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Tunisie

Gigantesque architecture naturelle 

Que de merveilles nous avons rencontré en suivant les cloches qui jalonnent le Camino Real - route du Mexique à la Californie que suivirent de nombreux immigrants à la recherche d’une fortune rapide - sur ce Grand Escalier géologique que forment le Grand Canyon, le canyon de Zion et Bryce Canyon.

De San Diego à San Francisco, nous avons visité quelques-uns des plus impressionnants parcs nationaux des États-Unis parmi les 59 qui jalonnent le pays et qui célèbrent d’ailleurs leurs 100 ans cette année.

Nous n’y avons vu aucun des cowboys qui ont peuplé notre imaginaire dans ces films sur l’Ouest américain, ni Lucky Luke, ni Lone Ranger. Par contre, les époustouflants décors imperturbables, grandeur nature, nous ont émerveillé et fasciné.

Le Grand Canyon (Arizona)  

Pour s’y rendre, on traverse le désert de Mojave, entouré de montagnes de roches volcaniques et peuplé de rats kangourou (seul animal qui peut survivre sans eau), de lynx, coyotes, crotales, scorpions et mygales. Les limites de ce désert semblent définies par une plante très particulière qui y pousse en abondance et que nous n'avons vue presque nulle part ailleurs: l’arbre de Josué, un cactus très caractéristique qui de loin a l’air d’un petit bonhomme agitant ses nombreux bras.

Des villes minières y furent construites par centaines, puis abandonnées, dont Calico, où nous avons fait un arrêt. Née en 1881 et morte en 1907, cette ville fantôme du Far West reconstituée avec son saloon, son magasin général et sa prison, comptait 500 mines d’argent pour 3 500 habitants. On parle ici de ruée vers l’argent et le borax.

Puis, nous voici au Grand Canyon qui recèle 2 milliards d’années d’histoire et préserve de nombreux fossiles de mers et de déserts très anciens. Sans compter les 1 750 espèces végétales et les 538 espèces animales qui y vivent. Car ce qui semble à première vue un milieu hostile à toute vie, abrite mouflons, serpents à sonnette, écureuils, dindes sauvages et cerfs mulet. Et il faut savoir que les indiens Anasazis y ont habité; que les ancêtres des Pueblos y ont pratiqué, il y a de cela 800 ans, l’agriculture (maïs, citrouille, haricots) et la chasse, et que plusieurs autres peuplades, comme les Navajos, s’y sont installées pour un temps, aux abords du fleuve Colorado.

Le Grand Canyon a commencé à se former avec la collision de 2 plaques tectoniques. Mais c’est véritablement il y a 5 ou 6 millions d’années qu’il a été formé par le puissant fleuve Colorado qui se trace un chemin à travers le Plateau du Colorado, des Montagnes Rocheuses jusqu’au Golfe de Californie. Ce plateau s'est alors fracturé et, sur une période de 6 à 10 millions d’années, le canyon s'est creusé pour créer ces paysages surnaturels qui nous laissent maintenant bouche bée.

Les zones de lumière et d’ombres, jouant sur les strates dans lesquelles on lit le mouvement des eaux sur des millénaires, y créent un magnifique spectacle de falaises et de flèches. Chaque couche de sédiments forme des strates inclinées et colorées de couleurs différentes s’éclaircissant vers le haut (vert foncé, rose, brun, sable et blanc) et porte un nom qui identifie son âge. Par exemple, la couche rouge/violet assez large qui se distingue à peu près au milieu est identifiée comme le Redwall Limestone et elle date de 340 millions d’années.

Couvrant 446 km, avec une profondeur de 1,6 km, le Grand Canyon est l’une des sept merveilles du monde et il culmine à 2 000 m d’altitude.

Des navettes gratuites offrent des circuits toute l’année et il est possible de longer en voiture la Scenic Road et de parcourir à pied une piste (Rim Trail) qui longe le canyon sur 21 km. Certaines randonnées dans le canyon sont aussi offertes aux randonneurs expérimentés et en forme. Des excursions à dos de mulets et du rafting d’une demi-journée ou d’une journée sont aussi possibles.

Un lodge et plusieurs campings permettent d’y passer la nuit ou même quelques jours.

Monumentale : Monument Valley

Les amateurs de westerns américains et des films de Sergio Leone auront une impression de « déjà-vu » devant ces impressionnantes formations qui se dressent devant eux dans une lumière où la chaleur intense crée un flou presqu'artistique, comme en témoigne la grande photo qui coiffe cet article.

