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Tommy Schnurmacher

Anick-Marie Bouchard
Cette Suntrotteuse a gagné ses épaulettes, grâce à ses genoux aussi vigoureux qu’hasardeux, de la France au Kazakhstan, solitaire à vélo solaire, sur 8 000 km, durant 80 jours!

Crinière rose au vent, sourire omniprésent même sous la pluie, et parole engageante qui se partage comme une traînée de poudre, Anick-Marie Bouchard a relevé un défi de plus. Pour changer les façons de penser, de voir, d’agir et de voyager.

Déjà Globestoppeuse, conférencière et blogueuse, ayant vécu en plusieurs endroits au Canada, elle s’est donnée pour mission d’inciter les femmes à voyager à travers le monde, en solo, en auto-stop, et en sécurité, d’appartement en maison.

Elle a aussi décidé de saisir l’occasion du tout premier Sun Trip : personnellement, pour défier un problème de santé en s’attaquant au mal lui-même; socialement, pour encourager l’innovation technologique et écologique qu’est l’utilisation du panneau solaire pour appuyer l’endurance de l’être humain rivé à ses guidons et ses pédales.

Ses mots d’ordre : autonomie et fierté, liberté et responsabilité.

Ses motivations : respecter ses engagements et les gens qui lui font confiance, qui mordent dans la vie et qu’elle rencontre sur sa route. Tout aussi curieux et enthousiastes qu’elle.

Et pour ne jamais lâcher, elle se répète : «Un coup de pédale à la fois».

Visionnaire, volontaire et hyper sympathique, cette Anick-Marie Bouchard!

Euphoria l’accueille fièrement à titre d’Invitée du mois, et espère bien vous présenter sous peu quelques récits de sa part, sous notre rubrique «Voyage au féminin».

Euphoria – Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce voyage tout à fait hors-du-commun?

Anick-Marie Bouchard  –  J'ai été invitée à prendre part à ce rallye parce que mon blogue sur le voyage solo au féminin et le voyage alternatif avait acquis une certaine notoriété. J'ai d’abord refusé d'emblée en disant que je n'étais pas une aventurière sportive. L'organisateur a insisté pour que j'y réfléchisse bien qu’à ce moment-là, j'étais affectée par une toux asthmatique chronique, moi qui n'ai jamais eu d'asthme auparavant. J'ai finalement réalisé qu'il n'était pas trop tard pour entreprendre un défi sportif d'envergure, que je devais me lancer pour devenir une personne plus sportive et plus en santé.

Euphoria   La préparation a duré combien de temps?   

Anick-Marie Bouchard  – Ma décision ayant été prise environ un an avant le rallye, j'ai commencé à en parler autour de moi, ce qui m'a amené des idées et des contacts. J'ai réellement rassemblé une équipe en septembre, et entrepris l'entraînement physique en janvier pour le départ en juin. J'aurais voulu que ce soit moins chaotique… La préparation fut beaucoup plus dure que le voyage en lui-même. J'ai gagné une expérience inestimable, mais les derniers mois de préparation furent un enfer de stress et de travail acharné !

Euphoria  Si ce n’est pas indiscret, combien ce voyage a-t-il coûté environ? Étiez-vous commanditée?

Anick-Marie Bouchard  –  Mon budget de base tournait autour de 18 000 $. J'ai noué des partenariats qui devaient me permettre de financer une partie du vélo que nous concevions et des pièces de rechange. Mais je n’ai pas pu respecter les échéances et j'ai investi près de 5 000 $ en matériel qui est demeuré au Québec. Un mois avant l'aventure, j'ai pris la décision de suivre mon plan B et d'emprunter près de 8 000 $ pour obtenir un vélo français, clé en main.

Certains partenaires ont toutefois soutenu le projet selon leur capacité, comme KSL Sport, des vêtements de sport féminin faits à Montréal, et la Société de Transport de Laval. J'ai aussi piloté une campagne de socio-financement (crowd funding) et les gens ont bien répondu, me soutenant pour près du quart de mon budget !

Euphoria – Où avez-vous dormi?

Anick-Marie Bouchard – Autant que possible, j'ai planifié mon hébergement gratuit chez les gens via les réseaux d'hospitalité comme CouchSurfing et BeWelcome. Quand je ne trouvais personne, je cherchais des auberges de jeunesse ou d'autres possibilités d'hébergement sur la route, espérant tout de même trouver mieux une fois sur place. À partir de la Russie, j'ai également campé dans des portions plus désertiques, et j'ai accepté des invitations spontanées à aller dormir chez les gens.

J'ai parfois dormi gratuitement dans des endroits un peu étranges : le placard à draps d'un ancien hôtel, un wagon attenant à un casse-croûte, un pré aux vaches et aux chameaux, une station-service...

 Euphoria  Vous êtes-vous sentie en sécurité? Si non, en quelles circonstances?

Anick-Marie Bouchard – La sécurité n'est pas quelque chose de binaire ! Je me suis sentie généralement en sécurité, mais en tant que cycliste, j'ai bien senti ma vulnérabilité et ma fragilité face aux bolides d'acier carburant au pétrole. J'ai été témoin de deux accidents, dont l'un triplement mortel, avec un homme disloqué face contre l'asphalte, à quelques mètres de moi. La mort violente est tellement indécente !

Sinon, j'ai tenté de minimiser mon risque d'agression sexuelle en minimisant le camping et les endroits où l'on boit de l'alcool, et puis en cherchant la compagnie d'autres femmes, très protectrices. Mais j'ai parfois subi du harcèlement ou des tentatives d'attouchements. Cela fait partie des désagréments, et bizarrement, ça s'est plutôt passé quand je n'étais pas seule.

Euphoria  Surtout, quels seraient les 5 moments les plus euphoriques que vous ayez vécu?

