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Chan Cham Perou

L'Inde  —  Comme nourriture pour l’âme, grâce à sa culture et son architecture ainsi qu’à ses lieux de contemplation et de méditation, j’ai depuis longtemps choisi l’Inde pour y séjourner et voyager au moins un mois par année, parfois plus. J’y ai en effet passé deux fois 5 mois, en tournée théâtrale à travers le pays, et jusqu’à sept mois, en randonnée. Toujours à petit budget, tout en profitant de confort, de propreté et de très bonne bouffe, car j’ai su trouver de petites perles, chaleureuses et goûteuses.

Tous les États de l’Inde recèlent de merveilleux atouts, des flamboyants et des plus discrets, parfois même des secrets jalousement gardés. C’est avec plaisir que je partage avec les lecteurs d’Euphoria, mes préférés : le Rajasthan, Haimachal Pradesh, la région de Delhi, le Pendjab, Madhya Pradesh, Karnataka, ainsi que les villes et lieux que j’aime y fréquenter. Je me permets toutefois un petit secret : mon lieu de prédilection pour la méditation (vous voudrez sans doute faire de même, pour préserver votre quiétude, après avoir choisi et séjourné dans le vôtre).

Méditation : réputation méritée 

On s’en doute, les centres de méditation, avec ou sans yoga, sont très nombreux en Inde, puisque c’est là que cette philosophie et pratique est née. En effet, le mot méditation vient du Sanskrit «medha», qui veut dire sagesse.

En Inde, on peut trouver des centres offrant tous les types de méditation, dans un cadre religieux ou laïc, même si les différents types tirent leur origine de la religion hindouiste ou bouddhiste.

À titre d’exemple, vous pouvez pratiquer en Inde la Vedanta, la Sahaja, ou la Vipassana, très populaire auprès des Occidentaux.

De façon générale, on peut faire une retraite de méditation d’une durée variant de 1 semaine à plusieurs mois, selon l’établissement, ceci comprenant également l’hébergement et les repas.

Bonheur assuré, la méditation ayant toujours pour but de développer sagesse, force vitale intérieure, compassion, amour, patience, générosité, pardon et conséquemment, bien-être dans toutes les activités humaines.

Rien d’étonnant à ce que l’on y vienne de partout au monde, pour se recentrer afin de toujours mieux poursuivre notre chemin de vie.

Palais et jardins phénoménaux

Mes coups de cœur en Inde, côté contemplation sont les suivants :

La ville de Mysore est une ancienne principauté, très verdoyante et étincelante de propreté. Elle est célèbre pour son palais représentant toute la splendeur du Maharaja. Celui-ci, construit en 1912, est entièrement illuminé le lundi soir, ce qui en fait un spectacle féérique, de style rococo, victorien et indien. Il faut surtout s’assurer de le voir au moment où il s’illumine : une véritable explosion de lumière. Deux autres palaces appartenant au même Maharaja ont été transformés en hôtels.

La ville de Bhopal, tristement célèbre pour avoir vécu une catastrophe industrielle en 1984, est rétablie et a fait d’énormes efforts pour devenir une ville de grands parcs, jardins et larges avenues. On y trouve l’une des plus grosses mosquées d’Asie, le Taj-ul-Masjid. Tout près et à portée de vue d’un peu partout, on peut voir des collines et deux immenses lacs artificiels créés il y a 500 ans par un leader Moghol, tellement grands que certains y pratiquent la voile.

Mandu, qui signifie Cité de la joie, est une ville forteresse dont les édifices de pierre sont de majestueux joyaux, par exemple Jami Masjid et la tombe de Hoshangshah qui a d’ailleurs inspiré le Taj Mahal. On y trouve aussi de fabuleux palaces comme le Jahaz Mahal et le Hindola Mahal, des pavillons et des canaux ornementaux.

À New Delhi, les jardins de Lodhi, sont particulièrement inspirants quand la nuit tombe, avec leurs aménagements datant du 15e siècle. La promenade au crépuscule, près de gigantesques tombeaux, en compagnie du chant des oiseaux, rend l’expérience encore plus mémorable. Le temple de Laxminarayan, qui présente un fabuleux ensemble atypique d’architecture militaire et religieuse est un autre incontournable de Delhi.