Guidés par des Navajos, nous avons suivi en 4x4, une piste de 27 km qui se faufile à travers ces immenses rochers aux teintes rougeâtres et aux formes si diverses, qui atteignent parfois 370 mètres de hauteur. Couche après couche, les sédiments, le sel, le sable apportés par les eaux des océans, le vent, la pluie et l’érosion ont tous contribué à créer cet incroyable décor.

200 000 Navajos, qui s’appellent entre eux « Dineh » vivent dans cet incroyable site protégé qu’ils administrent et qui fait partie de leur réserve, car Monument Valley n’est pas un parc national.

Une famille de Navajos nous a chaleureusement accueilli pour un BBQ (viande grillée et pain cuit sur le gril) le midi dans un coin, heureusement un peu ombragé.

Notre chauffeur, un jeune Navajo qui gagne bien sa vie comme soudeur de structures de gratte-ciel, ailleurs aux États-Unis, revient régulièrement donner un coup de main à sa famille pendant la haute saison touristique. Il nous confie son intention d’installer sa famille (en devenir) ici sur un lopin de terre que vient de lui léguer son grand-père. Fier Navajo, il nous apprend entre autres que les Américains ont utilisé la langue navajo comme code indéchiffrable pendant la guerre du Pacifique contre les Japonais.

Un curieux ensemble au Glen Canyon (Arizona et Utah)

Une combinaison impressionnante, un mariage réussi entre une gigantesque création naturelle et une intervention humaine.

Ici, au cœur d’un million d’acres de désert et de canyons, un lac artificiel a été créé grâce à un barrage qui domestique les eaux tumultueuses du fleuve Colorado. Avec ses 298 km qui serpentent le long de falaises, le Lac Powell est le deuxième plus grand lac artificiel des États-Unis et atteint une profondeur de 170 mètres au barrage.

À faire absolument: une croisière sur ce cours d’eau qui serpente entre dunes de sables durcies et falaises de grès aux strates parfois presque verticales, où se lit les mouvements de l’eau et où la lumière crée des tableaux abstraits magnifiques.

On peut y pratiquer la pêche à l’achigan à grande bouche, au bar rayé et à la truite arc-en-ciel, le canot, le kayak et autres activités nautiques, mais le lac sert surtout de réserve d’eau pour l’agriculture dans les villes environnantes, tout en fournissant l’électricité.

Un joyau : Antelope Canyon (Arizona)

Extraordinaire Canyon de l’Antilope. Un canyon très étroit et tout en longueur; en fait, une faille où les parois ne sont jamais très loin et qui s’illuminent sous les rayons du soleil qui y pénètrent par le toit, si l’en peut dire, pour créer des tableaux féériques qui vont de l'orangé au rose, au gris. De véritables œuvres d’art que l’on ne se lasse pas d’admirer!

Encore une fois ce sont les Navajos qui nous ont accompagné dans ce labyrinthe de douces courbes et nous en ont fait découvrir tous les angles, en nous donnant une véritable leçon de photographie pour optimiser nos prises de photos, car ils en connaissent bien tous les coins et recoins, zones d’ombre et de lumière.

Une sculpture vivante: Zion (Utah)

Un canyon tel qu’on se l’imagine : immense avec ses 593 km carrés, le Parc national de Zion.

On peut dire que Zion doit sa vie à la présence de l’eau encore très visible sur les falaises où les chutes ont creusé des gorges en tentant de rejoindre la rivière.

Il y a 240 millions d’années, des masses de grès se formaient au fond des océans. Quelques milliers d’années plus tard, le site devint le fond d’un lac où d’impressionnants dépôts de sable apportés par le vent forment d’immenses dunes qui se sont durcies avec le temps. Il a fallu 13 millions d’années à la nature pour sculpter les gorges de Zion, œuvre que la rivière Virgin aux crues violentes poursuit encore sans relâche. Les strates emprisonnent du bois pétrifié, des fossiles marins et même des traces de dinosaures.

Couleurs vives des falaises d’un rose orangé dû à la présence d’oxyde de fer qui contraste avec les berges de la rivière où la verdure déploie une flore et une faune des plus diversifiées : geais bleus et oiseaux-mouches côtoient wapitis et lions des montagnes.

Son nom, Zion, « cité céleste de Dieu », lui vient des Mormons qui l’ont « découvert » en 1860. Si tard, direz-vous!

En effet,  il semble que la rivière « qui fait tomber les roches du ciel » avec ses crues violentes et ses torrents du printemps, alternant avec des périodes de sécheresse, n'aient guère incité les peuplades indigènes précolombiennes qui connaissaient Zion à s’y installer.

Zion, c’est aussi 105 km de sentiers de randonnée dont plusieurs sommets nommés par les Mormons portent des termes religieux : Angels Landing, Great White Throne, Three Patriarchs…

Mon coup de cœur : Bryce Canyon (Utah)

Pour y arriver, on suit une route assez plate où le sol est couvert de bosquets de sauge sauvage. C’est le lieu où on a réintroduit le condor qui était en voie de disparition – l’oiseau du tonnerre ou Thunderbird - symbole de puissance pour les autochtone.

