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Patrick Bureau

Tikal   
Tikal est l'un des rares sites à être inscrits sur la Liste du patrimoine mondial à la fois sur des critères naturels, pour son exceptionnelle biodiversité, que culturels, pour ses ressources archéologiques uniques.

Situé dans la province du Petén, au cœur d’une végétation luxuriante, le Parc national de Tikal couvre une superficie de 57 600 ha. Il comprend des zones humides, de savane, de forêts tropicales, ainsi que des milliers de vestiges de la civilisation maya depuis la période préclassique (600 av. J.-C.) jusqu’au déclin de ce centre urbain autour de 900 apr. J.-C., pour des motifs encore obscurs.

Chef d’œuvre du génie créateur humain

Les vestiges archéologiques mis à jour sur le site de Tikal témoignent de l’art et du génie créateur maya. Ce lieu exceptionnel combine des éléments symboliques importants, tel le concept de pyramides représentant des montagnes qui définissent un univers où les êtres humains coexistaient en symbiose avec leur environnement. C’est également un lieu de grande importance pour ses connotations cosmologiques. La forme la plus emblématique de l’architecture maya est la pyramide à degrés que le peuple aurait adoptée pour se rapprocher des dieux.

Témoignage exceptionnel d’une civilisation disparue

La civilisation maya s’étendait sur les États actuels du Guatemala, du Belize, du Mexique et d’une partie du Honduras et du Salvador. Centre politique, économique et militaire majeur du monde maya, Tikal en constitue l’un des ensembles urbains les plus importants et les plus spectaculaires.

À son apogée, de 700 à 800 apr. J.-C., Tikal abritait une population de 90 000 Mayas. Les ruines de cette ancienne cité comprennent plus de 3 000 édifices distincts, dont des monuments religieux ornés d’inscriptions hiéroglyphiques et des tombes. Ils reflètent l’évolution culturelle de la société maya depuis la chasse/cueillette jusqu’à l’agriculture et illustrent l’évolution de l’architecture intimement reliée à l’organisation sociopolitique et aux rituels religieux.

Ensemble architectural exceptionnel

Une zone urbaine intérieure de près de 400 hectares contient les principaux monuments, dont de superbes temples et palais, ainsi que des places publiques auxquelles on accède par des rampes. La campagne avoisinante est parsemée de vestiges d’habitations.

Les monuments les plus significatifs sont sans contredit les impressionnantes pyramides à degrés, connues sous le nom de Temples I à VI. Certaines de ces structures mesurent plus de 60 mètres de hauteur. Ces vestiges archéologiques hors du commun font référence à 33 dirigeants ayant régné sur le vaste territoire de l’Ancien Monde maya.

Fait étonnant, les Mayas n’utilisaient ni outils en métal, ni poulies, ni la roue pour ériger leurs monuments. Une caractéristique architecturale importante à retenir est que la pratique de la récupération des matériaux provenant des anciennes structures n’existait pas; chaque construction nouvelle englobait plutôt la précédente.

Une extraordinaire biodiversité

Si le Parc national de Tikal est surtout renommé pour ses hautes pyramides qui percent fièrement la forêt tropicale du Petén, la richesse de sa biodiversité est tout aussi remarquable. La preuve en est qu’il fait partie intégrante de la Réserve de la biosphère maya, crée en 1990 pour protéger la plus grande superficie de forêts tropicales restantes en Amérique centrale.

Le site abrite une riche diversité de flore et de faune. Plus de 200 espèces d’arbres et plus de 2 000 plantes supérieures y ont été enregistrées. Les palmiers, les plantes épiphytes, les orchidées et les broméliacées abondent également.

Une faune tout aussi importante

Tikal est aussi reconnu pour l’observation des animaux de la jungle, notamment le singe hurleur et le singe-araignée dont de larges groupes peuvent être observés sur le terrain. On y a aussi répertorié plus de cinq espèces de félins, notamment le jaguar, dont le culte était célébré par les anciens Mayas ; d’ailleurs le Temple I est mieux connu sous le nom de « Temple du Grand Jaguar ».

En outre, plus de 330 espèces d’oiseaux ont été enregistrées, dont le dindon ocellé, l’aigle huppard et l’aigle orné, espèces quasi menacées, ainsi que le grand hocco considéré comme vulnérable.

Parmi les reptiles en danger, mentionnons la tortue de rivière d’Amérique centrale, le crocodile de Morelet et 38 espèces de serpents. En plus de 25 espèces d’amphibiens connues, on trouve une faune de poissons remarquable et une grande diversité d’invertébrés.

Pourquoi la civilisation a-t-elle disparu?

La question hante le monde scientifique depuis plus d’un siècle. Certaines théories ont été écartées : épidémies, invasions ou séismes en série. D’autres, en revanche, semblent désormais plausibles.

En 2015, des chercheurs américains ont démontré qu’entre 800 et 900 apr. J.-C., la péninsule du Yucatan a dû faire face à de très faibles précipitations, ce qui aurait entraîné une diminution drastique des rendements agricoles. En outre, les Mayas auraient procédé à la coupe intensive de leurs forêts, car ils se servaient du bois comme combustible. La disparition du couvert forestier aurait accéléré l’érosion des sols.

Sécheresse et déforestation auraient causé d’énormes déplacements de populations. La révolte contre le pouvoir royal et de nombreux conflits entre les différentes cités mayas auraient entrainé, au IXe siècle, la disparition de la civilisation maya.

Les défis de la conservation

Préserver les très nombreux vestiges archéologiques dans un climat tropical humide pose des défis techniques importants. Les pratiques de conservation en cours portent essentiellement sur le traitement des effets des facteurs naturels, tels que les conditions climatiques et la croissance de la végétation. Un très fort accent est mis sur des interventions respectueuses des qualités des matériaux et des techniques originelles.

Le tourisme atteint des pics saisonniers avec des centaines de milliers de visiteurs annuels. Ce fort achalandage augmente le risque de détérioration des zones les plus visitées, ce qui nécessite une évaluation minutieuse des risques et des réponses de gestion adéquates.

Par ailleurs, l’intégrité des écosystèmes est aussi menacée par certaines activités humaines comme l’exploitation forestière (illégale), le défrichage intensif et l’élevage dans les zones protégées, sans oublier le braconnage et le pillage d’objets mayas. La population locale dépend inévitablement des ressources existantes ; il est donc impératif pour les gestionnaires du site de trouver des formes mutuellement acceptables d’utilisation des ressources naturelles.


Christiane Lefebvre

Source : http://whc.unesco.org/fr/list/64, site web consulté en janvier 2017.

 

 

Temple 1 ou Temple du Grand Jaguar

 

  

Masque en stuc ornant les sous-structures du temple 33

Portrait sculpté de deux nobles accomplissant un rituel 

 

 

 

 

 

 

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