Bannière
Envoyer Imprimer PDF
Jacques Laurin

JACQUES LAURIN
Passionné de la langue et de la Thaïlande. Amoureux de la vie et de l’Asie. Attiré par les lieux de spiritualité et de beauté. Expert de l’écriture et, bien sûr, disciple d’Épicure… 

Grâce à ses mots tout en images, Jacques Laurin partage volontiers son éclectisme, son humour, ses émotions. Pendant longtemps, ce fut comme enseignant et animateur à la radio. Depuis toujours, à titre d’écrivain. Et maintenant, entre autres, en collaborant avec les Guides de voyage Ulysse. Il vient d’ailleurs de publier « Les Aventures de Mister Jack en Asie », dans la collection Mes voyages Ulysse

Laissons-le nous faire rêver en évoquant quelques souvenirs animés et son présent quotidien au loin… 

 

Euphoria - Quels voyages absolument euphoriques avez-vous déjà fait? 

Jacques Laurin – Ma première croisière. À  l'âge de neuf ans. Montréal-Québec-Sainte-Anne-de-Beaupré. J'en garde un souvenir impérissable. Le bateau, la nourriture, les spectacles du soir, le fleuve qui était pour moi la mer et qui faisait peur le soir, tant il était noir.

Belle récompense pour les enfants de choeur de la paroisse. Ce lieu de pèlerinage a été pour moi le déclic. En prenant le bateau, on peut aller loin, très loin. À neuf ans, pour un petit Montréalais, Sainte-Anne-de-Beaupré, c'est loin. Prendre le bateau, c'est vivre intensément. Le goût des voyages me vient sûrement de cette première croisière. Être enfant de choeur avait du bon!

Et Paris, à l’été 1956. Un soir, ma mère lisait le journal La Presse, comme toujours d’ailleurs. Tout à coup, elle me dit : « Tu devrais aller à Paris te perfectionner ». Elle  avait lu qu'on donnait des cours à l'Institut catholique de Paris.

Encore une fois, grâce à mes économies sur mon salaire d’enseignant, je suis parti pour Paris, en bateau, sur le Maasdam, un bateau hollandais. J'étais le premier de la famille à aller en France. Le quai est bondé: mon père, fier et tout sourire, des amis, dont l’acteur Benoît Girard, la moitié de la classe de mes élèves de 6e année B, des professeurs, la fanfare du port. Je revois les serpentins, les télégrammes et le champagne en arrivant dans ma cabine, cadeau d'un professeur de l'école.

Traversée de six jours. Journées calmes, journées houleuses. J'aimais la mer agitée. J'aimais tenir les cordons de sécurité pour me rendre à la salle à manger ou à ma cabine. Repas gastronomiques, vin, danse et spectacles tous les soirs. La fête continuelle!

Je ne connaissais pas l'artichaut. Il était au menu. Pourquoi pas ? J'ai mangé toutes les feuilles que je sauçais dans une vinaigrette, à la grande surprise du garçon de table! J'ai appris depuis!

Enfin, la terre! On pense à Christophe Colomb ou à Jacques Cartier. Liverpool. J'apreçois le port, sans plus. Le lendemain matin, le Havre. C'est la France! Les yeux pleins de larmes. Le comédien Jacques "Patof" Desrosiers, qui est du voyage, pleure à chaudes larmes. Il crie à la ronde: « C'est la France, c'est la France! » Beau moment. Je comprends Jean-Paul II qui embrassait la terre du pays qui l'accueillait. Mettre les pieds en France, en 1956, c'est un évènement, une joie indescriptible. Le pays de mes ancêtres, le pays de Victor Hugo, de Balzac, de Corneille.

Train du Havre à Paris. Taxi jusqu'à ma chambre, rue de Vaugirard. Quand je repense à tout cela, je me demande comment j'ai pu, il y plus de cinquante ans, réussir à me rendre en France. De la rue Drolet à Montréal à la rue de Vaugirard à Paris. La force de la jeunesse.

Euphoria - Voudriez-vous relater un moment spécifique vécu en voyage ? 

Jacques Laurin – La cathédrale de Chartres. À l’Université de Montréal, de tous les cours suivis pendant mes études pour l'obtention du M.A., c'est le cours sur Charles Péguy donné par le père Gagnon, jésuite, qui m'a  apporté les plus belles émotions. Je n'aurais jamais voulu manquer un seul de ses cours. Professeur de grande culture, animé par la passion de son sujet, servi par une voix agréable, il était à l'écoute de ses étudiants. Et surtout, il nous racontait Péguy comme une belle histoire. 

