Bannière
Envoyer Imprimer PDF

Chan Cham Perou

Le goût du nord du Pays de Galles    —    L’aspect goûteux de son côté sauvage… Aussitôt franchie la porte du White Horse Inn, nous sommes accueillis chaleureusement par les flammes rougeoyantes du foyer. Nous n’arrêtions pas là pour cueillir en chemin un «prêt-à-emporter», mais bien pour un déjeuner de type «relaxation savoureuse». Ce pub de bord de route, dans le comté de Welsh, se révèle un véritable havre après un long avant-midi de conduite sur des chemins bordés de haies et de champs peuplés de moutons.

Au sein du Royaume-Uni, le Pays de Galles est plutôt petit, mais tellement riche. Seulement 270 kilomètres, du nord au sud, et 97 kilomètres d’est en ouest, mais on pourrait passer une vie entière à découvrir tous ses trésors. Comme le gallois - une branche de la langue celtique – y est couramment parlé, on sent fort bien que l’on rencontre une culture vraiment distincte. On entend souvent : «Le Pays de Galles compte plus de moutons que de gens». C’est vrai: il y a là 11 millions de moutons et 3 millions de personnes!

Après un vol vers Manchester, la route est belle et facile vers le nord du Pays de Galles. Notre groupe d’écrivains errants voulait se nourrir de la beauté des paysages; il a fini par goûter tout autant aux délices du Pays de Galles sauvage.

Un cours de cuisine traditionnelle et festive

Nous sommes allés visiter le Caffi Florence, dans le Loggerheads Country Park, de Mold, pour découvrir son monde traditionnel de cuisson et pour participer à un atelier de cuisine intitulé «Préparons-nous pour Noël». Au Pays de Galles, la tradition culinaire de Noël a plus de cent ans.

C’est une chef passionnée, Catherine Metcalfe, qui nous a appris, pas à pas – ou main à main, devrait-on dire – à faire le gâteau de Noël, la tarte à la viande, à partir de zéro, et un pudding de Noël baignant dans le brandy.

Nous avons utilisé des ingrédients avec lesquels nous étions peu familiers, tels la graisse de légumes et la mélasse. La dégustation était bien sûr au programme, et on a pu faire provision de gâteries originales pour le prochain Noël à la maison.

Au Caffi Florence, l’atelier de cuisine est offert à un prix abordable, sur une base régulière. En plus des traditions, on y apprend aussi les tendances actuelles.

Un domaine d’État, bien hospitalier

En sortant de Wrexham, la route nous a menés sur une longue voie bordée de champs, au bout desquels on pouvait voir la maison nationale de Erddig, construite en 1687. Ce fut pendant un moment la résidence des Edibury, une famille noble dont la notoriété – qui faisait sa fierté – était notamment due à son mobilier et autres possessions à caractère unique. Aujourd’hui, Erddig est renommée et populaire auprès des visiteurs car c'est un exemple de domaine fort bien préservé, qui avait octroyé de bonnes conditions de vie à son personnel de serviteurs établi au rez-de-chaussée.

D’ailleurs, les peintures et photos ornant le hall, montrent chacun des employés en décrivant leurs vies. Ces œuvres furent évidemment commandées et offertes en cadeau par les propriétaires. La grande cuisine bien éclairée dévoile une impressionnante batterie de cuisine en cuivre. Sur deux arches, l’inscription peinte «Waste not and Want not», signifiant qu’il ne faut pas gaspiller la nourriture si on ne veut pas en manquer plus tard. Un message du passé que l’on devrait se remémorer constamment encore aujourd’hui.

Manger et s’approvisionner à la manière typiquement galloise

Tyddyn Llan, près de Llandrillo, est une auberge de campagne, qui se présente comme «Un restaurant avec chambres». Son élégance en fait un lieu idéal pour s’offrir un repas mémorable et une nuit confortable durant un voyage routier. Le chef Bryan Webb, une étoile Michelin, nous fait vivre en bouche le résultat de ses années passées à rêver et à créer.

Avec lui, les traditions galloises sont illustrées dans leurs versions anciennes et modernes, sur un menu changeant selon les saisons et parfois presque quotidiennement. Parmi les amuse-gueules : «laverbread crisps with deep fried cockles » et «scotch eggs». Le laverbread est une pâte à base d’algues de mer, un ingrédient très populaire dans le comté et dont le goût varie selon les endroits où elles sont récoltées. Les cockels sont des coques servies frites. Les scotch eggs sont des oeufs durs enrobés d’une pâte à laquelle se mélangent des morceaux de saucisse.

Après l’entrée de terrine au saumon fumé et une salade de concombre à la crème de raifort, le plat de filet de bar sauvage grillé à la sauce au beurre et aux algues nous ravit. Pour dessert, notre choix s’est arrêté sur la crème brûlée Whimberry. Les sources d’inspiration et de produits du chef Webb sont strictement locales et et en provenance d’autres régions environnantes. L’expérience gustative du Tyddyn Llan est donc purement anglaise.

