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Patrick Bureau

Jim Henderson 
Cent-deux pays... c'est sans doute un record, surtout pour un professeur en informatique. Jim Henderson ne s’est pourtant pas contenté de visiter un peu autour de ses hôtels et les grands sites touristiques. Explorer le monde, faire connaissance avec ses habitants, partager leurs coutumes, cela fait partie de son ADN et il ne s’en lasse pas. Le monde des aéroports aussi, n’a plus de secrets pour lui.

Parmi ses coups de cœur, l’Afrique, qu’il a arpentée de long en large, avec King Kong…! Jim Henderson explique ici de qui, ou de quoi, il s’agit au juste, et comment il s’est comporté. Il invite d’ailleurs les lecteurs d’Euphoria à l’accompagner dans son périple, en lisant son dernier ouvrage : «Travels with King Kong – Overland and across Africa».

Parlons-en un peu, d’ici là.


Euphoria – L’Afrique vous a réellement impressionné, au point de la qualifier comme la plus euphorique destination pour vous. Dites-nous pourquoi?

Jim Henderson –  Durant quatre mois, notre petit groupe a traversé l’Afrique dans un vieux bus de l’armée britannique, que nous avons surnommé «King Kong». Mais, contrairement à la force reconnue du personnage au cinéma, notre bus n’a cessé d’avoir des problèmes mécaniques graves et quotidiens, notamment une panne catastrophique au beau milieu du Sahara, à 160 km du village le plus près.

En dépit de cela, nous avons eu le bonheur d’être gratifiés de paysages stupéfiants, de marchés locaux colorés et vibrants, d’invitations à partager les repas et les boissons des habitants, d’une rencontre hilarante avec le people Pygmée dans la forêt Ituri, et même de l’opportunité de nous joindre à la cérémonie d’intronisation du nouveau chef d’un village, dans la jungle de l’Est du Zaïre.

Après avoir finalement rejoint notre destination ciblée, Nairobi, quatre d’entre avons décidé de louer une maison sur l’île de Lamu, dans l’Océan Indien, au large du Nord du Kenya, parce que nous avions entendu dire par d’autres voyageurs qu’il s’agissait d’un veritable paradis, bien à l’écart des circuits touristiques.

Ainsi, après un trajet qui a duré 12 heures sur des routes non pavées, avec le volume au maximum de haut-parleurs récitant des passages du Coran, et une courte traversée en ferry, nous sommes débarqués dans le village de Lamu. Nous avons rapidement déniché notre maison pour les deux prochains mois: une très jolie maisonnette au design Indien, située directement sur la plage. Notre plus proche voisin était installé au moins 1 km plus loin. J’avais donc la chance de vivre durant quelque temps dans le coin le plus paisible qu’ il m’ait été donné de voir.

Au cours des semaines suivantes, nous nous sommes entendus à merveille avec les pêcheurs locaux pour profiter de leurs prises quotidiennes les plus fraîches qui soient, comme des crabes et des homards. Nous avons fait nos courses au marché local du vieux village. Et nous avons passé des heures à prendre des bains de soleil et à marcher sur la plage, que nous avions pour nous seuls la plupart du temps.

Après ce séjour, je suis retourné à Mombasa, où j’ai rejoint un petit groupe de voyageurs pour visiter les parcs nationaux du Kenya, durant un mois. Ensuite, j’ai entrepris la montée du Kilimandjaro, un rêve que j’avais caressé, tout au long de mon périple en Afrique. Puis, un matin de février, au lever du soleil qui illuminait les plaines de l’Afrique de l’Est, je me tenais debout sur la cime de cette montagne mythique, le plus haut sommet de l’Afrique. Ce fut certainement une réussite digne d’un couronnement dans ma vie, une sensation qui me soutient encore aujourd’hui.

De plus, durant mon voyage africain, j’ai connu une très proche amitié avec une Londonienne, Marion. Notre relation s’est progressivement approfondie, surtout lors de notre expérience sur l’ile paradisiaque. Quelque temps après être redescendu du Kilimandjaro, je suis allé la rejoindre à Londres, et elle est devenue mon épouse.

Il va sans dire que mon voyage à travers l’Afrique a transformé ma vie de plusieurs façons et qu’il continue d’être très significatif pour moi, encore 40 ans plus tard.

Euphoria   Auriez-vous une anecdote à partager avec nous?

Jim Henderson  – J’avais réservé un vol du Caire à Belgrade, avec connexion à Los Angeles. Le vol de la Yugoslav Airlines devait décoller à 23 h 45, mais avec d’autres passagers, nous avons attendu en vain l’annonce de l’embarquement, et il n’y avait aucun représentant de la compagnie en vue pour nous informer.

D’heure en heure, aucun message. La situation était encore plus frustrante du fait que nous avions passé les barrières et mesures de sécurité, que nous ne pouvions donc pas retourner dans le coin de l’aéroport où il y avait restaurants et boutiques. Même pas un café pour nous. En fait, après 2 h 00 du matin, l’aéroport était fermé!

