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Niigata

Niigata  —  Un voyage au goût dépaysant : la magie du voyage opère quand votre personnalité et vos besoins s’harmonisent avec la personnalité et les caractéristiques d’un endroit. C’est alors le début d’une belle relation!

Le saké et l'esprit de Niigata

Le choix ne fut pas facile. Nous pouvions demeurer à Tokyo pendant les cinq derniers jours de notre séjour au Japon, une ville que nous avions visitée à de nombreuses reprises et où nos endroits préférés nous faisaient signe: l’observatoire du Metropolitan Building pour admirer le Mont Fuji, le Kinokunya à Shinjuku pour y acheter des livres ou le Disc Union, avec son offre incroyable de CD usagés, Chez Muji et Uniqlo pour leurs vêtements tentants et finalement chez Tokyo Hands, ce grand magasin où l’on peut trouver à peu près tout ce qu’on peut imaginer.

Mais c’était trop simple et encourageait une certaine paresse, même si je me doutais que bien des voyageurs cèdent facilement à cette routine et considèrent rarement le très important « quoi d’autre » quand ils voyagent.

Nous avons donc opté pour un séjour dans un endroit que nous ne connaissions pas et choisi la préfecture de Niigata, dont la ville Niigata se trouve à 90 minutes au nord-ouest de Tokyo par le « Bullet Train ».

Les environs sont connus pour leur susceptibilité aux tremblements de terre, la variété de leurs onsens (sources chaudes) et 91 brasseries de saké. Bien entendu, ce sont les deux derniers attributs qui figuraient au haut de notre liste de priorités!

Nous quittons donc l’Hôtel Niwa à Tokyo, un charmant petit quatre étoiles qui transpire la culture et offre un décor japonais apaisant, une entrée-jardin tout comme un jardin que l’on peut contempler pendant les repas (Niwa signifie d’ailleurs jardin), du personnel sympathique, l’Internet gratuit et un goûteux déjeuner-buffet.

À Tokyo Station, nous prenons le train direction Niigata. Après avoir déposé nos bagages à notre hôtel, au coin de la rue, nous attrapons le train vers Shibata, où débutera notre exploration.

Sur la bonne voie à Shibata

Nous décidons d’ignorer le froid et la forte pluie qui accueille notre arrivée inopinée, sortons notre liste de « choses à faire », ouvrons nos parapluies et partons à l’aventure.

Pas très loin… puisque notre premier arrêt se fait à deux minutes de la gare ferroviaire pour le lunch au restaurant Nagashima. Nous testons le saké pour tester l’esprit du lieu. En fait, dans les restaurants traditionnels, la serveuse apporte une bouteille de 1,8 litre de saké à la table avec verres et soucoupes (ou des plats très peu profonds). Elle place ensuite chaque verre dans la soucoupe et verse le saké jusqu’à ce qu’il déborde du verre et remplisse la soucoupe. Puis, vous vous penchez pour siroter le saké (de peur d’en renverser une seule goutte); ensuite vous remplissez à nouveau le verre avec le saké de la soucoupe. Tout ceci fut accompli à la perfection et le saké était très limpide et sec avec un petit arrière goût qui murmurait « douxxxxxx » à mes papilles gustatives. Nous étions sur la bonne voie!

Côté nourriture, je commande le chirashi, constitué de sashimi (poisson et fruits de mer crus) sur un lit de riz, présenté dans un grand bol profond. Mon ami opte plutôt pour un katsu-don : du porc frit, également sur lit de riz. Les deux plats étaient très frais, bien préparés et quelque peu provocants pour nos papilles. Celles-ci ont eu besoin de temps pour récupérer suite à cette incroyable expérience.

La pluie tombe de plus belle à la fin de notre repas. Nous nous emmitouflons contre le froid, ouvrons nos parapluies et nous dirigeons vers Ichishima Shuzo, la brasserie locale de saké, située à 15 minutes de marche. Elle n’était pas en opération, car la plupart des sakés sont préparés au début de chaque année. Mais la salle de montre nous a permis de voir des barils, wagons et autres ustensiles de bois utilisés autrefois (la brasserie a été fondée en 1790) et la boutique était ouverte. Il va sans dire que toute boutique de brasserie qui se respecte se doit d’offrir des échantillons gratuits de ses produits. Ce fut la partie éducative de notre visite… Et nous étions assoiffés d’apprendre!

