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Chan Cham Perou

Santa Clara  —  Où est le Che? Le Che est partout. Cette formule que nous empruntons en tout respect pour le Che et la religion surgit tout spontanément après seulement quelques minutes de marche dans le centre de Santa Clara. Partout, sur les édifices officiels comme aux façades de commerces et aux balcons résidentiels : l’iconique photo du Che au béret étoilé, armé de son regard visionnaire, déterminé, envoûtant, prise par Alberto Korda. Normal, puisque c’est là qu’ont eu lieu d’importants événements de la Révolution cubaine, dont des rencontres stratégiques et la bataille victorieuse de 1958. C’est aussi là que l’on retrouve le monument à la fameuse attaque du train blindé, le siège du Parti communiste et le spectaculaire Mausolée du Che.

Mis à part les férus d’histoire qui voudraient sans doute, et avec raison, s’installer durant plusieurs jours à Santa Clara, la plupart des voyageurs apprécient y passer une journée dans le cadre d’une excursion-incursion offerte en partance des complexes hôteliers de Cayo Santa Maria, avec arrêt à Caibarien, Remedios et Camajuani.

Récit d’un court séjour serti de moments forts.

À la rencontre des Cubains 

Les plages et la mer cubaines, tout aussi magnifiques et incomparables qu’elles soient, se doivent d’être parfois quittées pour apprécier autrement la grande île, sa riche histoire, sa réalité quotidienne contemporaine, ainsi que les Cubains et Cubaines aux yeux brillants, aux lèvres souriantes et chantantes et aux épaules et hanches roulantes et dansantes, qui ont tôt fait de susciter chez les voyageurs solidarité, amitié et parfois même, amour.

Santa Clara, mémoire vive

Incontournable et mémorable est la visite du Mausolée du Che, qui abrite ses restes. L’œuvre est majeure, par sa beauté et son envergure. L’ensemble nous laisse sans voix : la gigantesque statue, sur un piédestal vertigineux, fait littéralement flotter le Che dans le ciel. Quant aux murs-gravures faisant écrin, de chaque côté, l’un illustre sa vie et ses faits d’armes, et l’autre reproduit sa lettre d’adieu à Fidel Castro.

Ce n’est pas tout : en plus de la Flamme éternelle, le site abrite un musée bien garni d’effets personnels du Che, où il est malheureusement interdit de prendre des photos. Et on imagine facilement l’effet rassembleur et galvanisant de l’immense esplanade devant le Mausolée, où les grands événements de Cuba se déroulent.

La majesté du lieu mène inévitablement à la réflexion et à la volonté d’en savoir plus, pour comprendre mieux Cuba.

Santa Clara, ville active et cultivée  

Le principal hôtel du centre est le Santa Clara Libre, anciennement le Cloris, rendu célèbre pour l’histoire qui s’y est déroulée à l’époque du Che.

Lors de notre passage, la zone piétonnière du centre de Santa Clara était animée par un Festival de la littérature. Le beau et chic restaurant où nous avons mangé était très agréablement décoré de belles œuvres représentant les années folles ornées d’enluminures.

Après avoir visité le Musée provincial de Villa Clara, le Musée des arts décoratifs et le Théâtre La Caridad, il est bon de croiser travailleurs, étudiants et familles, car cela ajoute au charme de la promenade dans les petites rues aux édifices colorés, généralement bien entretenus.

Sur la «Route Verte», entre Santa Clara et Cayo Santa Maria

Dans le bus, toujours au son de la musique salsa, on croise de tout comme moyens de transport : encore beaucoup de charrettes tirées par des chevaux, des taxis à trois roues appelés bicitaxis, et de dignes représentants des trois périodes automobiles sur l’île (les vieilles américaines, les Lada et les chinoises contemporaines).

La motocyclette, le plus souvent ancienne, est aussi très présente. Serait-ce inspiré du voyage initiatique du Che, fort bien relaté dans le film «Carnets de voyage»?

Et puis, on voit les Cubains pratiquer leur deuxième sport national : l’auto-stop. Au coin des rues ou à la croisée de certains chemins, on voit également des représentants du gouvernement habillés en jaune autour de qui se regroupent les gens qui veulent plutôt monter à bord des véhicules du gouvernement pour se déplacer.

Quant au paysage, il se compose de champs d’ail, d’oignon et, vous l’aurez deviné, de tabac et de canne à sucre. Les maisonnettes sont très souvent proprettes et coquettes, avec leurs coloris pastels et leurs fenêtres et balcons ornés de fer forgé blanc, ou parfois abondamment fleuris.

Remedios

Toute l’histoire de l’exploitation de la canne à sucre est remarquablement évoquée à La Reforma, un véritable musée à ciel ouvert : de très belles sculptures d’hommes, d’équipements et d’animaux grandeur nature représentent les différentes époques et procédés d’exploitation de la canne à sucre. On est rapidement à même de constater la dureté de la vie pour les esclaves africains puis pour les Cubains aux débuts de la colonie espagnole. Heureusement que les conditions de travail se sont améliorées.

