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Jean Béliveau

Jean Béliveau
11 ans à parcourir la Terre, à pied, seul, sans argent… Probablement le seul être humain à avoir accompli ce rêve, ce périple, cet exploit! Parti d’abord avec pour but de s’évader d’un monde capitaliste cruel, Jean Béliveau a rapidement transformé cette fuite en avant en une quête universelle et humanitaire: l’ultime abnégation, pour la paix et les enfants.

Plus il marchait, plus sa mission et son message faisaient boule de neige, même dans le désert. Plus il rencontrait de gens, de villages en villes, en passant par montagnes et vallées, le long de fleuves et rivières, plus de gens et plus d’organisations se sont mis à l’attendre, à l’accueillir bras ouverts, pour l’appuyer, lui et sa cause.

Revenu il y a quelques mois à peine au Québec, Jean Béliveau a raconté son aventure dans : «L’homme qui marche».

Euphoria a eu la chance de lui poser quelques questions pour vous en présenter quelques bribes, et pour vous donner envie de vous précipiter sur son récit complet.

Euphoria  – Des euphories, vous avez dû en ressentir plusieurs, entre de nombreuses phases de douleur… Pouvez-vous nous en relater quelques-unes?

Jean Béliveau  – À Bornéo, on se sent vraiment sur une autre planète. Il me restera gravé sur le cœur, l’accueil chaleureux des gens de la tribu Iban dans le Sarawak. Ce sont d’anciens «coupeurs de têtes», ce qu’ils ne font plus depuis 60 ans… Ils ont préservé les autres aspects de leur culture, leurs anciennes croyances, leur tissu social et leurs liens privilégiés avec les forces de la nature et les animaux. Par exemple, connaissant les cris des différents oiseaux, ils savent reconnaître un cri indiquant un danger. 

Ils vivent dans un joli village, dans de longues maisons, où j’ai été reçu. Quand je leur ai demandé s’ils avaient encore des reliques de têtes coupées, ils m’en ont montrées 7 ou 8, juste au-dessus de la porte. J’ai alors appris que ces têtes constituaient des trophées de guerre : en fait, les têtes des chefs adverses conquis. Plus ils en avaient, plus les femmes les admiraient…

J’ai toutefois été désolé de constater que même là, on voit les ravages de la déforestation causée par la récolte de l’huile de palme. J’en ai presque pleuré.

Euphoria – Un moment magique à partager?

Jean Béliveau – Des centaines de moments magiques. Imaginez, j’ai été reçu dans 1 600 familles, où j’ai mangé et dormi. Quand j’y repense, ce fut vraiment un grand privilège. Comme je n’avais presque pas d’argent, cela comblait une nécessité, mais le plus grand plaisir émanait de la rencontre d’êtres humains, tout comme moi. Même si certains me traitaient comme un dieu.

Si je devais en nommer un, je dirais la Journée des enfants, en Turquie, où 1 000 enfants ont marché avec moi.

Et puis, un deuxième : j’ai rencontré un Français aux Philippines, Dominique Lemay, qui a créé la Fondation Virlanie, venant en aide aux enfants de la rue à Manille. Il va les chercher dans les bidonvilles, leur fait l’école de rue, les amène jouer au parc, leur donne un repas et une brosse à dents : ils se lavent en se regardant dans les miroirs des autos.

Globalement dans ce voyage, j’ai appris à recevoir, ce qui était contraire à ma nature… J’ai été très ému de voir que les gens avaient les larmes aux yeux quand on se quittait, car ils avaient l’impression d’avoir vécu quelque chose de très spécial en m’accueillant.

 Euphoria – Côté nature, quels sont les endroits qui vous ont vraiment impressionné?

Jean Béliveau  – Je dirais au Pérou, tant les montagnes que le littoral du Pacifique. Mais j’adore généralement les déserts : ce sont des paysages uniques qui provoquent des hallucinations. C’est tellement beau.

J’aimerais d’ailleurs retourner dans un désert, dans une tente berbère, avec simplement un baril d’eau, des noix et des fruits secs, du papier et un crayon, pour rentrer à nouveau en moi.

 Euphoria – Un repas vous a-t-il marqué?

Jean Béliveau   –  J’ai pratiquement tout essayé : le chien, le serpent, les insectes, les œufs de canard fécondés, entre autres.

