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Serge Martin

SERGE MARTIN
On pourrait attribuer le surnom de Monsieur 100 000 Volts à Serge Martin, en tourisme, éducation, événementiel, affaires et philanthropie, autant qu’à Gilbert Bécaud dans le domaine de la chanson! Dès les premières minutes d’un entretien avec lui, on est littéralement électrisé et énergisé, conquis par ses histoires vécues, intéressé à prendre part à ses projets.

Récemment nommé Conseiller spécial auprès du Président du Conseil de la National Geographic Education Foundation et du Secrétariat général de l’Organisation Mondiale du Tourisme, Serge Martin est, entre autres, Président de l’organisation Les Grands Explorateurs, qui célèbre cette année ses 40 ans d’existence. Les Grands Explorateurs, c’est une université populaire offrant rien de moins que 600 représentations par année de 8 ciné conférences sur des voyages insolites, des aventures et des périples internationaux, dans les salles de 53 villes du Québec et du Nouveau-Brunswick, devant 145 000 spectateurs, dont 48 000 abonnés.

Pour prouver encore plus, ou pour contredire…, le fait que «le monde est petit», en plus de faire lui-même des voyages qui sortent vraiment de l’ordinaire, Serge Martin croise toujours sur son passage «les plus grands de ce monde»… En voici quelques souvenirs éclatants et épatants!

Euphoria   Parlez-nous d'un voyage littéralement euphorique.

Serge Martin  – À 17 ans, je suis parti sur les chemins de la LIBERTÉ INTERDITE, en cachette de mes parents. En autostop de surcroît, quoiqu’en 1961, ce n’était pas un sport très dangereux. Destinations : Boston, Cape Cod, New York, avec très peu d’argent en poche évidemment. J’avais bien sûr en tête, un périple à la Jack Kerouac. Je devenais moi-même un produit de la Beat Generation. Ce voyage fut pour moi le déclencheur de mon avidité pour les voyages, de mon implication dans la société et de mon engouement pour l’abolition des frontières.

Parmi mes souvenirs : les artistes de Provincetown que j’ai côtoyés, dont celui qui m’a hébergé dans son atelier-grange prêté par un mécène, envahi par de grandes toiles d’art abstrait, et les coups de soleil que j’ai attrapés car je me gavais de cet air salin que l’on ne trouve nulle part ailleurs sur la planète.

Mais surtout celui-ci, imaginez la scène… : j’ai tout à coup un relent de mon rôle de journaliste étudiant pour le Journal du Collège Mont Saint-Louis, de Montréal, et quand j’apprends que le Président Kennedy est à Hyannis Port, je décide de m’y rendre, toujours en autostop. Arrivé près de sa résidence, je dis tout bonnement au policier de garde que je veux une entrevue avec le Président… Il s’est mis à rire (bien sûr) et m’a dirigé vers son secrétaire de presse, nul autre que M. Salinger. J’en étais tout de même très heureux, surtout qu’il parlait français. Il m’a reçu avec amusement lui aussi, mais nous avons tôt fait de discuter à la fois sérieusement et librement de la politique étrangère américaine. Durant une bonne heure…, je n’avais même pas suffisamment de papier pour prendre toutes les notes! Puis, il m’a demandé si j’étais logé à Hyannis Port et m’a invité à jouer au poker! Mais je n’ai pas osé dire oui, surtout parce que je ne pouvais lui dire que j’étais arrivé et que je repartirais sur le pouce…

À New York, je ne savais où aller. J’ai séjourné dans une auberge de jeunesse, une véritable auberge espagnole comme dans les films. L’atmosphère était super cool. Le dimanche, j’allais dans le grand parc de Greenwich Village, écouter les orateurs, les musiciens, voir les beatniks et les hippies.

À mon retour, quand mon père a lu mon article sur Kennedy dans mon journal de collège, il m’a demandé comment j’avais obtenu l’entrevue. Je lui ai répondu : par lettre… Je n’ai osé raconter ce voyage secret à mon père que lorsqu’il a eu 90 ans…!

Ensuite, à 21 ans, malgré une bourse pour entrer à l’École des Hautes Études Commerciales et une belle carrière en perspective, l’appel de la planète fut plus fort que tout. J’ai cédé à la piqûre : je suis parti pour un voyage initiatique dans 60 pays, jusqu’en Nouvelle-Zélande, rien de moins!