Dehors, nous attrapons un taxi qui nous fait traverser la ville jusqu’au Shibata Castle, dont les murs de pierre croches et fissurés ont résisté aux tremblements de terre et aux sièges depuis 1654, année de sa construction. Tous les édifices de l’ensemble ne sont pas accessibles, mais ils sont reliés par des douves et le rouge brillant et le jaune ardent des feuilles des arbres font office à la fois de sentinelles et de voisins.

De la tourelle près de l’entrée, on peut accéder au deuxième étage du musée, que l’on atteint grâce à un escalier très abrupt, étroit et peu profond, où une corde aide à monter et à descendre. Cet escalier a été ainsi conçu pour permettre qu’une seule personne à la fois puisse accéder aux étages supérieurs du château, par mesure de sécurité. Nous parcourons le domaine, prenons de multiples photos et attrapons le bus local jusqu’à notre prochaine destination, à 30 minutes de là.

Deuxième arrêt : Tuskioka Onsen

La noirceur est déjà tombée lorsque nous y arrivons. On nous dirige vers le centre d’information touristique, en fait une sorte de dépanneur, où contre 500 yens chacun (approximativement 7,50$), on nous remet une tasse de saké et un livret de 4 coupons de dégustation.

La tasse est blanche avec un cercle bleu au fond. On nous dit que cela aide à apprécier la limpidité du saké. Il suffit de regarder dans la tasse pleine et d’observer la clarté du cercle bleu. Donc, proprement armé, nous prenons une carte de la petite ville et en avant la découverte!

La dégustation couvre 30 différents endroits dans la ville, quelques-uns dans des hôtels et d’autres dans des restaurants. Chaque endroit offre entre 2 et 4 choix de saké et, considérant notre livret de coupons, nous choisissons de ne tester qu’un saké avant de nous diriger vers un autre endroit. C’est vraiment une façon très agréable d’explorer une ville, mais également, comme vous devez entrer dans chaque édifice pour goûter, vous pouvez apprécier chaque endroit de l’intérieur. Quelle belle idée marketing! En fait, un vieil hôtel, le Senkei, nous a réellement impressionné et nous nous sommes promis d’y résider lors d’un prochain séjour dans la région.

Nous passons ainsi une heure à nous promener et à goûter, tout en notant nos observations (pour références futures et achats). Nos coupons épuisés, nous jugeons qu’il est temps de se payer la traite dans l’un des onsens.

Nous nous dirigeons donc vers un petit bain public pour débarrasser nos corps des souvenirs du froid et de la pluie dans des eaux qui affichent 52 degrés Celsius et relaxons tout simplement. Bien que la chaleur soit apaisante et relaxante, nous avons malheureusement dû en sortir après une quinzaine de minutes, nous habiller et retourner à Niigata pour la soirée.

Fruits de mer, sources chaudes et quelques centaines… ou presque de canards

Notre deuxième jour se révèle aussi aventureux que le premier. Nous quittons l’hôtel très tôt et prenons un train en direction de la gare située près du Marché central. Nous avons compris que notre destination est à 15 minutes de marche du marché, mais cela se révèle plutôt une heure. Nous découvrons que cela vaut l’effort.

Notre récompense est un marché intérieur débordant de poissons frais, de fruits de mer et de légumes; un endroit absolument parfait pour se promener, s’imprégner de toutes les odeurs de fraîcheur des produits, pour savourer le badinage amical des marchands, et laisser nos caméras immortaliser les couleurs et le chaos de ce trépident samedi matin au marché.

La valeur ajoutée de cette aventure est qu’il y a de petits restaurants dans le marché. Notre marche nous a mis en appétit. Un marchand nous recommande le Chuo-shokudo (qui veut dire restaurant central), où l’on nous offre des fruits de mer frais, avec riz et thé. Le mot « délicieux » (oishi, en Japonais) n’y rend pas justice!

Murasugi et ses onsens

Nous prenons le train vers Suibara, où un bus local nous conduit à l’un des onsens pour lesquels la petite ville de Murasugi est connue.
Nous suivons ensuite un sentier à travers les bois, accompagnés par le plus spectaculaire paysage de feuilles d’automne que l’on peut imaginer. Chaque arbre arbore des couleurs vives, dans une tentative non déguisée d’éclipser son voisin.

