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Chan Cham Perou

La Nouvelle-Calédonie  —    Des voiles blanches nous avaient portés vers ses rivages et nous avions été éblouis par ses couleurs. Nous l’avions sillonnée, ouverts à ses parfums, à ses beautés, mais nous étions restés perplexes devant la complexité du mélange d’ethnies, de cultures et d’intérêts économiques de cette terre de découverte et de diversité.

Nous n’avions qu’un seul souhait : y retourner pour tenter d’obtenir des réponses à nos questions, pour essayer de percer les mystères de ce pays en pleine mutation, marqué par un passé colonial douloureux. C’est donc en curieux plutôt qu’en rêveurs que nous sommes revenus dans cet archipel du Pacifique s’étendant sur près de 19 000 kilomètres carrés et se composant d’un ensemble d’îles entourées du plus grand et du plus beau lagon du monde, classé depuis peu au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Nous nous sommes intéressés à ce minerai qui recouvre tous les massifs du « caillou », qui lui donne cette couleur rouge éclatante : le nickel. Son exploitation représente un enjeu économique prépondérant, mais représente aussi une menace pour les trésors de biodiversité de la «Grande Terre».

Nous avons découvert le mode de vie des Kanaks, côtoyé le monde broussard des Caldoches, exploré la savane, la forêt tropicale, les superbes îles Loyauté et, bien sûr, l’île des Pins. 

 Des «hommes libres»

Les habitants Mélanésiens de la Nouvelle-Calédonie descendent des Austronésiens arrivés d’Indonésie en pirogue, entre 3 000 et 1 500 av. J.-C. pour peupler la Mélanésie. Ils ont été appelés « Kanaks », littéralement « hommes libres », et ont donc formé le premier peuple de cette terre située aux antipodes de la France.

C’est l’explorateur britannique James Cook qui découvrit, en 1774, une longue bande de terre hérissée de sommets et protégée par un redoutable récif. Cette terre lui rappelant l’Écosse, il l’a baptisée «New Caledonia».

Plus tard, Napoléon III cherchait un nouveau territoire pour implanter une colonie pénitentiaire et en prit possession. La colonisation pénale a donc constitué la principale source de peuplement de l’île. Des immigrés volontaires ou sous contrat y sont ensuite venus tenter leur chance dans l’agriculture ou l’élevage. Les Kanaks ont alors été privés de leurs terres sans compensation, repoussés sur le flanc des montagnes, et parqués dans des réserves.

L’histoire de la présence française en Nouvelle-Calédonie est jalonnée d’épisodes sanglants, de révoltes et d’insurrections. Ce n’est qu’après la Deuxième guerre mondiale que les droits civils ont été reconnus aux Kanaks qui développèrent leurs desideratas indépendantistes au prix de nombreuses violences et tensions.

En 1988, la Nouvelle-Calédonie est devenue une collectivité d'outre-mer à statut particulier laissant le temps au peuple kanak de s’émanciper et de prendre part à la vie politique en garantissant une «souveraineté partagée». À partir de 2014, les électeurs résidant depuis au moins vingt ans sur l’archipel seront consultés sur l’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté.

Les autres habitants

La géographie spécifique, le climat favorable et l’isolement ont contribué à générer une flore riche à l’endémisme impressionnant. Quelque 3 400 espèces végétales ont été recensées, dont 80 % ne poussent que sur l’archipel.

La plupart des animaux qui s’y trouvent ne sont pas exclusifs à cette région malgré que la majorité des oiseaux soient en voie d’extinction. Le seul animal dont il faut absolument se méfier est le tricot rayé, un serpent marin connu comme étant craintif, mais peu agressif. Heureusement, car son venin est dix fois plus puissant que celui d’un cobra.

Si la flore marine vous intéresse, vous êtes au bon endroit ! L’océan qui entoure l’île abrite aussi une faune abondante et spectaculaire.

Bonne attitude et manous

Nous avons tout au long de notre séjour reçu un très bon accueil. Il faut dire que nous avons été particulièrement attentifs à la façon d’aborder les gens, qu’ils soient Caldoches ou Kanaks. Il faut savoir qu’en territoire kanak, chaque parcelle de terre appartient à une tribu, et que la politesse veut que l’on se présente au chef de tribu, qu’on explique la raison de notre présence et surtout qu’on présente la «coutume» avant de se promener sur leurs terres.

La «coutume», c’est le geste, le don qui montre son humilité, son respect de l’autre, son respect de la règle et son désir de dialogue. En pratique, il s’agit de tabac ou d’argent glissé dans un tissu que l'on appelle manou. Il est bon de se procurer quelques manous, vendus en magasin, qui pourront servir lors de rencontres avec des Kanaks.

Dans la tribu de Tendo

Nous préférons côtoyer les autochtones et nous avons entendu parler de l’accueil en tribu kanak sur la côte est. Aussitôt, nous nous sommes renseignés auprès du bureau du tourisme de Hienghène qui nous a proposé plusieurs tribus plus ou moins retirées.

Nous avons réservé un séjour chez Marie-Reine et Albert, à 25 km de Hienghène, en direction de la chaîne montagneuse. Après 50 minutes de route-piste, des cases. Avant toute chose, nous savons que nous devons nous présenter et offrir la «coutume». Marie-Reine nous fait entrer dans son logis constitué d’une case traditionnelle dans laquelle sont installés deux couchages (paillasse et semblant de matelas au sol), et une construction annexe dans laquelle on trouve une gazinière, mais aussi un feu à bois pour la cuisine et une salle à manger. Les sanitaires sont quasi inexistants. La forêt toute proche fera l’affaire !

