’au lendemain matin très tôt. Ceci ne donne pas le temps d’aller dormir dans un hôtel à l’extérieur et de repasser 3 heures avant le vol pour les formalités de sécurité. Dormir par terre ou sur un banc d’aéroport, sous les néons et les haut-parleurs, est loin d’être reposant.

Euphoria – Relatez-nous un événement vécu dans un aéroport.

Bertrand Gahel   –  J’ai probablement vécu le summum en fait d’intensité, d’inattendu, d’incompréhensible et d’anxiété le matin des attentats du 11 septembre 2001 à l’aéroport d’Atlanta! Mes collègues et moi étions en attente d’un vol, on se promenait dans l’aéroport et on voyait beaucoup de personnes amassées devant des écrans de télé, mais on ne voyait pas ce qui se passait. On croyait qu’elles regardaient un match quelconque. Puis, un ami m’appelle sur mon cellulaire et m’informe de ce qui se passe. C’est assez paniquant, car on s’est aussitôt dit que notre aéroport pourrait être une cible. On a commencé à voir l’armée surgir de partout. L’incrédulité et la panique se généralisait autour de nous. On a eu le bon réflexe, pour ne pas être pris en souricière dans l’aéroport : on a demandé à notre ami de venir nous chercher pour nous amener dans un hôtel plus loin, car de toute façon autour de l’aéroport, ils étaient tous pleins. On ne savait pas si on serait bloqué là durant 1 jour ou 10 jours, avant que les vols reprennent. Personne n’avait jamais vu cela, et personne ne pouvait prédire ce qui se passerait par la suite. Finalement, nous avons loué une voiture pour rentrer au Canada.

Euphoria  Avez-vous déjà vécu une situation insolite?

Bertrand Gahel  –  En fait, oui, souvent la même, et un peu troublante, voire risquée… Je voyage très souvent, et quand des voyages se succèdent rapidement, décalage horaire et fatigue aidant, il m’arrive d’hésiter devant les douaniers lorsqu’ils me posent des questions aussi simples que «Où allez-vous? D’où venez-vous ?» Je bafouille, je cherche dans mes papiers… Imaginez la tête du douanier et surtout son air suspicieux!

À une occasion toutefois, suite à l’annulation d’un vol pour mauvaise température, j’aurais dû rentrer en voiture plutôt que d’attendre les prochaines correspondances! J’ai dû prendre 5 avions (oui, 5) en 24 heures, alors qu’en auto cela aurait pris 2 heures et demi!

Euphoria  Racontez-nous une belle rencontre faite à l’étranger.

Bertrand Gahel   –  En Afrique du Sud, un moment d’une signification profonde. Nous étions un groupe à moto circulant sur des routes de terre et de gravier. On croisait plein de gens se déplaçant à pied. Arrivés dans un petit village, c’est l’heure de la sortie de classes dans une école primaire. De petits enfants se sont mis à sauter de joie en voyant des motos passer devant eux. Ils nous saluaient. J’ai tendu ma main pour donner un «High Five» à l’un d’eux, et tous les autres enfants ont fait la même chose avec mes collègues. C’était comme une parade officielle, mais tout à fait spontanée. Surtout très réjouissante pour tout le monde.

Pour nous, c’est un souvenir encore plus mémorable et satisfaisant que notre séjour dans un hôtel de grand luxe. Le contraste avec la pauvreté des gens était tellement grand. Ce sont les jeunes qui nous ont donné le plus par leur sourire et leur joie manifestes.

Euphoria  Vos prochains voyages de rêve?

Bertrand Gahel –  L’Asie m’intrigue, donc : la Chine et la Russie. Mais surtout le Japon, pour prendre cette fois-là le temps de connaître des Japonais qui me fascinent pour plusieurs raisons personnelles et professionnelles.

 Merci Monsieur Gahel pour votre ouverture, votre enthousiasme, votre perspicacité et votre souci de bien conseiller les voyageurs.

Le Guide de la moto 2014 est disponible dans les bonnes librairies et les grandes surfaces.

 

Entrevue et rédaction: Sylvie Berthiaume

Sud-Ouest américain

Le Colorado 

En Espagne

Dans les Alpes autrichiennes 

Un couple de Japonais

Aéroport

Aires de repos d'Air Lufthansa

En Afrique du Sud

Une route en Chine 

 

 

 

 

 

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