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Chan Cham Perou

Nord d'Haïti   —    Pure poésie au quotidien, dans les dires et les sourires. Culture et histoire fascinantes par leur complexité et mixité. Nature à la fois brute, douce et colorée. Goûts frais et sucrés. Un voyage haïtien sous le signe de l’émotion, de l’admiration et même de la dévotion. Le Nord, lieu fondateur d’Haïti, en tous points sous le signe de l’authenticité.

Coup d’œil en coup de vent à Port-au-Prince et Pétionville, avant de se lancer à la découverte du Nord, de Cap-Haïtien à Cormier, en passant par Milot, Ouanaminthe, Limonade, Porto Real, Vertières, Baie de l’Acul, Choiseul, Foulon et Sainte-Suzanne. Pour visiteurs curieux, en quête de vacances aussi enrichissantes que plaisantes, de contacts avec la population, en mode actif, relax, ou les deux à la fois. Idéalement sur deux semaines : l’une côté ville et culture, l’autre côté nature et plage.

Journée d’initiation

Dans la capitale, Port-au-Prince, fébrile et encore en reconstruction après le tristement célèbre tremblement de terre, le fait de débuter par la visite du MUPANAH, soit le Musée du Panthéon National Haïtien, situé Place des Héros de l’Indépendance, sur le Champ-de-Mars, est à notre avis incontournable pour tous, que l’on aime l’histoire ou non. Connaître les différentes phases du développement d’Haïti - l’arrivée de Christophe Colomb, les liens avec Napoléon, la France et la Louisiane, la traite des esclaves, les ères de Toussaint Louverture et du Roi Christophe, des Duvalier, etc. – nous fournit en effet un éclairage essentiel pour comprendre un tant soit peu les Haïtiens, et pour apprécier encore davantage leur personnalité, leurs mœurs et coutumes, leur immense résilience ainsi que leur vie aujourd’hui.

La visite guidée, qui dure environ deux heures, s’amorce par le recueillement devant le Mausolée des Pères de la Patrie. La suite s’avère très édifiante, surprenante, vivante, et parfois terrifiante par certains artéfacts ou photos rappelant les sévices contre les esclaves et expliquant entre autres pourquoi on voit très peu de chiens sur l’île et d’où vient une expression comme « poids 50 » passée dans le vocabulaire courant. La visite est complétée par une exposition de peintures ou de sculptures d’artistes haïtiens de renom relatant aussi l’histoire du pays.

Rues parlantes

Après, on s’amuse à observer ou à monter dans les petits tap-taps hyper-colorés et bondés voire débordants de tous côtés, servant de transport en commun même si ce sont des initiatives privées. Entre chevaux, voitures, camions, motos et bicyclettes : à peine quelques centimètres!

Partout, on n’a qu’à ouvrir les yeux pour être en contact avec l’âme haïtienne. Sur presque tous les véhicules, comme sur les murs et enseignes, souvent plus de mots que d’images très évocateurs de leur humour suave, de leur sagesse, ou de leur foi en Dieu et dans l’avenir. Par exemple, la pharmacie «La délivrance», la banque «La confiance», le comptoir de loto «Apothéose», le barbier «Geste divin», le tap-tap «Vivre en paix pour mourir sans regret». Et, en parole, les Haïtiens ont toujours une façon élégante de qualifier des personnes, des situations, des lieux ou des actions : «Les oiseaux de même plumage» (pour qui se ressemble s’assemble), et la plus subtile de toutes : «Faire pleurer sa tendresse», pour demander une pause pipi.

On constate le dur labeur des hommes et des femmes transportant, à bras, sur le dos ou la tête, d’énormes et lourds chargements de victuailles ou de produits, sculptant bien leurs corps, très forts malgré leur minceur.

Ensuite, on circule en écarquillant les yeux devant tant de petits commerces sur les trottoirs, où l’on vend autant des vêtements, des chaussures, des livres, de la nourriture fraîche ou préparée montés en pyramides, que des services dentaires ou de réparation de machine à laver. On trouve aussi de véritables palissades de matériaux de construction, car ce sont pratiquement toujours les citoyens qui construisent ou rénovent eux-mêmes leur maison.

Avant d’arriver à l’Observatoire de la colline de Boutillier, où l’on voit de haut et en large, la baie et toute la ville de Port-au-Prince, la route ascendante nous a offert une verdure généreuse, composée d’abricotiers, d’amandiers et de manguiers. On déguste sur la jolie terrasse, sous une brise fort bienvenue et au son du rythme kompa, notre premier plat de griot de porc et de bananes plantain pesées (ou pressées) ainsi qu’un jus de fruits frais de cerises jaunes et un pain de patates douces, bien consistant et onctueux.