Anick-Marie Bouchard – C'est en Russie et au Kazakhstan que j'ai vécu le plus de moments d'euphorie, entrecoupés de vide...

Des rencontres mémorables : au Kazakhstan, Makcim, un électromécanicien de Rudnyy, qui m'a réellement traitée en égale au moment de m'aider pour une crevaison, le nettoyage et l’entretien préventif de mon vélo. Aussi, deux hommes qui ont fait 400 km aller-retour pour venir réparer les rayons de mon vélo à deux jours de l'arrivée, et un cavalier, les yeux mouillés, qui m’a raccompagnée à la route.

Un paysage exaltant : la route menant à Stavropol en Russie, une grande dune balayée par le vent, mon premier paysage semi-désertique. Et à cet endroit, le fait de réaliser que j'avais pédalé sur près de 5 000 km... J'en suis presque tombée de mon vélo !

Un lieu urbain jamais vu ailleurs : la vue sur le centre de Trabzon et la mer Noire en Turquie, depuis les toits de l'appartement étudiant où l'on m'a accueillie.

Un plat particulier : un bol de lait de chamelle fermenté, à Aktobe, au Kazakhstan.

Un événement insolite : à Atbasar, au Kazakhstan, la visite vers minuit d'un chapiteau de cirque traditionnel en compagnie de deux acrobates, les cages de deux tigres, de la lionne, des ours et du singe...

Euphoria  Concernant d’autres voyages passés, quelle autre destination a constitué pour vous un voyage personnel vraiment euphorique?

Anick-Marie Bouchard – Je suis partie vers la Turquie pour y rejoindre un homme, un coup-de-coeur, une âme-frère, un autre grand voyageur. Il a fui mon arrivée, qu'il jugeait trop troublante, se réfugiant en Azerbaïdjan. Je ne me sentais pas prête pour l'Asie Centrale à cette époque, alors je me suis rasé la tête et suis partie méditer dans une caverne de la Cappadoce, au centre de l'Anatolie. J'ai eu le sentiment que la folie peut être belle et parfois même nécessaire...

Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais avons échangé plus de 400 courriels jusqu'à sa mort en mars, au Tchad, alors qu’il a été happé par une voiture en faisant de l'auto-stop.

Euphoria  Quel pays vous a le plus impressionné en matière de transport urbain par vélo?

Anick-Marie Bouchard – Les Pays-Bas et la Belgique sont imbattables ! Ce sont des pays où l'on a pris la décision de valoriser le vélo dans les années 1970, et on a eu le courage de ses ambitions en instaurant les infrastructures nécessaires. Le vélo n'y est pas un moyen de transport du pauvre, c'est souvent l'option la plus rationnelle pour se déplacer en ville. J'ai retrouvé ponctuellement cette ambiance dans des villes précises ailleurs dans le monde, où l'instauration d'une culture cycliste s'est parfois faite en quelques années seulement, c'est très impressionnant !

Euphoria  Parlez-nous d’expériences extraordinaires qui se sont déroulées à l’étranger.

Anick-Marie Bouchard  – La rencontre d'un explorateur polonais lors d'un détour d'auto-stop; un sniper d'ex-Yougoslavie qui me raconte l'enfer de son premier tir de guerre; me faire inviter le temps d'un repas puis ramener à la route; un papy qui ne parle que Russe et Arménien, mais comprend exactement comment réparer mon vélo avec trois gestes, tandis que la mamie au sourire extraordinaire me ressert du lapin qu'elle a tué elle-même; un saut en parapente avec mon hôte près de Chambéry en France; le passage des Alpes à vélo... Les détours, les invitations, les familles...

Euphoria  Que recherchez-vous la plupart du temps lorsqu'il s'agit d'un voyage d'évasion et de repos?

Anick-Marie Bouchard – J'ai envie d'apprendre et d'envoûter mes sens. Je veux discuter, goûter, observer, analyser, contempler. J'aime me perdre dans les rues, regarder les gens vivre leur quotidien, les entendre me parler de leur histoire et de leur présent. Je me sens incomplète sans interaction avec les gens du coin.

Euphoria  Quel voyage rêvez-vous de faire?

Anick-Marie Bouchard  – Je rêve d'un voyage d’immersion dans une culture tranquille et reculée, façon anthropologique. Parce que, venant des Îles-de-la-Madeleine, j'aime les endroits isolés pleins de beauté et de force calme. Le Bhoutan, le Zanskar, le Sikkhim... J'ai envie de découvrir la montagne et d'en apprivoiser les flancs, moi qui suis une fille d'eau et de vent !

Félicitations Anick-Marie! On peut bien lui demander : Après cela, quel pourrait bien être le prochain défi?!

Entretemps, on peut se procurer son livre «La Bible du Grand Voyageur», publié chez Lonely Planet. Il est disponible sur son propre site web, la Globestoppeuse, ou via le réseau de conférenciers Les Grands Explorateurs.

Et, à suivre, la prochaine édition du Sun Trip, pour les plus téméraires d’entre vous.

Pour voir Anick-Marie en pleine action ou nous livrant ses réflexions sur le Sun Trip, voici trois courtes vidéos :
1. http://www.youtube.com/watch?v=ztco2OnnOhg
2. http://www.youtube.com/watch?v=_1Fnp0Te_l8
3. http://www.youtube.com/watch?v=G8odXXUAAik

www.thesuntrip.com
www.globestoppeuse.com
www.lesgrandsexplorateurs.com

 

Entrevue et rédaction: Sylvie Berthiaume

 

Vélo solaire

Au Kazakhstan

Vue sur la mer Noire, Turquie

Atbasar, Kazakhstan

Cappadoce 

Belgique

Zanskar

 

 

 

 

 

 

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