Enfin, je suis allé trois fois à Orcchâ, petite ville érigée sur un plateau entouré de petites montagnes. C’est là qu’est le fameux palais Jahangir Mahal, qui fut construit spécialement pour l’empereur du même nom, mais qui n’y a demeuré qu’une seule fois durant trois ans. À voir absolument aussi : les 14 tombes de Chhatri construites sur les rives de la Betwâ.

Incontournable New Delhi

La capitale de l’Inde, New Delhi, ne compte que 250 000 résidants, mais elle est le centre d’une vaste région comportant 22 millions d’habitants. Comme l’Inde a gagné son indépendance de l’Angleterre en 1947, on y retrouve encore énormément d’édifices de style anglais, mêlés au style indien. Le schéma de la ville est très intéressant: en triangle, avec ronds-points, haies, et allées d’arbres devant des édifices impressionnants de grès beige et rose.

Au centre de New Delhi, Connaught Place et Connaught Circus qui viennent d’être restaurés constituent une grande place circulaire bien aménagée et recouverte d’aires gazonnées. Inspirés de Piccadilly Circus de Londres, on y trouve également des magasins de luxe et les bureaux indiens de grandes multinationales.

Théâtre, danse, cinéma jusqu’à plus soif 

Comme à Londres ou Broadway, à New Delhi, un quartier entier est dédié au théâtre et aux spectacles, près de la station de métro Mandi House. On y joue aussi bien des pièces des dramaturges indiens qu’européens, comme Shakespeare, Brecht, Ibsen et Tchekov, pour ne nommer que ceux-là. Dans plusieurs langues indiennes et en anglais.

Recommandations bien personnelles : le théâtre Naya, où j’ai déjà joué durant deux hivers des centaines de représentations de la pièce «Bhopal», de Rahul Varma, ainsi que les pièces du célèbre auteur et metteur en scène, Habib Tanvir, avec qui j’ai eu l’immense joie de travailler et de partir en tournée à travers l’Inde.

La danse prend énormément de place sur la scène culturelle indienne. Bien que d’origine traditionnelle et tribale, les danses sont constamment adaptées et créatives. Certaines sont réservées aux femmes ou aux hommes, mais on en trouve aussi où les deux dansent ensemble. Leurs thèmes sont toujours joyeux et célèbrent des événements de la vie, des saisons, etc. Dorures et bijoux, bâtons de bambou ou tambours renforcent les gestes déjà très exubérants.

Et que dire du cinéma. Oui, on connaît la prolifique Bollywood. Mais cela ne s’arrête pas là, bien au contraire. En fait, l’industrie cinématographique indienne est la plus importante au monde, et ce, depuis longtemps. L’Inde produit plus de 1 000 films par année. Plusieurs fois, des films indiens ont été récipiendaires de prix prestigieux aux festivals de Cannes, Berlin et Venise. Je me rappelle avec un grand sourire le soir où je suis allé dans un cinéma où l’on servait des somosas et du thé à l’entracte, et ma grande stupéfaction lorsque les lumières se sont allumées à la fin pour dévoiler la haute voûte de stucco, ressemblant à une meringue géante.

Pour connaître tous les événements et festivals culturels ponctuels ou annuels, les meilleures références sont assurément les magazines Time Out Delhi ou First City, sur papier et en ligne.

Arts visuels : anciens et nouveaux

L’Inde regorge de cavernes sculptées, par exemple à Aihole, Ellora, Salsette, Elephanta, Aurangabad, Mamallapuram et Ajanta.

Spectaculaires sont aussi les falaises peintes de Bagh, d’Ellora et de Sittanavasal.

L’artisanat traditionnel et tribal, qui représente souvent la religion, la philosophie et l’histoire, prend forme quant à lui dans la poterie, le papier d’art, le tissage, les bijoux, les jouets, de même que dans le moulage de métal appelé le Dhokra Art.

Quant à l’art contemporain indien des 19e et 20e siècles, il est particulièrement bien mis en évidence à Delhi, au India Habitat, qui comporte amphithéâtres, galeries, club de cinéma, organisation de randonnées pour découvrir l’architecture, et dont les activités sont souvent offertes gratuitement.