En chemin vers la banlieue, ne pouvant passer inaperçu : le panorama du bidonville «Jalousie». Le gouvernement a fourni de la peinture de couleurs pastel aux 1 000 familles qui y résident pour en améliorer la vue, et espère-t-on, un peu leur moral, en plus de susciter leur fierté.

Nuitée de modernité

Dans la bourgeoise Pétionville, villas privées et hôtels de haute tenue se côtoient. Le nôtre, au nom surprenant pour Haïti – le El Rancho – se veut tout beau, tout neuf, tout branché sur les derniers standards de luxe moderne, en matière de décor, d’installations, de services, de technologie et de menus bar et restaurant très «tendances», ex. : frites de manioc au poivre noir. Couleurs pour une ambiance fraîcheur : blanc, gris, vert pomme. Réveil avec un délicieux chocolat chaud parfumé à la cannelle. Clientèle locale et internationale, bon chic bon genre.

Cap sur le Cap

Entre 5 heures de route et 45 minutes de vol, le choix est clair, d’autant plus qu’on peut arriver seulement 1 heure d’avance à l’aéroport et qu’il en coûte US90$ pour un aller simple et US160$ pour l'aller-retour.

Cap-Haïtien est la deuxième plus grande ville d’Haïti, avec grande avenue animée de jolis restaurants, bars et hôtels avec vue directe sur l’océan. Dès l’arrivée, après un bref repos : une soirée élégante à l’Auberge du Picolet, qui est en fait un petit hôtel boutique entièrement rénové ayant pour mission le confort au jardin, au lounge et en chambre avec grande terrasse sur la mer, où tout est pensé avec goût pour les yeux et le palais .

Origine et empreintes indélébiles

Le constat est rapide et clair, partout. La culture africaine est beaucoup plus présente en Haïti que dans n’importe quelle autre île des Caraïbes. Ajoutez à cela les traces précolombiennes et autochtones, de même que des occupations française, espagnole, et américaine inscrites dans les gènes, l’éducation et les styles de vie. Et le créole, bien sûr.

Voilà le peuple Haïtien, dans toute sa splendeur, ses teintes et demi-teintes. Voilà pourquoi aussi on ne devrait pas être surpris de rencontrer des Haïtiens blonds aux yeux bleus.

Et comme beaucoup de membres de la diaspora reviennent souvent voir leurs proches, on trouve des traits de langage, de manières et d’attitudes modernes typiquement montréalais, torontois, new-yorkais et floridiens.

Voyager en Haïti, c’est inévitablement aussi, parler d’Haïti : avec les très nombreux universitaires, représentants d’organisations non gouvernementales et travailleurs humanitaires venus d’ailleurs pour initier moult projets.

Retour aux sources, au jour le jour

En plein air –  et pleine chaleur naturelle augmentée par les fourneaux – on rencontre les artisans à l’œuvre dans leur quotidien, comme ils le font depuis des centaines d’années, avec les mêmes procédés manuels, patients et efficaces. L’impact au cœur et à l’esprit est fort, d’un atelier à l’autre.

Ici, l’âne apporte aux hommes la terre à travailler et un homme agite ses bras comme moteurs pour la meule, tandis que l’autre modèle de ses doigts agiles les briques, carrelages et urnes. Là, dans une cassaverie, les femmes travaillent les racines de manioc jusqu’à ce que la pâte puisse être cuite et retournée de façon spectaculaire par les hommes pour en faire de délicieuses galettes au goût nature ou agrémenté de noix de coco ou de cannelle. Ailleurs, dans les guildiveries qui pullulent le long des routes de campagne, la canne à sucre se transforme, toujours à la main, en clairin (eau de vie) ou en rhum, dont le célébrissime Barbancourt étoilé. Parlant d’alcool réputé, on fait aussi un petit détour à l’immense orangeraie qui livre la matière première du Grand Marnier.

On observe, on touche, on goûte, on salue la débrouillardise et la créativité.

Finalement, un arrêt bucolique à l’Habitation Desglaireaux, qui fut jadis une plantation et usine de canne à sucre, de café et de cacao. Les vestiges étant encore bien solides, on peut facilement prévoir la réussite du projet de musée et d’hôtel envisagé.

Couleurs et dentelles 

On poursuit notre route dans les montagnes décorées de plantations en terrasses. Le Nord a beau être entouré de bleu, il est aussi très vert, comportant plusieurs niches écologiques et trois niveaux de forêt. Et les hibiscus sont si omniprésents, qu’ils sont devenus le symbole touristique de cette partie de l’île.

Un peu plus loin, les petites villas aux rideaux flamboyants se protègent joliment des intrus par de hautes clôtures naturelles de cactus alignés bien serré.