Autres souvenirs euphoriques de lieux où j’ai été accueilli chez les habitants : à Cuba, à Isla Mujeres au Mexique, et dans toute l’Amérique latine. Et finalement, en Gaspésie, en regardant les vagues, je me voyais sur un cheval blanc, comme dans la chanson de Claude Léveillée!

Les études et le travail «dit plus sérieux», je les reprendrais après et comme je me l’étais promis, j’ai fondé Martin International, pour organiser des événements à caractère économique, technologique et financier.

Entretemps, après avoir vu un film sur un safari au Congo, animé par un conférencier avec lequel je me suis trouvé en véritable communion, je suis devenu président des Grands Explorateurs, pour allier deux de mes passions : l’éducation et le voyage au-delà du tourisme.

Euphoria  Dans le cadre de votre travail, quelles situations mémorables avez-vous vécues à l'étranger?              

Serge Martin – Durant ce que j’appelle la seconde partie de ma vie, c’est-à-dire à partir de 1988, je me suis beaucoup impliqué dans le domaine philanthropique.

Entre autres, j’ai apporté une contribution financière à la mise sur pied du Centre Interculturel des Femmes Artistes, localisé à Amman, en Jordanie, une initiative conjointe de Madame Hillary Clinton, de la Reine Rania de Jordanie et des Artistes pour la Paix de l’UNESCO.

C’est ainsi qu’à Washington, j’ai été invité par Madame Clinton, en compagnie de 75 personnes ayant participé à ses levées de fonds, à l’inauguration du 8e étage du Département d’État des États-Unis, qu’elle avait fait rénover pour recevoir les personnalités politiques les plus importantes de la planète. Est-il besoin de préciser que les peintures, manuscrits, meubles, bureaux et chandeliers nous ont fait écarquiller les yeux. Quant à la ville de Washington, avec ses grandes artères, ses édifices institutionnels, ses monuments et son art public diversifié, quelle magnificence!

Un autre moment fort fut ma rencontre avec le Président du Conseil de la National Geographic Education Foundation, afin de discuter de mon mandat qui consiste à accroître le nombre de philanthropes membres du Grosvenor Council, en établissant des chapitres dans les grandes villes du monde. La rencontre a eu lieu dans ses appartements secrets, ornés de peintures et de marbre, où l’on garde jalousement la majestueuse table où fur signée sa Charte et les photos des grands explorateurs, ainsi que le bureau d’Alexander Graham Bell qui en fut le 2e Président. Pour moi, c’était comme entrer au Vatican!

Bien sûr, les réunions de l’Organisation Mondiale du Tourisme, à Paris et à Madrid, sont toujours de purs bonheurs pour moi.
Une autre magnifique expérience avec l’UNESCO, dans le cadre d’un programme de recherche de l’Université du Québec à Montréal, fut ma tournée dans les pays du Golfe Persique pour découvrir quels seraient les sites pouvant potentiellement être cités. Dubaï, Abu Dhabi, les Émirats arabes, le Bareihn, quel univers étranger pour nous Nord-Américains. J’ai entre autres eu la chance d’être invité à un mariage traditionnel. Quelle expérience, à la fois simple et fabuleuse. Je me suis acheté une magnifique robe blanche, comme les hommes les portent là-bas. Et les plats étaient si délicieux. Je me croyais dans un film.

Enfin, la Chine. Je l’ai connue en 1993. A cette époque, pourtant pas si lointaine, on ne parlait presque pas de la Chine. En atterrissant, de notre hublot d’avion, on pouvait voir dans les maisons traditionnelles… J’ai ensuite été fortement impressionné par les foules, les bicyclettes, les trains, les chemins de terre. Bizarrement, je me suis senti chez moi dans les hôtels très modestes, où l’on servait des petits-déjeuners tellement copieux.
Ensuite, à Canton, ce fut un choc : une autoroute non terminée, des gens qui la traversent à pied, un entrepôt doté de 40 portes : c’était une usine chinoise, l’illustration parfaite de la puissance manufacturière de la Chine. À Shanghai, c’était tout à l’opposé : je n’avais jamais vu tant de grues et de construction si rapide. Quand j’y suis retourné en 2007, je ne croyais pas les gens qui me disaient que ces immeubles d’appartements s’élevant sur des dizaines d’étages étaient occupés très rapidement, et que les gens les avaient achetés en argent comptant! J’y suis encore retourné en 2010 : ce voyage a changé ma vision du monde et de la planète. Les Américains ne sont plus seuls à contrôler le monde…

Euphoria Racontez-nous quelques moments magiques que vous avez considérés les plus forts au cours de vos voyages?