Autres hauts lieux, la National Gallery of Modern Art, de très nombreuses galeries indépendantes de la Mandi House et chez Nature Morte, dans le quartier Neeti Bagh.

Couleurs en valeur

Bien régénéré par la méditation et les marches contemplatives, j’adore faire une incursion dans la foule bigarrée des bazars inondés de couleurs.

Surtout, le Paharganj, au centre de Delhi : on y voit encore quelques spécimens de jeunes et vieux hippies, mais c’est devenu un grand centre pour l’import-export, les librairies de très intéressants livres usagés en anglais, et les petites échoppes de détail.

J’adore les barbiers de rue qui vous font une nouvelle tête et un massage du dos pour deux dollars, et les tailleurs qui vous confectionnent une chemise ou un pantalon sur mesure en deux jours seulement, pour environ 15 $.

On est ébloui devant les saris colorés et dorés, les innombrables bijoux de mains, de pieds, de tête, de ventres, d’oreilles et de bras…

Les couleurs les plus riches, selon moi, se retrouvent sur les tissus appelés Ikat, teints avant le tissage, qui servent la plupart du temps à recouvrir de riches coussins et canapés. On en voit de très beaux au marché Khan, dans Southe Delhi et dans les boutiques de la rue State Emporia, près de Connaught Place.

Hospitalité envahissante…

Est-il facile de se faire des amis indiens? Disons, à la blague, que c’est presque trop facile. Au premier abord, les Indiens sont plutôt timides. Mais aussitôt que vous leur adressez la parole avec un sourire, même dans le métro, ils sont prêts à vous adopter, à vous amener chez eux, à vous gaver de nourriture succulente. Très curieux, ils vous enivreront de questions, sur tout.

On ne peut plus sympathique et panoramique

À New Delhi, sur Main Bazaar Road, dans le district de Paharganj, à 50 mètres de la gare de train, 12 km de l’aéroport et 1 km de Connaught Place, comment résister à l’invitation d’un hôtel qui porte ce nom : «Cottage Yes Please».

Avec ses 45 chambres joliment décorées, propres et climatisées, dotées du WiFi, son restaurant offrant différentes cuisines, aussi servies aux chambres sur 24 heures, et les bons conseils d’un concierge pour nous orienter et réserver pour nous dans la ville, c’est ma préférence sur toute la ligne. Surtout quand on m’offre une chambre avec fenêtres sur deux façades ensoleillant mon humeur. Ma préférence, pas seulement à cause du prix de 20$ la nuit…!

Je n’ai donc aucun regret à ne pas séjourner à l’Impérial Hôtel, 5 étoiles, quoique si vous en avez les moyens, c’est une expérience de grande élégance «British» à vivre. Sinon, vous aurez sûrement les moyens d’en admirer le chic en prenant le café ou le thé dans son jardin luxuriant, ou à la piscine entourée de palmiers géants, dont on peut profiter en payant pour la journée, sans nécessairement loger à l’hôtel.

Entre ces deux extrêmes en fait de prix, on peut très facilement trouver des hôtels de très bonne tenue, autour de 40$ la nuit.

Saveurs à l’honneur

L’Inde est un paradis pour le végétarien que je suis. Aussi bien dans la rue que dans les restaurants, on a su harmoniser épices et onctuosité dans des recettes qui se comptent par centaines.

Les restos qui me voient le plus souvent sont le Malhotra, en face du Cottage Yes Please et le Rajdhani qui sert la cuisine Gujurati. Il y en a plein d’autres très bons, où l’on se délecte en quantité et qualité pour aussi peu que de 2 à 4$ le repas. Pour un peu plus, tous les grands hôtels sont dotés de bons restaurants ouverts aux passants.

Des plats qui me font saliver rien qu’en en parlant : les minces feuilles de pain de millet appelées Chapati, les koftas qui sont des boules de pommes de terre à la crème de banane verte, les crêpes dosa, et le dokhla, sorte de carré spongieux.

La bouffe de rue est présente partout en Inde. Là comme ailleurs, la précaution à prendre pour éviter les mauvaises surprises gastriques, c’est de voir à ce que les légumes soient bien à l’abri du soleil et qu’ils soient cuits devant vous, sur le gril ou dans l’huile. Il ne faut pas manger de nourriture déjà cuite, laissée au soleil ou à la chaleur. Je ne recommanderais jamais de manger viandes ou poisson cuits dans la rue.