Le domaine de la ferme Rhug, près de Ruthin, est une vaste propriété cossue appartenant à la famille Wynn depuis le 18e siècle. Au fil du temps et des circonstances, le domaine a commencé à se suffire à lui-même par l’agriculture. Si bien qu’il est aujourd’hui l’une des fermes biologiques les plus importantes d’Angleterre, produisant la plus haute qualité de viande et de volaille.

Au début, ce n’était qu’une modeste remorque de produits à vendre… Aujourd’hui, c’est une grande boutique de ferme et un café, cuisinant et vendant les produits des fermiers locaux. Avec vue disons «exotique» sur le troupeau de bisons, dans le paysage du pays de Galles.

Le «High Tea» au Bodysgallen Hall

En route vers Llandudno, arrêt incontournable pour le thé de 5 heures et la visite du jardin du Bodysgallen Hall, près du village de Llanrhos. Ce manoir du 17e siècle, qui était jadis une tour du château voisin de Conwy, a aujourd’hui une nouvelle vie d’hôtel-spa. Surplombant de grands jardins, le manoir s’adosse aux nuages noirs et aux couleurs feu de l’automne.

En ouvrant la lourde porte d’entrée ouvragée, on voit tout de suite les invités participant à ce goûter dinatoire classique, devant le foyer éclairant le hall. Nous avons pris le thé entouré de meubles élégants de l’époque. Le service très officiel nous a permis de vivre l’expérience la plus authentique qui soit.

Notre regard s’est tout à coup posé sur «Mae tegell yn ferwi and ty’n barod», ce qui veut dire «Les bouilloires sont bouillantes et je suis prête». Nous avons passé deux belles heures, à se délecter de jolies pâtisseries et de petites bouchées de sandwiches, en sirotant du thé très fin, en admirant les jardins à travers les vieux carreaux des fenêtres. La belle vie!

Un complexe victorien en bord de mer

Il faisait déjà presque nuit lorsque nous sommes arrivés au grand St. Georges Hotel sur la côte de Llandudno, une populaire station balnéaire de l’époque victorienne. Ouvert en 1954, il a continué de recevoir des touristes depuis ce temps. L’immense baie sablonneuse, entre deux montagnes, est bordée de plusieurs hôtels de style victorien. Des carrosses alignés sur le large sentier ont bravé les vents de l’automne et les éclaboussures des vagues pour profiter de l’air marin.

La salle à manger principale où l’on sert le dîner offre une vue imprenable sur la mer. On sert le petit-déjeuner-buffet, entièrement et copieusement gallois dans une autre salle.

Au village de Llandudno, le petit restaurant Seahorse, offre le dîner dans un contexte plus désinvolte et rustique. Don Hadwin, son chef, est un pêcheur aguerri, et il voyage loin pour attraper les poissons les plus exotiques. Certains d’entre eux font la joie des clients du resto, mais les trésors des autres pêcheurs locaux se retrouvent aussi dans les assiettes de ses clients.

Le domaine Bodnant

En peu de temps, la route nous mène au Bodnant Food Centre, dans un coin de campagne qui célèbre vraiment la cuisine galloise. Le domaine Bodnant est une propriété d’État sur lequel de vieux bâtiments de ferme abritent le Welsh Food Centre. Dans les années 1870, le domaine appartenait au chimiste Henry Pochin. Dans les vieux édifices de pierre restaurés, on trouve une boulangerie, une fromagerie, des ruches d’abeilles, une boucherie, des restaurants, une école de cuisine, un cellier et de l’hébergement.

La plupart des produits vendus au domaine Bodnant sont gallois, et près de la moitié sont produits sur place. Le chef Dai, est une célébrité qui aime apprendre aux visiteurs les racines de la cuisine locale, dans sa propre école, elle aussi renommée.

Une école des vins offre aussi des ateliers aux visiteurs.

La maison la plus laide du Pays de Galles?

Près de Conwy, le long de la route, nous sommes passés à côté d’une charmante maison de pierre s’affichant comme The Ugly House. Sa construction remonte au 15e siècle, à l’époque où la règlementation prévoyait que si vous réussissiez à construire une maison entre le lever et le coucher du soleil, et que de la fumée sortait déjà de sa cheminée, le propriétaire du terrain était obligé de vous le donner.

En tout cas, nous étions tous d’accord pour dire qu’elle n’était pas laide, cette maison. C’est maintenant un salon de thé et un centre d’interprétation du miel d’abeilles.