Après ce premier tour d’horizon chez les gens et dans la nature, en traversant les villages et en rentrant au Cap, on admire en souriant les maisonnettes aux volets colorés et aux garnitures de dentelles de bois dans les venelles, ainsi que les grandes galeries à l’étage qui peuvent évoquer le souvenir des rues de la Nouvelle-Orléans, en Louisiane.

Si joli Mont-Joli 

Sur la colline avec vue plongeante sur la mer, sa terrasse et son heure du cocktail font office de lieu de rassemblement aussi bien local qu’international. Sa piscine adossée de la salle à manger est un oasis de fraîcheur, avec vue sur mer aussi. On y est si bien et on y échange tant d’histoires et d’expériences intéressantes qu’on a peine à décoller de son fauteuil ou de son transat, jusque tard sous le ciel étoilé.

Véritable institution que cet Hôtel Mont-Joli. Ouvert en 1952, agrandi plusieurs fois depuis, et sur le point de faire l’objet d’une autre rénovation. Orné de meubles anciens et d’œuvres d’art de qualité, de riches planchers et de plafonds d’acajou, c’est un véritable bijou.

Soirée animée au Lakay

Qui dit Haïti, dit musique et danse. Au Cap, c’est sans doute au Lakay qu’on a l’offre la plus complète. Toujours face à la mer, ce bar-restaurant, en grande partie ouvert au clair de lune, permet au visiteur de fréquenter la faune locale, tantôt au son d’un DJ, tantôt d’un groupe de musiciens, pour écouter ou pour danser. Mais avant, il faut manger une excellente cuisine haïtienne et internationale. Entre autres, une délicieuse pizza et une salade débordante d’appétissante chair de langouste.

Citadelle vertigineuse

Nous avons été choyés en ayant pour guide Eddy Lubin, ex-ministre de la Culture d’Haïti. Ses vastes connaissances, sa verve, son enthousiasme et sa générosité (au point de jouer pour vous un air de flûte à un moment et en un lieu devenu mythique) font de la visite à La Citadelle et au Palais Sans-Souci, un véritable hymne à Haïti. Un moment de grâce.

Site inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, La Citadelle, est une forteresse érigée au début du 19e siècle et qui n’a heureusement pas dû servir militairement, bien qu’équipée de superbes canons français et anglais.

Un mastodonte de pierre, qu’on voit facilement du haut des airs. Situé très haut dans la montagne, on y accède par une pente vertigineuse dont le chemin, toutefois bien aménagé, permet de s’y rendre à pied si on a beaucoup de souffle, à dos de petit cheval, ou en voiturette fougueuse et aux freins efficaces – pour la descente.

La Citadelle, partie majeure du Parc national historique, a fait et fera encore l’objet d’investissements importants pour en améliorer la visite, agrémentée par d’imposants artéfacts, photos, et autres objets relatant l’histoire de trois siècles d’Haïti. Et la vue sur toute la région environnante est époustouflante!

Palais Sans-Souci

Le Roi Christophe, figure emblématique d’Haïti a fait construire un palais fabuleux, avant de s’y suicider avec une balle en or. Son influence sur Haïti racontée dans ce lieu devenu mythique fait son œuvre en nous. La beauté de l’ensemble du site et de ses différents angles de vue laisse poindre la forte possibilité de spectacles sons et lumières et d’événements publics de grande envergure, à court et à moyen terme.

Vaudou authentique, hypnotique

Croyant ou non, on ne peut aller en Haïti sans vouloir assister à une cérémonie vaudou, en tout respect de la foi de ses fervents, bien entendu. Selon le moment de l’année, il y a des cérémonies officielles récurrentes, des cérémonies funéraires ou, des danses plus accessibles en fréquence et en intensité. Elles peuvent avoir lieu en ville ou à la campagne, en après-midi ou en soirée et se poursuivre tard dans la nuit.

Si on parle d’expérience non simplement touristique, on n’y passe pas qu’une heure… mais bien 4 heures et plus. Prêtresse, musique, tambours, chants, figures tracées sur le sol de terre battue, offrandes de fleurs, victuailles et spiritueux sur l’autel, couleurs de la divinité honorée portée par tous les initiés, incantations de dizaines d’hommes et de femmes de 2 à 100 ans dansant en cercle, une ou plusieurs personnes en transe dont les spasmes en solo et en interaction avec les autres varient selon la personnalité de la divinité célébrée ce jour-là. On ne peut en ressortir qu’ébranlé. Expérience recommandée en étant accompagné d’un guide qui s’y connaît bien, pour bénéficier de ses explications avant et après la cérémonie ou la danse.