À l'été 1961, je me suis rendu à Chartres en souvenir du poète qui a chanté sur tous les tons sa cathédrale. Avant d'y entrer, je me rappelle avoir pris à une terrasse, un Pschitt citron, plus pour savourer le moment présent que pour étancher ma soif. J'étais à Chartres, je pensais à Péguy et au père Gagnon.  

Puis, je pénètre dans la cathédrale. Encore ébloui par le soleil, je n'y vois rien. C'est le noir total. J'avance prudemment, à petits pas. Je ne vois toujours rien. Et puis, imperceptiblement, tout en douceur, je sens quelque chose en moi qui vibre, un léger tremblement s'empare de ma personne... Tout à coup, je me mets à pleurer, d'abord des petits pleurs retenus, surpris, puis j'éclate en sanglots! Je ne comprends pas ce qui m'arrive! Je suis dans le noir, je ne vois rien et je pleure chaudement! 

Plus tard, je me suis demandé si j'avais été envahi par la Grâce. Avec la maturité, j’ai compris que ce moment intense et inexplicable à l’époque avait été déclenché par l’émotion de me trouver dans une des plus belles cathédrales de France. Ma sensibilité m'avait joué là un bien joli tour! Le lendemain, remis de mes émotions, en touriste, j'ai repris la visite. 

Notre français à Tokyo.  En 1967, j’animais à la radio de CKAC, une émission sur le français. Chaque émission comportait une entrevue de trente minutes avec une personnalité québécoise. « Notre français... et Solange Chaput-Roland », « Notre français... et Clémence Desrochers », « Notre français... et Nicole Germain ». 

Cette année-là, je fais le tour du monde avec un groupe de douze personnes. Voyage fabuleux de quarante-deux jours. À Tokyo, je vais à  la banque. Je présente mes chèques de voyageur et mon passeport. Le caissier me dit :

--- Do you speak French ?

--- Bien sûr, je parle français.

Le Japonais tout sourire me donne rendez-vous à sa pause pour le café. Au petit salon de la banque, en fait, on prend un thé. Un thé japonais d’un beau vert qui n’est pas celui du thé vert chinois. Il parle difficilement, lentement, mais il est, à n’en pas douter, heureux de parler français. J’ai une idée !

--- Connaissez-vous un autre Japonais qui parle français ?

--- Bien sûr.

--- Très bien. On se rencontre ce soir, on se parle tous les trois et, demain, on fait une émission de radio pour le Canada.

---  Vous pensez qu’on peut faire ça ?

--- Oui. Connaissez-vous une station de radio où l’on pourrait enregistrer notre rencontre ?

--- Oui, je connais le directeur, c’est un client de la banque.

--- Vous faites les arrangements ?

--- Je m’en occupe. 

Le lendemain, à la maison de la Radio de Tokyo, l’équivalent de celle de Radio-Canada, mais en deux fois plus grand, un Japonais, tout en courbettes, m’attend et me conduit à je ne sais plus quel étage. Mes deux invités japonais sont déjà là. Présentation avec le réalisateur qui ne parle pas un mot de français, ni d’anglais. On entre en studio, la petite lumière rouge s’allume... et c’est parti pour une demi-heure. L’enregistrement terminé, je donne l’adresse de CKAC. On se salue, on se fait des courbettes, merci et au revoir en japonais. 

CKAC a reçu la bobine. Dans La Presse, dans une jolie publicité, on pouvait lire: Notre français... à Tokyo - avec Jacques Laurin, mercredi, 8 h 30. J’étais assez fier de mon coup ! 

Euphoria - Parlez-nous d’une personnalité rencontrée en voyage qui vous a littéralement séduit. 

Jacques Laurin – Président québécois du jury de la Dictée de Bernard Pivot, j’ai eu la chance, à Paris, d’assister pendant trois années consécutives, à la proclamation de nos champions juniors, Jean-Christian Pleau (1988), Stéphane Ethier (1989), et Pascale Lefrançois (1990).

Chaque fois que Bernard Pivot proclamait avec beaucoup de chaleur, mais aussi avec beaucoup de solennité, les noms de nos champions, j’avais les yeux pleins d’eau. 

Dans les décors somptueux de la Bibliothèque Nationale de Paris ou de ceux du Palais de Chaillot ou encore ceux de la Tour Eiffel, applaudir au triomphe de mes candidats était un moment des plus émouvants. 

Je n’oublie pas notre arrivée à Mirabel avec Jean-Christian Pleau, où une meute de journalistes nous attendait, à la grande surprise de tous. Le Québec venait de remporter un championnat dans un concours de français en France! Durant deux jours, Jean-Christian a fait les premières pages des journaux au Québec, et a été l’invité à toutes les tribunes, tant à la télévision qu’à la radio. 