Le Festival culinaire de Conwy

En arrivant en voiture dans le village de châteaux de Conwy, on ressentait une atmosphère festive. C’est qu’en octobre de chaque année, il s’y déroule un festival culinaire. Flânant dans les rues et sur le front de mer, nous nous sommes frayés un chemin parmi des étals de rue célébrant les goûts traditionnels et nouveaux du pays de Galles. Du beurre baraté à la main, des liqueurs créées à partir d’anciennes recettes, des fromages, des chocolats, des pains, des poissons, entre autres.

L’île d’Anglesey - sommeil profond et randonnée énergique

Après avoir traversé le pont menant à l’île d’Anglesey, une île de terres agricoles, nous avons fait un bref arrêt dans le village au nom le plus long d’Angleterre, et sans doute du monde entier : Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantsiliogogogoch

Une nuitée au Ye Olde Bulls Head Inn, à Beaumaris, nous a fait vivre l’expérience d’une auberge datant de 1472. Du bois vieilli très foncé, des foyers brûlants, des planchers tordus, et l’ambiance joyeuse d’un endroit où les amis aiment se rencontrer, ont laissé sur nous une belle empreinte. Charles Dickens y a déjà dormi et avait relaté son séjour dans «The Uncommercial Traveller».

Une randonnée matinale le long de la plage nous a menés vers l’île légendaire de Llanddwyn, une petite île dotée d’une histoire romantique. De hautes marées indiquaient que nous ne pourrions marcher à travers les bancs de sable jusqu’à l’île, mais les vagues fracassantes nous ont donné un aperçu du panorama côtier qui entoure cette partie du Pays de Galles.

Château Caenarfon et montanges Snowdonia

La visite au château Caenarfon permet de revivre la vie chevaleresque, dans l’un des 641 châteaux du Pays de Galles. Très bien préservé, il sert de lieu de célébrations occasionnelles pour la royauté actuelle. À la vieille gare de Caenarfon, nous sommes montés à bord d’un train de la Welsh Highland Railway pour rejoindre Porthmadog, 25 kilomètres plus loin, à travers les montagnes Snowdownia.

Au son du train haletant, à travers le paysage brumeux et frisquet, nous avons croisé les mystérieux pics couverts de bruine, si populaires auprès des randonneurs. Les fermes de la vallée parlaient d’elles-mêmes des difficiles conditions des colons de l’arrière-pays de Galles.

Un village italien au Pays de Galles?

Nous nous sommes dirigés vers notre hébergement sur les côtes robustes de Galles : le Gwesty Portmeirion Hotel, à Portmeirion. Un oiseau qui survolerait cet endroit croirait s’être trompé de pays, car ce village touristique a été construit dans le style italien, par un Anglais pourtant, Sir Clough Williams, et ce entre 1925 et 1975.

 Nous avons passé la nuit dans l’édifice original sur front de mer, un manoir bâti en 1850. En 1926, il fut rénové et transformé en hôtel. L’endroit est réputé car c’est là que fut filmée à la fin des années 60, la populaire série télévisée «The Prisoner».

Les grands salons sont toujours meublés d’anciens fauteuils élégants, mais l’hôtel est doté d’un restaurant au décor moderne. Là encore, le dîner était composé de plats faits avec des ingrédients typiques du pays de Galles. L’entrée : des marshmallows de soya. Le plat principal : assiette de porc et boudin aux pommes Anna, avec épinards, céleri rave et estragon. Ce dîner fut mémorable, mais le petit-déjeuner le fut encore plus avec ses champignons variés, boudin noir, haricots cuits, saucisse ou bacon, et ses œufs cuits de multiples façons, ses poissons, pains, fruits et céréales.

Sur les falaises, tout en haut, on trouve les boutiques, cafés et les édifices villageois de Portmeirion qui livrent différents points de vue sur la mer.

Des arômes tenaces

En route vers l’aéroport pour revenir à Manchester, je repensais à la tranquille campagne de Galles, avec ses villages, châteaux et domaines qui nous surprenaient à chacune des courbes de la route.

En me fermant les yeux, je sentais à nouveau les arômes qui emplissaient les cuisines du pays de Galles, que ce soit des petits cottages ou des grands domaines, depuis des siècles.

Je me souviendrai toujours du goût des plats confectionnés avec les produits de la mer, ou cultivés dans les paysages sauvages de ce coin de pays.

C’était le goût du Pays de Galles!

Jan Feduck


 

Chef Catherine Metcalfe

Erddig National Estate

Auberge Tyddyn Lian 

Chef Bryan Webb

Domaine de la ferme Rhug

Bodysgallen Hall

Llandudno, villégiature en bord de mer 

Célèbre Chef Dai de l'école de cuisine de Bodnant

Beurre frais au Festival culinaire de Conwy

Tentes autour du Château de Conwy pour le festival

En route vers l'île de Llanddwyn

Un chevalier au Château de Caenarfon 

Vue sur le Gwesty Portmeirion Hotel

Le Gwesty Portmeirion Hotel

 

 

 

 


 

 

Retour