Mais ce que je me rappelle avec grand bonheur, c’est un repas partagé en Inde. J’ai été étonné de voir que les hommes mangent ensemble, mais aussi par le fait qu’ils me laissaient à moi, l’invité, le meilleur du plat et qu’aussitôt que je prenais une portion, ils repoussaient et replaçaient la nourriture dans mon assiette, pour qu’elle soit toujours intacte.

Je ne suis ni gourmet, ni gourmand. Cependant, si on me demande quelle cuisine j’aime par-dessus tout, je dirais la cuisine chinoise du Szechuan.

Euphoria – Quel genre de difficulté avez-vous rencontré, en matière d’hébergement?

Jean Béliveau  –  Surtout au début quand ma quête n’était pas très connue, puis en Europe, la difficulté de me faire héberger. Dans les pays en développement, c’était beaucoup plus facile. Les gens sont moins craintifs et ont l’habitude de s’entraider. Dans certains pays, un homme qui marche seul, passe pour un fou : «on ne parle pas à un étranger fou!»

Ce que j’ai développé aussi : la capacité à aller vers les autres humains, sans gêne, sans peur. Tout en gardant en tête, notre protection, on dépasse nos propres frontières intérieures.

Cela dit, j’ai dormi partout : dans la nature, dans 7 ou 8 prisons, dans des hôtels luxueux ou miteux, dans des casernes de pompiers, des temples, sous des ponts, mais surtout chez l’habitant.

Euphoria – Vous est-il arrivé d’avoir peur?

Jean Béliveau  –  Oui, en Tanzanie, dans la zone des animaux sauvages, parmi les lions. Il fallait feindre de ne pas les voir. Mais à ce moment-là, je me disais que je préférerais être mangé par un lion, que par la société nord-américaine. Un jour, passant devant un poste de police, l’agent s’est dit abasourdi de me voir circuler dans la nature sans fusil.

Bien que l’endroit était magnifique, je dois dire que le désert d’Atacama au Chili, fut le plus aride de tous. Et j’en ai vu des mirages… Mais bien réel fut le réveil par un puma!

En Australie également, j’ai eu un grand défi à relever : durant 3 mois, à 45 degrés, je devais boire au moins 12 litres d’eau par jour, ce qui est très lourd à porter sur ma petite poussette.

Euphoria – Pardonnez la question… Avez-vous encore des rêves de voyage?

Jean Béliveau  –  Oui bien sûr. Il y a des endroits où je ne suis pas allé parce que cela s’avérait trop dangereux à certaines périodes. Par exemple, la Colombie, la Lybie, le Tibet. Je veux passer 3 mois dans chacun de ces endroits. J’aimerais aller écouter la voix des rebelles.

Euphoria – Des vacances à l’étranger, ce serait quoi pour vous?

Jean Béliveau  –  Avec ma conjointe, Luce, on parle d’une croisière en Méditerranée. Elle ne crache pas sur le luxe de temps à autre. Mais ce n’est pas un voyage de prédilection pour moi. 

Même si on a des goûts diamétralement opposés, on mène une vie formidable ensemble, que l’on soit à distance ou à proximité. Il faut cependant dire que le retour à la routine, à deux dans la même maison, n’a pas été une sinécure. Nous étions tous deux habitués à contrôler entièrement nos vies individuellement durant 11 ans. Alors, on a recommencé à s’apprivoiser. On a déjà fait un bon bout de chemin dans ce sens et on est confiants dans l’avenir.

Alors, oui, pourquoi pas de vraies vacances en mer, en amoureux…

Merci et Chapeau, Monsieur Béliveau! On peut même dire que vous avez éclipsé le roi des tours du chapeau : «l’autre» Jean Béliveau, notre hockeyeur légendaire.

Nous vous souhaitons à vous et à votre compagne, Luce, bon vent et d’inoubliables vacances sur les flots.

Pour en savoir TELLEMENT PLUS…! sur cette grande aventure, sans aucun doute unique au monde, Jean Béliveau a un site Web, un DVD et un livre, publié chez Flammarion Québec, disponible dans toute bonne librairie.

www.wwwalk.org

www.desailesauxtalons.com

www.flammarion.qc.ca/livre_l_homme_qui_marche_306

Bornéo

La Journée des enfants en Turquie

Au Pérou

Tente berbère

Repas en Inde


Désert d'Atacama, Chili


Photo de Jean Béliveau: Martine Lefrançois

 

 Entrevue et rédaction: Sylvie Berthiaume

 

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