Prendre un verre en compagnie de Bernard Pivot est des plus agréables. J’ai eu le culot de souligner ses grandes qualités de communicateur. Il m’écoutait avec beaucoup de gentillesse. Mais quand je lui ai dit que le chauffeur de taxi qui m’avait conduit au Palais de Chaillot pour la deuxième partie de l’émission avait fait la dictée avec sa femme, son visage s’est illuminé. J’ai ajouté : « Les intellectuels vous estiment, mais les chauffeurs de taxi et les petites gens vous aiment. » Avec une certaine émotion, il m’a offert un autre verre.

Les Américains lui ont donné le titre de meilleur animateur au monde. Cette rencontre avec Bernard Pivot demeure un de mes beaux souvenirs parisiens. 

À Phuket. Rencontrer Pivot, c’est très bien, mais rencontrer des gens simples, c’est aussi de beaux moments. Je suis devenu l’ami d’une vieille femme fort sympathique à Phuket. Elle ne parle ni l’anglais ni le français et moi, je ne parle pas le thaïlandais, mais on se comprend : les yeux parlent le langage du coeur. 

La vieille femme au grand chapeau 

J’aime ses galettes de riz
roulé dans une panure
puis grillées au charbon de bois.
Ses gestes précis et délicats
donnent à cette cuisine toute simple
un réel petit plaisir.
Elle est toute en rondeur.
Pas jeune.
Assise sur un banc de plastique,
son immense chapeau cache ses yeux.
Quand elle reconnaît ma voix,
ou mes pieds,
elle lève la tête et me sourit.
Un beau sourire de vieille.
Je lui prends deux galettes.
Puis elle repart
emportant sur ses épaules son commerce
et tenant de la main
le petit banc de plastique. 
Courage et épaules solides.
Facette d’un pays
À saveur de riz. 

Euphoria – Cette édition du magazine traite de longs séjours. Vous en avez effectué plusieurs déjà mais, depuis quelques années, vous privilégiez la Thaïlande. Pourquoi? 

Jacques Laurin – Pour plusieurs Québécois, la retraite sonne tôt et c’est tant mieux si l’on sait l’occuper. Rien de pire que de se bercer sur le balcon et attendre que le temps passe. 

Les voyages sont une manière d’occuper la retraite, mais être toujours dans les valises n’est pas très agréable. Un séjour prolongé, voilà la solution pour plusieurs jeunes et moins jeunes retraités. Choisissez un pays que vous connaissez déjà, ou pour les plus aventureux, un pays à découvrir. 

Pour un premier séjour à l’étranger, il est prudent de se limiter à un mois. L’Espagne, la Tunisie, le Mexique et Cuba offrent des séjours à des prix avantageux. La Floride aussi est une belle destination, mais il en coûte un peu plus. 

Fuir les rigueurs de l’hiver pour des climats plus cléments, voilà un avantage que les vieux os apprécient à leur juste valeur. Dans ces pays, entre autres, l’on y mange bien et le temps passe très agréablement par les belles découvertes que l’on fait quotidiennement.

L’inquiétude, pour plusieurs, porte sur les soins de santé. Rassurez-vous, ces pays offrent des soins de grande qualité. Cependant, ne partez pas sans de bonnes assurances. Pour réussir son séjour à l’étranger, il faut savoir s’y préparer et la lecture d’un guide de voyage devient essentielle. 

Pour ma part, j’ai choisi la Thaïlande. Depuis des années, j’y effectue des séjours de trois mois. D’accord, c’est un long vol avant d’y arriver, mais la récompense est grande dans la capitale du royaume de Siam. La douceur du climat, la gentillesse des gens et l’excellence de la nourriture font de mon séjour, un des moments des plus agréables que j’appelle la joie de vivre. Véritable stimulant qui m’encourage à fuir notre hiver rigoureux. Je laisse aux plus jeunes les plaisirs de la neige, du ski et des randonnées en forêt. 

Ayez des projets, pas des regrets ! La vie est belle. Il faut savoir en profiter. C’est ce que je vous souhaite. Alors, ce soir, assis dans votre fauteuil préféré, tenez votre compagne-compagnon par la main, regardez-vous dans les yeux, et dites: demain, on part! 

Rien de plus vrai et surtout, tellement bien dit Monsieur Laurin.

Merci!  Et vivement un autre séjour, long et exceptionnel, l’an prochain. 

www.guidesulysse.com

Sainte-Anne-de-Beaupré

Cathédrale De Chartres

Tokyo

Thé au Japon

Bibliothèque nationale de Paris

Phuket

 

Retour