La danse à laquelle nous avons assisté était organisée par la Société Legphibao, à Bambara, sur la route vers Cormier. La prêtresse était Marie Carmele Mentor Lubin. La divinité honorée : Erzulie Dantor, déesse guerrière de la force et du feu et protectrice des femmes et des enfants.

Efforts récompensés par le mystique

Le Bassin Wakka est un lieu naturel de recueillement pour les Haïtiens – où nagerait une sirène… - accessible après avoir traversé un étang où pullulent les petits crabes et escaladé une montagne en contournant les rochers pointus et coupants pour enfin découvrir le plan d’eau turquoise transparente. Si des personnes y prient, font brûler des encens et offrent du parfum aux divinités, il faut se faire discret et demander la permission avant de prendre des photos.

Les Gorges de Foulon constituent un site archéologique qui arbore des pétroglyphes datant d’au moins 6 000 ans sur d’immenses rochers, aux abords d’une très belle rivière. Si vous êtes chanceux, vous rencontrerez Alcide Hilaire, qui les a découverts en 2004.

Chanceux ou pas, un effort physique intense, mais non surhumain, est requis. Il faut s’équiper de chaussures d’eau non glissantes et d’un bâton de marche.

Cet effort est vite oublié devant la beauté et la sérénité de ces lieux mystiques.

De la villégiature et des plages aussi

Le très charmant complexe hôtelier Cormier-Plage nous a accueilli pour quelques jours de repos sur une magnifique plage de sable blanc adossée à un beau jardin d’orchidées. Propriété d'Haïtiens d'origine française établis en Haïti depuis plusieurs dizaines d’années, la nourriture française et haïtienne y tient une place de choix. Nous y avons entre autre fait grand honneur au cevice de lambi (conche) à la lime et au bouillon créole.

Dans la belle salle à manger circulaire ouverte à la brise marine, les tables peintes de scènes haïtiennes et les lampes de coquillages sont en soi des œuvres d’art qui mettent en valeur les artistes de la région. Il va sans dire que les murales de fer coupé, typiques du Nord d’Haïti, décorent le pavillon d’accueil et les chambres.

Les invités locaux et internationaux jouent au tennis, se font masser sous la tente, se prélassant dans les belles banquettes blanches ou les superbes transats de bois précieux bien vernis, ou fument le cigare au lounge ouvert sur la plage.

Le tout est déjà fort agréable et bien équipé, mais les proprios entreprendront très bientôt un agrandissement par un ajout de chambres et des rénovations au goût du jour, tout en s’assurant de conserver l’authenticité haïtienne de l’ensemble du site.

Au large et sous l’eau

Tout près de Cormier-plage, on peut faire une agréable excursion de deux heures à bord du Big Blue de Conrad Shutt, dans la Baie de l’Acul, là où avait échoué le Santa Maria de Christophe Colomb, vers la Baie de Kadras et la Baie Paradis pour s’offrir un safari de plongée en apnée, une bonne partie de pêche ou une escale pique-nique sur l'île pratiquement déserte d’Arat.

Une fin de voyage tout en douceurs bleutées.

Circuit guidé conseillé

Le circuit que nous venons de décrire se voulait très intéressant et équilibré. Il peut y en avoir d’autres. Pour bien apprécier le Nord d’Haïti, dans tous ses recoins et aspects, un circuit guidé vaut en effet assurément le coup et le coût, somme toute raisonnable. L’Organisation de gestion de la destination Nord, en collaboration avec le Ministère du Tourisme d’Haïti et les acteurs du secteur privé, travaillent assidument à la préparation de différents circuits.

On peut toutefois s’y rendre en toute quiétude et assurance de satisfaction dès maintenant, car on peut facilement réserver une voiture ou une petite navette ainsi que les services d’un guide et d’un chauffeur privé.

Sylvie Berthiaume

Nos remerciements vont à l’Organisation de gestion de la destination du Nord d’Haïti, au Centre d’étude et de coopération internationale (CECI) et à notre guide émérite, Eddy Lubin, pour ce séjour inspirant et réjouissant.

Mariage haïtien

Ferveur FIFA sur tap-tap

Bidonville "Jalousie"

Sur une rue bourgeoise

Hôtel El Rancho

Couleurs à Cap Haïtien

Auberge du Picolet

À la briquetterie

Guildiverie artisanale

Fer coupé

Ciselé à la main

Habitation typique du Cap Haïtien

Maison aux dentelles 

Hôtel Mont-Joli

Langoustes au Lakay

Inimaginable Citadelle

Au Palais Sans-Souci

Transe vaudou

Recueillement au Bassin Wakka

Pétroglyphes 

Au complexe hôtelier Cormier-Plage

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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