On reste véritablement sans voix face à cet amphithéâtre de près de 400 mètres aux milliers de flèches finement ciselées, à ces pitons géants striés, à ces arches gracieux, à ces canyons ombrés, à ces plateaux rocailleux et à ces immenses cheminées de fées quelquefois coiffées par une roche, comme un petit béret, qui a mieux résisté à l’érosion. Et tout cela dans une large palette de couleurs brillantes!

Contrairement à d’autres endroits, comme à Monument Valley, Zion ou au Grand Canyon, l’érosion qui crée ces formes est due essentiellement au mouvement de gel et dégel et les roches les plus anciennes ne datent que de … 140 millions d’années. On peut dire que si le Grand Canyon recèle la plus ancienne page de l’histoire géologique de la région, c’est ici que la plus récente a été écrite.

On enregistre 254 cm de neige annuellement et 200 jours de gel et de dégel dans la région. L’érosion continue donc année après année, créant ce paysage toujours changeant. Ici, il n’y a pas de rivière et en fait il ne s’agit pas d’un canyon à proprement parler.

Absolument fabuleux, Bryce est considéré comme l’un des plus beaux parcs naturels américains, avec raison.  

On y trouve les traces d’un peuple qui y a vécu en 1 050 : les Anasazi. On estime que cette communauté de 200 personnes a été l’une des plus importantes communautés Anasazi à l’Ouest du Colorado. Un petit musée fort bien aménagé retrace leur histoire avec quelques artefacts intéressants.

Le circuit du 18-mile Scenic Drive mène à 14 points de vue différents dont les plus spectaculaires sont le Bryce Amphitheater, le Sunrise et le Sunset.

À voir et à revoir, sans faute!

Un presque désert : Valley of Fire (Nevada)

Une spectaculaire chaîne de montagnes rouges. En effet, on dirait presque que le soleil y a mis le feu encore ardent. Faite de sable pétrifié et formée à l’ère des dinosaures, il y a 150 millions d’années, elle encadre une vallée au sol couvert de buissons, arbres à créosote, agaves et cactus au milieu d’arbres pétrifiés, restes d’une forêt vieille de 225 millions d’années.

On y a trouvé des traces d’occupation qui remontent à la préhistoire par des peuplades appelées les Basket Makers, qui y ont chassé, s’y sont nourri et y ont procédé à des cérémonies religieuses. Suivis par les Anasazis, ils y ont laissé des pétroglyphes qui datent de 3 000 ans. Quelques-uns sont encore parfaitement visibles sur un rocher que l’on appelle le Atlatl Rock (atlatl désigne une arme de chasse). Attention, comme le rocher n’est aucunement protégé, il y a de faux pétroglyphes, tout à côté!

Red Rock Canyon (Nevada)

Dunes pétrifiées, rochers aux couleurs contrastantes dans une dominante de rouge vieilles de 65 millions d’années où vivent scorpions, serpents à sonnette, araignées vénéneuses et coyotes : c’est au milieu de tout cela que se sont cachés Butch Cassidy et le Sundance Kid. C’est aussi le lieu qu’à choisi le cinéaste Quentin Tarantino pour y situer son dernier film : Les huit enragés, mais dans une version enneigée du site.

Il faut suivre le 13-Mile Scenic Drive pour découvrir ce Red Rock Canyon National Conservation Area dans lequel de nombreux sentiers de marche y sont balisés et où il est aussi possible de faire de l’escalade. Toutes ces activités étant bien entendu très encadrées – il faut notamment obtenir un permis pour l’escalade.

Torride désert : la Vallée de la mort (Californie et Nevada)

Vaste étendue montagneuse entrecoupée de canyons, de dunes de sable et de plaines, c’est le plus grand parc des États-Unis avec son million d’hectares (13 628 km carrés).

La Vallée de la mort (Death Valley), dont le plateau affaissé a été créé par de nombreux tremblements de terre et des plissements de la croûte terrestre, est bordée de chaînes de montagnes dont les roches sont le témoin d’une longue transformation géologique. Toutefois, leurs strates créées par le vent, l’eau et les volcans sont si brisées et déformées qu’il est presque impossible d’en reconstituer très exactement l’histoire.

La chaleur fait luire le sol de la vallée et on s’attend presque à quelques mirages.

C’est en réalité l’endroit le plus chaud et le plus aride de l’Amérique du Nord.