Eau à éviter

À cause de l’eau non potable, les glaçons, la laitue et les pelures de légumes et de fruits peuvent être contaminés: grande précaution à prendre.

La recommandation va jusqu’à l’eau de douche et du robinet pour le brossage des dents ou le nettoyage des verres de contact.

Ainsi : bouteilles d’eau scellées obligatoires.

Le train : la belle invention

Partout en Inde, le train est à privilégier. Pour un court trajet ou pour un plus long, en 1ère ou 2e classe, le coût est fort abordable. J’ai déjà passé 40 heures à bord d’un train avec couchettes à 3 étages, avec beaucoup de plaisir en compagnie d’autres acteurs en tournée, mais je ne recommanderais pas cela au voyageur qui veut un minimum de confort…

Pour les plus petites distances, le rickshaw est toujours de mise, mais pour tout étranger, il est préférable de connaître d’avance ce que coûte normalement la course, ou à tout le moins de négocier ferme avec le chauffeur avant d’accepter d’y monter.

À Delhi, le nouveau métro, inauguré il y a environ cinq ans est une véritable bénédiction, car la circulation automobile, cycliste et humaine de surface est infernale. Le métro est donc le meilleur choix pour sa rapidité, dans cette ville-région très étendue, d’autant plus qu’il réduit de beaucoup la pollution, et nous permet parfois de voir un ciel bleu.

Soleil constant : dans la chaleur ou le froid

Pour ce qui est du meilleur moment pour aller en Inde, cela dépend de chacun, selon sa tolérance climatique. Il faut savoir qu’à peu près partout, au cours de l’année, les écarts de température sont grands : de 0 à 47 degrés Celsius, selon la période.

L’été, qui va d’avril à juin, il fait une chaleur torride, au point où l’on a l’impression de se buter contre un mur qui nous empêche d’avancer. Et dans les villes, la poussière peut en affecter certains.

Mais si vous y allez tout de même au mois d’août, un événement à ne pas manquer un peu partout est la Fête de l’Indépendance, le 15 août, où les citoyens organisent des volées de cerf-volant pour manifester leur allégresse et leur fierté.

L’hiver, de novembre à mars, c’est évidemment plus frais, et il faut s’habiller en s’offrant des alternatives suivant le déroulement de la journée. En février, j’ai déjà vu une tempête de grêle impressionnante.

Quant à la période de la mousson, de juillet à octobre, le temps est plus doux, mais la pluie est bien présente. Ceci explique des bordures de trottoir très hautes au-dessus de la rue, pour se protéger des débordements.

Lectures enivrantes

Pour vous préparer à un tel voyage contemplatif, je vous suggère :

- «Malgudi Days», de R.K. Narayan
- «City of Djinns», sur New Delhi, de William Dalrymple

Retour en douceur

Ce qu’on dit est vrai : un voyage en Inde laisse des séquelles - dans mon cas toujours positives - en ce sens que les différences culturelles et le décalage horaire avec l’Occident sont tels qu’il faut en effet s’octroyer un temps de transition, avant de se relancer dans notre quotidien et nos obligations courantes. Pour ma part, je fais habituellement une halte d’environ une semaine à Londres, pour me nourrir encore de culture, à un autre rythme.

David Francis
Avec la collaboration de Sylvie Berthiaume

www.incredibleindia.org
www.timeoutdelhi.net
www.firstcitydelhi.com
www.indiahabitat.org
www.cottageyesplease.com


Palais à Mysore

Palais transformé en hôtel, Mysore

Bhopal

Tombe de Hoshangshah

New Delhi

Jardins de Lodhi à New Delhi

Orcchâ

Spectacle de danse

Bollywood

Caverne sculptée Aihole

Murale urbaine

Art contemporain 

Centre culturel India Habitat à Delhi

Au bazar Paharganj à Delhi

Barbier de rue

Tissu Ikat

Cottage Yes Please

Crêpe Dosa

Cuisine de rue

Rickshaw et mini-taxi

Nouveau métro à Delhi

 

 



 

 

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