On constate aussi l’importance vitale du transport ferroviaire dans le cadre de cette production, avec les vraies locomotives anciennes et les wagons de mélasse sur place. On nous offre même une ballade en train à vapeur.

À côté de La Reforma, on peut aussi visiter le Musée du rhum Mulata.

À Remedios, dont la légende principale est que l’enfer se situe sous la place centrale, on visite l’église Saint-Jean-Baptiste, construite au début du 16e siècle, dans le style gothique et mauresque. On y découvre le seul Jésus en marbre de carrare, un autel entièrement revêtu de feuilles d’or et, dans la vitrine de la Vierge de Cuivre, en guise d’offrande pour miracle obtenu, la photo de l’équipe de baseball locale et la balle qui lui a pour la première fois assuré la victoire…

Remedios, c’est aussi des petites rues en courbe pour déjouer les pirates, une jolie statue de la liberté, ainsi que des édifices historiques lui ayant valu le titre de Monument national cubain.

Camajuani : les cigares légendaires

La légende est encore bien vivante à Cuba. Les cigares cubains maintiennent farouchement leur réputation de meilleurs au monde, notamment grâce à la qualité du tabac issu de cette terre et de ce climat unique. De plus, le processus de vieillissement du tabac y dure jusqu’à 4 ans. Et la fabrication des cigares se fait toujours à la main, par des centaines d’artisans travaillant pour non moins de 32 marques et produisant entre 60 et 120 cigares par jour chacun, selon leur grosseur.

Si certains lieux touristiques organisent parfois une courte démonstration de la fabrication de cigares, rien ne vaut la visite dans une vraie fabrique, comme Tabacuba, à Camajuani, pour en apprendre davantage sur la sélection des parties de la feuille de tabac ayant chacune une fonction, pour remplir, sceller ou enrober, et ayant un impact sur la saveur, l’arôme ou la combustibilité, ainsi que sur la classification par texture, grandeur et couleur. Prévention du secret industriel et du vol, ainsi que préservation de la vie privée des travailleurs obligent : on ne peut y entrer que les mains vides, donc sans chapeau, sans sac, sans caméra.

Nous avons aussi appris que le duo parfait avec le cigare cubain, est le rhum Ritual.

Caibarien

Caibarien, est reconnue comme la ville-dortoir des travailleurs touristiques de Cayo Santa Maria, mais elle accueille aussi des touristes sur ses plages et dans quelques hôtels.

Fait amusant : à l’entrée de la ville, le monument du rond-point principal est un gigantesque crabe. Pourquoi? Parce qu’au printemps, la ville est envahie par d’innombrables crabes… que les résidants chassent allègrement pour se délecter ensuite.

Saveurs cubaines du jour et du soir

Sur Cayo Santa Maria, entre les hôtels, on a construit en quelque sorte, une «nouvelle ville cubaine», soit quelques rues, des restaurants, boutiques, et une discothèque, ainsi qu’une place centrale avec grand gazebo. Cette ville cubaine reconstituée s’appelle Pueblo La Estrella.

Le jour, les artisans et commerçants, étalent fièrement à l’extérieur leurs vêtements, objets de décoration intérieure, peintures, sculptures de bois, et articles de cuir, célébrant la vie cubaine sous toutes ses formes. Particulièrement attrayants sont en effet les sculptures et le travail du cuir témoins du culte de la motocyclette et du baseball, le sport national. On voit les femmes repartir fièrement avec un joli sac à main ou une bague de nacre de coquillage, les hommes avec un bâton, un gant de baseball ou une moto sculptée dans le bois ou le cuir.

Le soir, on est accueillis par les musiciens sous le gazebo. Sur la place, au joli kiosque équipé d’un pressoir de canne à sucre, on se fait offrir un premier verre de jus de canne à sucre, puis un Cuba Libre, à la mesure… démesurée. Et on nous donne en souvenir une bouteille de rhum, au cas où…

Puis, au restaurant haut-de-gamme, un barman expérimenté nous fait la démonstration de la confection des trois cocktails cubains légendaires : le cuba libre, le mojito et le parrandero. Ensuite, on est invité à se préparer nous-même notre préféré, avant de déguster un repas 4 services bien goûteux.

Puis, la soirée se fait plus agitée à la discothèque : d’abord un cours de salsa et de reggaeton, au son d’un orchestre de 7 musiciens, suivi d’un vrai concours de danse. Et re-re-bar ouvert! On nous ramène à notre hôtel à 11 h, où on poursuit sur notre lancée jusqu’aux petites heures du matin.

La régate 26/26 de Cayo Santa Maria

C’est ainsi que nous l’avons personnellement surnommée car, à chaque 26 du mois, 26 petits catamarans participent à une course dont le coup de départ est tiré aux abords du tout nouvel hôtel Eurostar, avec comme point d’arrivée le Dolphinarium.
Si le panorama d’autant de voiles colorées est féérique, vu de la plage, l’expérience l’est encore plus pour les touristes (2 par catamaran) qui acceptent de monter à bord, moyennant seulement quelques pesos convertibles.