Finalement, à 6 h 30, un agent de bord est apparu en criant «Embarquement!», et ce fut la course folle vers la porte d’accès.

Voyant seulement une vingtaine de passagers et sachant que l’avion, un 727, était plutôt gros, je me suis dit que j’apprécierais l’espace que j’aurais pour m’allonger, durant les quatre heures de vol. Mais, en marchant dans l’allée de l’avion, j’ai été surpris de constater qu’il était déjà plein, et que la dernière rangée était seulement la 8e. J’étais alors contraint de m’asseoir dans la toute dernière rangée, dans le siège du milieu, de surcroît, ce qui m’empêcherait sûrement de dormir.

Derrière moi, un rideau, que j’ai tiré discrètement pour jeter un coup d’oeil: tous les sièges étaient occupés par des colis, solidement retenus par les ceintures de sécurité. On avait donc transformé l’avion passagers, en avion cargo! Petite consolation: les haricots verts des colis étaient bien sages et silencieux.

Euphoria  Vous avez sûrement apprécié en particullier une situation, une rencontre ou un repas à l’étranger?

Jim Henderson  –  À Belgrade, en Yougoslavie. Un matin, j’embarquais dans la navette d’un hôtel avec quelques autres personnes pour nous rendre à l’aéroport. Après 20 minutes d’attente, j’ai demandé au chauffeur s’il partirait bientôt, car j’avais un vol à attrapper dans une heure. Il me répondit: «Je pourrais partir maintenant, mais l’aéroport est fermé, à cause du brouillard».

En entrant dans le terminal, je me mis dans la queue d’enregistrement de la Classe Affaires du vol vers Los Angeles. Une heure passa, la queue n’avançait pas, mais les gens continuaient d’arriver pour s’enregistrer. Puis vint une annonce au micro, disant: «Il y aura une autre annonce dans 30 minutes». Le même message se répéta par la suite à toutes les 30 minutes, religieusement.

Puis, vint un moment où une équipe de la télé locale se pointa avec tout son équipement, et se mit dans la file pour le vol de Los Angeles. Apparemment, l’équipe se rendait là pour réaliser un film touristique. Soudain, les membres de l’équipe ont commencé à déballer leur équipement pour filmer ce qui se passait dans l’aéroport.

C’est à ce moment-là que l’un des hommes en avant de moi s’est retourné et m’a demandé si je voulais faire partie de ce film. Ce à quoi j’ai répondu non. À ma surprise, lui et son ami m’ont alors invité à quitter la queue pour aller au bar, et ont demandé à un policier de garder un oeil sur nos bagages.

Durant les heures qui ont suivi, ils ont insisté pour commander pour nous boissons, nourriture et magazines. Je me sentais dans la «Twilight Zone»! Finalement arriva une dernière annonce: «Tous les vols ont été annulés!» Mes nouveaux amis yougoslaves m’ont alors conseillé de me rendre rapidement au «Kiosque de Bienvenue» pour cueillir mon ticket de compensation pour une nuit gratuite à l’hôtel. En me quittant, ils m’ont également dit qu’ils me prendraient plus tard à l’hôtel pour aller diner ensemble.

Ils sont arrivés à 20 h pile, tel que promis. Le taxi nous amena au centre de la vieille ville, pour savourer des cocktails au International Press Club, dont l’un d’eux, Leko, était membre. Ensuite, nous avons marché jusqu’au très élégant restaurant Métropole de l’hôtel Moskva, pour prendre un somptueux repas, et où le Maître d’hôtel a immédiatement reconnu Leko et nous amena dans la salle à manger privée.

Durant les deux heures qui suivirent, Leko commanda de nombreux plats traditionnels et des vins de toutes les régions du pays. Tout était superbe: viandes fumées, chou épicé avec paprika hongrois, boeuf en sauce à l’ail et au romarin, ainsi qu’une variété incroyable de légumes frais locaux.

Tout au long du diner, Leko et Ramiz m’ont raconté l’histoire du pays, et nous étions constamment choyés par les serveurs et le sommelier, comme s’ils ne pourraient jamais en faire assez. Après le dessert de crêpes aux pommes et à la canelle, le Maître d’hôtel nous a conduit à la boîte de nuit adjacente, pour prendre le café-brandy à une table réservée.

C’était la parfaite contrepartie à la journée misérable que j’avais vécue à l’aéroport, ce qui me laissa finalement une impression positive de la Yougoslavie, d’autant plus que Leko et Ramiz avaient refusé catégoriquement que je paie quoi que ce soit.

Plus tard, j’ai d’écouvert que le père de Leko fut Président de la Yougoslavie durant deux ans, ce qui expliquait pourquoi nous avions été si bien traités. Ce qui avait commencé par une expérience vraiment pénible s’est terminé par un moment magique d’hospitalité et d’amitié.

Euphoria – Quel pays vous inspire-t-il le plus?