Serge Martin – Au Nicaragua, j’ai vu une image transcendante de la détresse et de la dignité humaine. Un soir, sur une route non éclairée longeant des champs cultivés, j’ai vu une lueur blanche : un homme marchait lentement. Sur son épaule : un petit cercueil blanc. Il allait porter son bébé en terre. Ce fut un point de bascule pour moi.

Au Guatemala, j’allais faire un reportage pour le journal La Presse sur l’oppression américaine et sa mainmise sur le tiers-monde. Au péril de ma vie, j’ai rencontré le Chef de l’Opposition, accompagné de ses gardes armés. Puis, dans une université, j’ai rencontré des étudiants assis par terre, pour éviter les balles des fusils qui pouvaient passer à tout moment par les fenêtres.

L’extase, elle m’est venue au Machu Picchu. En le voyant, je réalisais un rêve de jeunesse. En plus, j’ai résidé dans le fameux lodge, situé sur le site même. Je ne me suis pas contenté de la visite, en soi déjà fabuleuse du site vertigineux : j’ai accepté de faire la dangereuse escalade sur le versant réservé aux athlètes et alpinistes. Je me suis surpris moi-même en le gravissant plutôt rapidement. En arrivant au sommet, des jeunes m’ont applaudi en me disant que je les avais inspirés et que je leur donnais l’espoir d’être aussi en forme lorsqu’ils atteindraient mon âge. Je n’étais pas peu fier! En redescendant, j’ai eu l’immense plaisir de rencontrer une famille Inca.

Sur une note plus reposante, après avoir traversé notamment l’Équateur et le Pérou, j’ai passé un mois et demi à Rio de Janeiro : un tout autre univers, portugais en plus. J’ai passé des après-midis suaves, assis à la terrasse d’un café, à me délecter en lisant les 700 pages de L’Idiot, de Dostoïevski.

Euphoria  Quel type de voyages de vacances privilégiez-vous?

Serge Martin – Allez-vous me croire? Le repos, total svp : mer des Caraïbes, plage, ciel bleu et étoilé, air pur, lecture.

Mais je ne peux m’empêcher de me rappeler des voyages «gâteries», comme dans les îles grecques, en visitant le Parthénon, chez le chef Ducas en Provence, en Toscane, et à Rome où je pourrais passer ma vie.

Euphoria – Compte tenu de tous les voyages que vous avez déjà faits,  y a-t-il une destination qui relève encore du rêve pour vous?

Serge Martin– La Route de la Soie, cette route légendaire et millénaire qui relie 28 pays, du Japon à l’Italie, sur 12 000 kilomètres. J’y travaille déjà.

En effet, mon mandat avec l’Organisation Mondiale du Tourisme est de faire en sorte qu’elle devienne une des plus importantes destinations touristiques du monde. Concrètement, je développe l’organisation de conférences sur des projets d’investissements en infrastructures touristiques durables et responsables, qui assureront la protection du tissu social et le développement économique des populations et régions concernées. On a déjà commencé à en parler au Kazakhstan.


Quel projet extraordinaire et rassembleur! Avec vous comme chef de caravane, Monsieur Martin, ce rêve deviendra réalité, c’est assuré! Les lecteurs d’Euphoria ont sûrement hâte de faire partie de cette caravane. Tenez-nous au fait des avancées!

D’ici là, on les invite à visiter les sites web auxquels vous êtes associé, d’une manière ou d’une autre :

www.lesgrandsexplorateurs.com
www.nationalgeographic.com
www.unwto.org

Entrevue et rédaction: Sylvie Berthiaume

 Hyannis Port - Maison des Kennedy

Nouvelle-Zélande

Isla Mujeres

Gaspésie


Safari au Congo

Jordanie

Abu Dhabi

Guatémala

Rio de Janeiro

Kazakhstan

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

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