Il s’agit d’une compétition bien amicale entre les capitaines des catamarans dont le prix au gagnant est la fierté, alors que les touristes moussaillons gagnants des 3 premiers bateaux sont récompensés par la nage avec les dauphins et le repas gratuit.

Rien ne sert de résister

Et oui, dans toute la région, les voitures américaines des années 50 sont encore très présentes et ont le mérite d’avoir été maintenues pour la plupart en assez bonne condition. Très facile de réaliser un rêve pour certains : ces voitures sont des taxis. Alors, rien de plus simple si vous voulez faire une course pratique ou simplement une ballade «pour le plaisir». Avec un petit pourboire, le chauffeur se prêtera au jeu photographique avec vous.

Cayo Santa Maria : de plus en plus international

Cette île, reliée par un pont de mer, fait de pierre d’une longueur de 48 km, fait partie de l’archipel des Jardins du Roi, reconnue comme Réserve naturelle mondiale par l’UNESCO.

Le développement de ce Cayo est plutôt récent, depuis une quinzaine d’années, mais la qualité de son environnement et de ses établissements, en font le 2e pôle touristique après Varadero.

Au début surtout fréquenté par des Québécois, on remarque maintenant presqu’autant de Canadiens venus des autres provinces aussi éloignées que Terre-Neuve et la Colombie-Britannique.

Autre clientèle vraiment grandement représentée : les Argentins et les Brésiliens, attirés entre autres par la pêche au gros et au harpon.

Bien manger à Cuba

Oui, qualité et diversité alimentaire étaient au rendez-vous au Sol Cayo Santa Maria, bien qu’il s’agisse d’un 4 étoiles, qui est d’ailleurs le tout premier hôtel à s’établir à Cayo Santa Maria.

À preuve : à la salle à manger buffet, nous avons été comblés de tout, et surtout de ceviche, ainsi que de grillades bien fraîches de viandes, de poissons et fruits de mer, cuites à la demande, devant nous.

Même chose pour les œufs et omelettes le matin, préparés à notre goût sur place. Le tout agrémenté par une machine à café espresso-latte-cappuccino fort performante et bien sollicitée.

Au restaurant à la carte, La Fontanella, nous avons mangé les meilleures pâtes de notre vie, toutes destinations vacances confondues : tantôt au fromage bleu, tantôt à la sauce-bisque au homard surmontée de calmars et crevettes. Le veau et les poissons servis à l’italienne étaient tout aussi divins.

Les clients du Sol Cayo Santa Maria n’avaient donc rien à envier à leurs semblables logeant dans ses établissements frères-voisins, le Mélia (4.5 étoiles) et le Las Dunas (5 étoiles). Il faut dire que ces trois hôtels sont gérés par la chaîne Mélia, toujours irréprochable.

Attendrissante et bien en vue : la section VIP des petits dans la salle à manger.

Où résider et dormir en cours d’escapades?

On peut émettre la suggestion suivante : basez-vous dans un complexe comme au Sol Cayo Santa Maria, ce qui est assurément la meilleure option pour le rapport qualité-prix, incluant le transport aérien, l’hébergement de bonne tenue, les repas, le personnel courtois, l’animation, le très beau piano-bar où l’on joue avec grâce des classiques et des musiques de films culte, des massages très professionnels, et toute la panoplie des sports nautiques avec embarcations de premier ordre.

Comme les nuitées dans les autres cités de la région sont très peu dispendieuses, et comme le coût du bus Viazul est aussi très bas, il vaudrait vraiment la peine d’aller passer une nuit à Caibarien, par exemple à l’Hostel La Nena, au El Carretero, ou au Virginia’s Pension. Comme ce sont de très petits établissements, il faudrait cependant réserver longtemps d’avance.

Enfin, il faudrait absolument réserver au moins une nuit à Santa Clara : pour vous imprégner de l’histoire, évidemment à l’hôtel Santa Clara Libre, en plein centre-ville. Les chambres d'hôtes (casas particulares) sont également invitantes.  Il y a également d’autres hôtels très bien dans les environs de Santa Clara, mais ils sont à quelques kilomètres du centre, ce qui nécessiterait une location de voiture.

On y retourne? Absolument!

Quand? C’est toujours le bon moment : nous avons déjà séjourné à Cuba, non seulement durant l’hiver, mais aussi au printemps, à l’été et à l’automne, donc même en période habituellement appelée des pluies (de courte durée) et des ouragans (très rares).

Ainsi, pour ceux qui en ont vraiment assez de ce dur hiver qui s’éternise, pourquoi pas dès avril?

La prochaine fois, on en profitera aussi pour aller visiter la ville coloniale de Trinidad.

Sylvie Berthiaume

www.gocuba.ca
www.meliacuba.com

Le Che devant le siège du Parti communiste

Mausolée du Che

Au Festival de la littérature

Théâtre La Caridad

Murale à Santa Clara

Un groupe d'étudiants

Ford 55

Taxi pour amoureux

Camajuani

La fabrication de cigares

À Calbarien

Pueblo La Estrella

Petite gâterie en route

Régate 26/26

Ceviche

Au Sol Cayo Santa Maria

Au Sol Cayo Santa Maria

 

 

 


 

 

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