Bannière
Envoyer Imprimer PDF
Patrick Bureau

Jadrino Huot 
La conversation avec Jadrino Huot est elle-même essoufflante. Ce n’est pas pour rien qu’il est surnommé Indiana Jad. Ses récits d’aventures de plein air hors des sentiers battus sont tous plus surprenants, captivants, voire enivrants, les uns que les autres.

À son actif, déjà 48 pays parcourus, dans leurs régions et paysages les plus uniques ou incongrus, en pratiquant des sports et activités extrêmes.

Homme d’une endurance physique quasi surhumaine, associée à la créativité et la débrouillardise, il met de plus ses qualités communicationnelles au service des gens avides d’action en milieux inconnus. Il est en effet auteur de récits, conférencier et chroniqueur pour divers médias portant sur le voyage et le plein air. Le tout en images, mots et humour. Qui plus est, on peut même partir en circuit en sa compagnie.

Indiana Jad a accepté d’emblée de répondre aux questions d’Euphoria pour accroître le plaisir de ses lecteurs et lectrices.

Euphoria – Parmi toutes les euphories vécues, laquelle aimeriez-vous relater comme sortant véritablement du lot?

Jadrino Huot –  Je parlerais des environnements naturels de l’axe Chili-Bolivie-Argentine, où j’ai passé 7 semaines en 2007. Leur diversité naturelle si frappante est, à mon avis, inégalée : déserts, glaciers, volcans, geysers, parcs nationaux, etc. 

Je me rappelle avec délectation quatre parcours hors-circuit :
- sur le volcan Osorno, dans le parc Vicente Pérez Rosales, à 2 500 mètres d’altitude, où malheureusement plus d’une centaine de morts surviennent chaque année;
- dans la vallée Cochamo, de magnifiques versants montagneux où l’on avance à pied ou à cheval;
- les glaciers du mont Fritz Roy à la frontière Chili-Argentine, un environnement reclus admirablement bien conservé;
- et un lieu sacré à mon sens, en Bolivie, le désert de sel Salar de Uyuni entre San Pedro de Atacama et la laguna verde, ainsi que l’île d’Incahuasi de cactus et de coraux, puis des villages isolés à proximité.

Euphoria   Qu’est-ce qui vous a donné la piqûre pour le voyage : un livre, un film, une personne, un premier voyage?

Jadrino Huot  – Lorsque j’étais très jeune, Tintin arrivait certes au sommet de la liste. Puis, un voyage culturel organisé par mon collège, m’a éveillé au fait qu’ailleurs, c’est différent et que plus tard, j’irais sûrement découvrir ces ailleurs. Pour les émissions, je me rappelle surtout de la course Destination Monde.

Depuis ce temps, mes lectures de chevet sont toujours des guides ou magazines de voyages. Enfin, pour les films, j'aime bien ceux inspirés de faits vécus, comme Alive (Les survivants).

Inutile de vous dire que le voyage est pour moi une véritable drogue, encore plus quand il s’agit de voyage actif. Après 3 ou 4 mois, partir constitue pour moi un impératif.

Cela dit, je suis tout aussi heureux en territoire canadien ou américain, qu’à l’étranger. J’ai visité toutes les provinces canadiennes, jusqu’au Yukon, et 39 états américains. Ma Westfalia, que j’ai baptisée OranJad, m’y a mené en toute fidélité sur plus de 40 000 kilomètres.

Euphoria  Quelle rencontre aimez-vous le plus souvent vous remémorer?

Jadrino Huot  –  De façon générale, je dirais que les Syriens et les Cambodgiens me sont apparus comme les plus sympathiques. 

Le plus joli des cadeaux fut ma brève expérience avec des élèves et leur professeur dans une école péruvienne sur l’île de Taquile, sur le lac Titicaca.

Un autre moment inoubliable est survenu quand j’ai réalisé mon rêve de faire le trajet des Conquistadores : dans le village El Castillo au Nicaragua, les habitants qui préfèrent le baseball au soccer, m’ont invité à jouer avec eux, non sans tenter de me jouer des tours en positionnant le gringo que je suis dans le champ gauche rempli de fumier de cheval… Mais j’ai très bien tiré mon épingle du jeu et on a tous bien ri.

Euphoria – Quel plat local vous a le plus surpris?

Jadrino Huot  – Je tiens toujours mordicus à goûter aux plats locaux, quels qu’ils soient, même ceux qui peuvent apparaître les plus rébarbatifs. Parfois, je ne sais pas ce que c’est, et je ne veux pas le savoir… Je croise les doigts, car jusqu’à maintenant, je n’ai jamais été intoxiqué.

Au Groënland, j’ai mangé du mataq, c’est-à-dire de la graisse de baleine, qui est somme toute une substance élastique goûtant la paraffine… J’ai par contre beaucoup apprécié le renne et le bœuf musqué.

En Jordanie, juste entre hommes, comme le veut la coutume, j’ai goûté au mansaf, une tête de chèvre entière, de laquelle on retire des morceaux que l’on mange dans un pain pita avec du yogourt. En sortant de table, on a bien besoin d’une douche!

Euphoria  Tout voyage nous confronte à une situation insolite. Quelle est celle que vous aimeriez relater?