Ici, au Ruisseau de la Fournaise, s’est inscrit le record de la température la plus élevée au monde, 56,7 degrés Celsius en 1913. Nous y étions à 39 degrés et avions peine à imaginer survivre à 50 degrés!

Une grande partie de la vallée se trouve au-dessous du niveau de la mer (-86 mètres). Tout un contraste avec le Grand Canyon avec ses 2 000 mètres d’altitude!

900 espèces de plantes qui se sont adaptées à l’aridité poussent dans ce parc. Certaines ont des racines qui s’enfoncent à plus de 15 mètres, toutes ont besoin de très peu d’eau. Il en est de même pour les animaux : 400 espèces, nocturnes pour la plupart - coyotes, pumas, lézards, mouflons et ânes sauvages. Ces derniers, abandonnés par les mineurs, qui les employaient à l’époque pour transporter le minerai, se sont multipliés et sont mêmes devenus nuisibles en raison de leur grand nombre.

On nous dit qu’au printemps les fleurs transforment le désert en un vaste jardin. Peut-être le meilleur moment pour le visiter.

Si on traverse avec son auto, s’assurer qu’elle soit en bon état, que le réservoir d’essence soit plein et la réserve d’eau soit abondante, car les aires de service y sont peu nombreuses.

Plusieurs points de vue remarquables jalonnent le parcours aux paysages changeants, selon la lumière et le soleil, dont le Paysage de Dante qui offre une vue panoramique sur la vallée et Zabriskie Point : un arrêt obligatoire.

Presqu’une oasis : le parc national de Yosemite (Californie)

On traverse des plantations de pistaches, de noix, d’amandes et de vignes à perte de vue. Ici, les raisins se voient transformés en vin, mais ils sont aussi devenus célèbres en version séchée : les raisons secs Sunmaid. Vous connaissez?

Après des paysages plutôt désertiques, nous sommes entouré par une verdure exubérante en traversant Fresno, le centre de la production agricole de la Californie.

Puis, c'est une vallée couverte de forêts et de prairies où se déversent des cascades et des chutes impressionnantes du haut de la Sierra Nevada qui nous accueille. Immenses falaises de granit qui se dressent au milieu de forêts de séquoias géants, de pins et de sapins et bordent une vallée luxuriante où coule la tranquille rivière Merced.

Ici, les glaciers ont sculpté un paysage rude dont les sommets se sont adoucis avec le temps. On ne peut manquer un des plus grands blocs de granit au monde, El Capitan, qui culmine à 900 m, ainsi que le Half Dome, sommet tout blanc qui attire des milliers de grimpeurs chaque année.

Randonnées et explorations

La plupart de ces parcs naturels ont aménagé des sentiers de randonnée. Dans certains il est même possible de faire de l’escalade, comme à Red Rock. Plusieurs ont des sentiers bien balisés, alors que d’autres les ont laissés dans un état plus sauvage. Mais chose certaine, il faut se munir d’eau, de beaucoup d’eau et bien suivre les pistes et les consignes de sécurité. On est alors assurés d’aller d’émerveillement en émerveillement!

Il est aussi possible de survoler en petit avion ou hélico certains sites comme le Grand Canyon et le Lac Powell.

Un contraste saisissant

Nous avons ponctué la découverte de ces parcs par des visites de grandes villes californiennes qui feront l’objet d’un article dans un autre numéro.

Au retour

Plongée dans la lecture d’un des livres d’Éric-Emmanuel Schmitt, la phrase suivante m'a touchée et replongée dans cet exceptionnel périple :

« La destination importe moins que l’abandon... Partir n’a d’autre but que de se livrer à l’inconnu, à l’imprévu, à l’infinité des possibles, voire même à l’impossible. Partir consiste à perdre ses repères, la maîtrise, l’illusion de savoir et à creuser en soi une disposition hospitalière qui permet à l’exceptionnel de surgir. »

Et, croyez-moi, l’exceptionnel a surgi dans ce voyage inoubliable!


Christiane Théberge

Ce séjour a été effectué avec un groupe de Voyages Traditours qui offre ce formidable circuit.


 

Désert de Mojave

Arbres de Josué

Grand Canyon

Fleuve Colorado dans le Grand Canyon

Monument Valley

Codeurs navajos pendant la guerre

Kayakistes sur le lac Powell

Antelope Canyon

Zion

Bryce Canyon

Valley of Fire

Atlatl Rock, Valley of Fire

Pétroglyphes, Valley of Fire

Red Rock Canyon (salière et poivrière)

Vallée de la mort

Vallée de la mort

Zabriskie Point

Région de Fresno, Californie

Sequoias géants à Yosemite

El Capitan et rivière Merced à Yosemite

Nous n'étions pas seuls à Yosemite!

 

 

  

 

 

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