Jim Henderson  – Le pays qui m’inspire le plus est l’Angleterre, parce qu’il est une clé importante de mon passé et de ce que je suis. Je suis né dans le bourg royal de Kensington et Chelsea, à Londres. Dix-huit mois plus tard, ma mère et moi nous sommes envolés vers New York. Puis, en train, nous sommes allés rejoindre mon père dans l’Illinois, où il était basé comme opérateur radio pour le 457e groupe de bombardement de Peterborugh durant la Deuxième guerre mondiale. Ma mère avait laissé sa famille entière en Angleterre pour démarrer une nouvelle vie dans un pays étranger.

Ce n’est que 20 ans plus tard que ma mère est retournée en Angleterre, et j’ai le journal intime qu’elle a tenu, contenant sur papier toutes les émotions qu’elle a vécues. Lectrice assidue, elle écrivait des lettres de façon prolifique, ce que j’ai appris à apprécier d’elle, après que j’aie été enrôlé dans l’armée pendant deux ans, durant la Guerre du Vietnam.

Elle écrivait comme si elle parlait avec moi, à la table de cuisine. Et bien qu’elle n’était pas très instruite, elle était très intelligente, avait l’esprit ouvert et un coeur aimant pour tout le monde.

J’ai été très chanceux d’avoir l’opportunité par mon travail de visiter plusieurs amis et ma famille en Angleterre, au cours des trente dernières années. Comme je l’ai dit plus tôt, je me suis aussi marié en Angleterre. Ainsi, c’est un pays qui tient une place très spéciale dans mon coeur.

Euphoria  De quelles expériences de voyage rêvez-vous pour l’avenir?

Jim Henderson  – Il y a deux endroits du globe qui demeurent intouchés sur ma propre carte: la Patagonie et l’Asie centrale. Elles exercent sur moi une fascination. Ce que j’ai vu et lu sur la Patagonie me rappelle beaucoup l’Alaska sauvage. Lorsque j’y ai vécu quand je travaillais pour le US Fish & Wildlife Service, j’ai eu la chance de voyager dans plusieurs secteurs de l’État.

Les paysages grandioses de la Patagonie, dans leur situation géographique unique, ont aussi défini sa fascinante histoire. Tous les explorateurs qui ont navigué dans le monde y ont rencontré la fureur et la beauté, qui souvent ne font qu’un.

Les steppes de l’Asie centrale constituent une autre destination de rêve sur ma liste. Là encore, la conjugaison unique de ses paysages, de son histoire et de sa culture m’intrigue. Je me rappelle très bien avoir visionné le reportage de Michael Palin quand il a fait le «tour du monde en 80 jours», pour la BBC. Quand il a rejoint l’Asie centrale, il était absolument ébahi devant ce qu’il voyait, les gens qu’il rencontrait et les défis auxquels il faisait face et ne s’était pas attendu. Mais, à la fin, tout cela a constitué l’une des plus mémorables expériences de tout le périple. C’est le genre de voyage que j’aime le plus.

Euphoria  Que recherchez- vous lorsque vous voyagez pour vous reposer?

Jim Henderson  –  Quand je voyage, je recherche toujours des endroits à explorer, des aspects à découvrir et que la plupart des gens ne voient pas, des histoires et des cultures qui définissent l’endroit. Tout au long de ces années à voyager, j’en suis venu à la conclusion que l’on peut vivre des expériences enrichissantes, non seulement à l’étranger dans des lieux exotiques, mais aussi tout près de chez soi.

Depuis un an, j’ai fait plusieurs voyages à deux ou trois heures de route de chez moi, en Californie du Sud, et j’ai découvert des douzaines d’endroits uniques et fascinants, qui ont épaté mes amis et collègues, qui n’en avaient jamais entendu parler auparavant.

Par exemple, un complexe de villégiature exploitant des eaux thermales depuis 1920, presqu’abandonné, à quelques kilomètres seulement de l’Autoroute 15, en allant vers Las Vegas. Ou bien, le minuscule musée de la petite communauté fermière de San Jacinto où, parmi les artéfacts locaux typiques il y a un modèle à l’échelle 1/10, de l’avion russe qui fut le premier à voler sans arrêt au-dessus du Pôle Nord en 1937. Pourquoi cela est-il intéressant, demanderez-vous? C’est que les pilotes russes décollèrent de Moscou en ayant pour but d’atterrir à San Diego, mais lorsqu’ils ont constaté qu’ils allaient manquer de carburant, ils ont été forcés d’atterrir sur le champ d’un fermier de San Jacinto. Il y a ainsi de nombreuses découvertes fantastiques à faire, quand on voyage avec l’oeil d’un explorateur, que ce soit loin ou près de la maison!


Merci M. Henderson. Vous avez un sens descriptif très évocateur, qui plait sûrement à nos lecteurs, qui voudront continuer à vous suivre sur votre blogue, ou en se procurant votre livre chez Amazon ou Barnes & Nobles.

 

 

Chutes Victoria, Afrique

Pygmées au Zaïre

Ile de Lamu, Kenya

Au Kilimandjaro

 

Hôtel Moskva, Belgrade  

Château de Peles, Roumanie 

Pub londonien à Westminster

Sur une rue de Chelsea, Londres

Patagonie

Au Musée de San Jacinto 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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