À la sortie des bois, nous empruntons les rues étroites et tortueuses du village où se trouvent presque côte à côte deux onsens : l’un en plein air, l’autre à l’intérieur. La pluie qui avait menacé toute la matinée tombe maintenant, hésitant entre la neige et le grésil. La température est sous zéro, mais n’écoutant que notre esprit d’aventure nous décidons de nous attaquer d’abord au onsen en plein air. Et quand je dis en plein air, cela inclut vestiaire et casiers…

Complètement nus, nous nous dirigeons, plutôt vivement je dois dire, et malgré les pierres glissantes, vers les eaux de 42 degrés du onsen. Au même moment, le grésil commence à tomber très agressivement. Nous nous contentons de nous couvrir la tête avec nos serviettes, après tout, nous sommes déjà mouillés, donc nul besoin de sortir des eaux chaudes. Nous glissons dans l’eau jusqu’au cou, profitant de la paix et de la tranquillité de ce lieux de pierres et d’arbres, auxquels se joint maintenant la neige.

Peu après, nous enfilons nos vêtements d’hiver pour nous rendre au onsen voisin et répétons la même procédure. Après le trempage, retour sur le sentier dans les bois à travers le livre d’images colorées, jusqu’à l’arrêt du bus.

En chemin, n’ayant pas le temps d’arrêter au temple de la Five-Head Mountain, l’une des attractions locales, nous nous promettons de la visiter à notre prochain séjour.

Le Lac des cygnes

Une demi-heure plus tard, nous disons bonjour au Lac Hyoko. Il est surnommé « Lac des cygnes » car des milliers de canards et trois douzaines de cygnes qui quittent la Sibérie chaque année convergent sur ses eaux pour se nourrir et réseauter dans leur propre version d’un Facebook aviaire. Nous achetons la nourriture qu’ils aiment et nous joignons à la foule qui, comme nous, brave la pluie torrentielle et le froid pour nourrir les canards et les cygnes.

Mais le spectacle ne s’arrête pas là : arbres tortueux et mystérieux qui entourent le lac, toile de fond des eaux sombres et des montagnes brumeuses au loin, cacophonie naturelle des oiseaux et des humains.

Après s’être réchauffés avec un bon café, nous repartons par bus vers notre destination finale de la journée : une visite guidée, dégustation et photos avec le personnel, à la brasserie de saké Ichigozakura Shuzo, près d’Agano. Un petit intermède très amical!

De retour à Niigata City, nous avons une réservation au Goro pour dîner, l’un des meilleurs restaurants de fruits de mer de la ville, et nous ne sommes pas déçus. Le saké est délicat et doux, les marinades, plats de poissons et fruits de mer frais, préparés de mains d’experts dans la cuisine ouverte, autour de laquelle nous sommes installés sur des tabourets, et le service est tout simplement merveilleux. Une autre journée exceptionnelle dans la Préfecture.
Le lendemain, nous avons eu un peu de temps pour explorer Niigata City.

Niigata City

Nous marchons jusqu’au centre-ville pour voir le Art Park et déambuler dans le Bandaijima Pia, un ensemble d’édifices abritant le marché aux légumes, fruits de mer et alcools. Nous achetons biscuits salés et sucreries comme souvenirs pour des amis, puis l’appel des restaurants de sushi est trop fort pour résister.

Nous choisissons Benkei, qui offre des sushi kaiten : fraichement préparés, ils voyagent sur une courroie parcourant le comptoir. On choisit ce que qu’on préfère, et à la fin du repas le serveur additionne les assiettes aux différentes couleurs, chaque couleur indiquant le prix du plat. Un autre moment fort pour nos papilles.

Un prochain séjour?

Nous sommes maintenant de retour à Toronto et pensons déjà à notre prochain voyage au Japon en 2013, mon douzième dans ce pays.

Naturellement, nous verrons et explorerons de nouveaux endroits, mais je demeure convaincu que nous pourrons justifier un autre séjour à Niigata. Ce fut si intéressant, rafraîchissant et enrichissant. Et il y a encore tout plein de choses à voir et à faire.

Ce que nous avons expérimenté au cours de ce voyage ne peut l’être qu’à Niigata, mais chaque partie du Japon recèle sa part de récompenses et de secrets cachés. Il n’existe rien de tel que « j’ai vu une ville… je les ai toutes vues ». Au fil des ans, nous sommes tombés en amour avec différents villages et villes au Japon dû à leur unique personnalité.

Mais Niigata est assurément pour moi l’un des endroits avec lesquels j’ai établi une très belle relation.

Steve Gillick

www.talkingtravel.ca


Détails de kimono 

Au restaurant Nagashima à Shibata

Chirashi au marché central de Chuoshok

Dégustation de saké à Tuskloka

Feuilles d'érable à l'automne

Onsen extérieur à Murasugi

Dégustation de saké à Agano

Lac des cygnes

De plus près...

Temple Inari, Agano

Calmars au marché de Niigata

Après le repas...

Goro, un des meilleurs Izakayas à Niigata

Photos: Steve Gillick

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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