Jadrino Huot   – En route vers le Népal, en 2004, j’ai appris que l’un des fils de la royauté avait tué ses parents et son frère pour être le seul héritier du trône. Situation cahotique, s’il en est une, avec manifestations, routes bloquées, pénuries des biens de base, etc.

J’ai dû changer d’itinéraire, tout en gardant l’esprit ouvert et disposé à une nouvelle aventure imprévue, qui s’est révélée absolument fabuleuse : dans le parc national de Chitawan, dans le centre-sud du Népal. Je suis allé à la rencontre des rhinocéros presqu’aveugles, en utilisant le meilleur moyen transport qui soit : à dos d’éléphant, carrément assis sur son cou, les pieds derrière ses oreilles. Comme le font les habitués, y compris la baignade en rivière. Une expérience sublime.

Comme le dit Ralph Waldo Emerson : L’esprit est comme un parachute, il fonctionne mieux quand il est ouvert.

Euphoria  Des lieux dangereux, vous en avez arpenté des tonnes. Y en a-t-il un plus risqué que d’autres?

Jadrino Huot   – Franchement, je n’ai pas vraiment eu peur, nulle part. Mais généralement le risque se situe dans les moyens de transport, sous différents aspects. 

Par exemple, deux mois après les attentats de Septembre 2001 aux États-Unis, plusieurs compagnies d’aviation ont fait faillite, dont celle avec laquelle j’avais réservé un billet pour le Cambodge. Je me suis retrouvé le bec à l’eau et mon sens de la débrouillardise a dû prendre la relève.

Une autre fois, je me suis trouvé à bord d’un ancien Tupolev russe des années 40, dont même les Russes ne voulaient plus. Mon siège qui n’était pas fixé au plancher, m’a renversé vers l’arrière; la porte de secours ne fermait pas bien; un panneau de contreplaqué séparait la cabine de pilotage des passagers… Imaginez la scène et l’ambiance.

Aussi, j’ai conduit dans environ 15 pays. Au Népal, il n’y a aucune règle de conduite pour les milliers de mobylettes…

Au Moyen-Orient, même muni d’une carte routière, je n’arrivais pas à lire les panneaux des routes et des rues. Alors, j’arrivais où j’arrivais, et je prenais plaisir à savourer ce que le hasard m’apportait.

Euphoria  Quel paysage naturel vous a le plus impressionné?

Jadrino Huot   – Sans hésitation: le Salar de Uyuni, en Bolivie, dont j’ai parlé plus haut. Avec ces couleurs dans l’eau du lac, si impressionnantes, parce que causées par les minerais que l’on y trouve.

Euphoria – Quelle relation homme/nature avez-vous aimé plus que tout?

Jadrino Huot  – J’en mentionnerais deux :

Les papillons monarques durant leur migration au Mexique, plus précisément au sanctuaire Ejido El Capulin, durant la période où il n’y a pas de touristes, sur la montagne que l’on peut gravir à dos de cheval. J’ai eu les papillons pour moi seul, durant toute une demi-journée, accueilli par une dame dont la cabane n’avait ni portes, ni fenêtres. Cabane qui était envahie de papillons!

Les perroquets verts du sud du Chiapas, durant leur période de nidification. Pour protéger les œufs et oisillons des prédateurs, les nids étaient construits dans un gouffre naturel, où j’ai du descendre en rappel pour aller les voir, heureusement sans être attaqué par les parents.

Euphoria  Que souhaitez-vous pour le domaine du voyage, au bénéfice des voyageurs?

Jadrino Huot   – L’industrie doit s’adapter à la demande qui est en constante évolution. Nous avons besoin de spécialistes en planification de circuits, dans un contexte de sécurité, de développement durable, pour ne pas fragiliser les sols, de respect des populations locales et des traditions en les côtoyant véritablement, plutôt qu’en organisant des spectacles, dits traditionnels.

Aussi, il est possible de visiter des sites historiques ou inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO en évitant les heures de pointe et les lieux de rencontre des gros bus touristiques. Par exemple, comme je l’ai fait à Petra, et dans les Châteaux de la Loire.

Euphoria  Votre banque de rêves de voyages est sûrement inépuisable, mais quelles seront vos priorités à court terme?

Jadrino Huot   – Quand je ne rêverai plus de voyages, c’est que je ne serai plus. Point à la ligne. Je salive en pensant au Bouthan, dont la culture unique est méconnue. La Nouvelle-Zélande m’attire par ses promesses tenues en matière d’aventure de plein air. Enfin, quelle panoplie surréelle de paysages sauvages, de lacs nordiques et de peuples reculés m’attendent à bord du Trans-sibérien et du Trans-mongolien.

Merci Monsieur Huot, pour ces évocations si stimulantes et votre enthousiasme si communicatif.

On peut en savoir plus sur ses publications, conférences et circuits en sa compagnie en consultant son site Internet :
www.indianajad.com

Entrevue et rédaction: Sylvie Berthiaume

 

 

Chili, Mont Fitz Roy

OranJad au Wyoming

Lac Titicaca 

Groenland, village de Nonotalik

Vallée de Katmandou, Népal

Bolivie, Geyser Sol de Manana

Salar de Uyuni, Bolivie

Monarques dans leur sanctuaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Retour