Le repas du soir est servi et nos hôtes ne partagent pas le repas avec nous, malgré notre insistance. Ils nous tiennent compagnie pendant que nous dégustons le ragout de cerf, le tarot, l’igname, le manioc. Ils mangeront après. Nous en apprenons plus sur leur vie, leur famille, leurs habitudes en tendant très fort l’oreille, car ils ont l’habitude de parler très bas, très doucement. Ils ont toujours vécu dans leur tribu et vivent de leurs cultures.

Sur leur terre dans la montagne il y a des bananiers, des ananas, des mangues, des papayes, des oranges, des litchis, des jaquiers et ils cultivent l’igname, le manioc, mais surtout le tarot doux à la méthode ancienne, c'est-à-dire en terrasses irriguées. Albert est le spécialiste de la région de cette méthode ancestrale de culture du tarot.

Après une nuit de semblant de sommeil et de réelles courbatures, nous le suivons le lendemain voir ses tarodières à flanc de montagne.

Certes cette rencontre était organisée, mais nous avons le sentiment furtif que quelque chose qui ressemble à de l’amitié, de l’échange, de la compréhension et du respect s’est installé entre nous.

Du gîte à l’hôtel, en passant par le camping

Durant notre long séjour, nous avons eu l’occasion de tester toutes sortes d’hébergements. Rien ne manque dans l’accueil calédonien. Il est même possible de camper au bord du lagon, mais ça, nous ne l’avons pas essayé !

À Nouméa, nous avons loué un appartement d'une chambre, très bien situé et très bien équipé, chez Samira à Magenta : parfait pour récupérer du voyage et du décalage horaire. Tout autour de la «Grande Terre», les logements chez l’habitant sont nombreux et offerts dans toutes les gammes de prix.

Près de La Foa, à Pocquereux, nous avons logé à «La petite ferme », où Annick et Jean-Louis nous ont accueillis à leur table d’hôte, à l’ombre du ranchito, sous l’œil intéressé de trois chiens, deux autruches, cinq chevaux et d’un troupeau de boeufs. Le logement était sommaire, mais le repas entièrement à base de produits locaux était parfait. Jean-Louis nous a emmenés le soir dans sa jeep pour aller observer les troupeaux de cerfs.

Dans le même coin, à Farino, nous avons mangé chez Mammie Fogliani, LA table incontournable de Nouvelle-Calédonie. Jugez plutôt : salade de chouchoute et papaye, saucisson de cerf, rôti de cerf, manioc frit et crêpe à la confiture de goyave. Le tout dans un jardin tropical surplombant un creek et servi par l’adorable petite-fille de Mammie. Nous n’avons rien prévu après ce repas, si ce n’est une nuitée au refuge Farino, niché à flanc de colline. Manque de pot, notre bungalow était le dernier tout en haut, et l’accès en voiture s’arrête 50 mètres en contrebas. Le spectre des trois bagages de 23 kg à trimbaler se profile à l’horizon ! Tout se mérite !

Tout au nord de la «Grande Terre», il y a un très bel hôtel lové au cœur d’une charmante baie. Une trentaine de bungalows sont construits sous les cocotiers en bord de plage. C’est l’endroit du farniente sur la terrasse en bord de piscine ou sous les parasols de la plage, et du repos dans des lits bien moelleux.

À l’île des Pins, l’endroit que nous recommandons est le gîte Nataïwatch, dans la baie de Kanuméra. L’aménagement extérieur de chaque logement invite vraiment à profiter de la nature du beau parc, et la superbe plage de Kuto est à quelques pas.

Idylliques Iles Loyauté

Dans les Iles Loyauté, la réservation se fait quelques jours avant l’arrivée par téléphone (hors manifestations particulières). La situation des bungalows ou cases est souvent spectaculaire, en bordure de plage avec vue sur le lagon dans un jardin tropical. À propos de case, nous avons trouvé « Chez Jeannette » à Lifou, celle qui nous convenait parfaitement. Elle est plantée dans un petit jardin avec une vue superbe sur la baie de Chateaubriand et adossée à un grand faré équipé en cuisine-restaurant où chacun fait à sa guise : formule table d’hôte ou popote individuelle, Jeannette n’y voit pas d’objection.

Jus de racine de poivrier

Pour terminer nos expériences locales, nous avons décidé de nous arrêter au Nakamal de Bourail, et de boire un petit coup de kava pour nous décontracter !

Mis à part une dégustation aux Fidji, il y a bien longtemps, nous n’avons jamais réessayé l’ingestion de ce jus de racine de poivrier aux effets anesthésiants et euphorisants. L’endroit est aménagé façon cosy, le patron, originaire du Vanuatu, est très avenant. Le lieu se prête à la détente. Les nakamals, lieux où l’on « déguste » le kava, se répandent un peu partout en Nouvelle-Calédonie.

Après avoir observé le rituel, j’en conclus que je vais essayer un sell à 100 (un petit bol d’une valeur de 100 francs pacifique), m’approcher au plus près du crachoir et ne pas oublier le verre d’eau au sirop pour me rincer la bouche ! Et bien même comme ça, cela n’a pas bon goût du tout ! J’avale 3 doses, parce qu’il faut bien cela pour ressentir quelque effet, manque de vomir le tout et me retrouve 10 minutes plus tard dans un état très zen que j’ai rarement connu.

À l’aise au quotidien

Le coût de la vie en Nouvelle-Calédonie est assez élevé. La majorité de la population vit bien par rapport aux autres pays océaniens. En dehors, de Nouméa, il y a de la pauvreté, mais pas de misère.

Le climat rêvé

La Nouvelle-Calédonie possède un climat tropical dont la température moyenne est considérée idéale. Il ne fait ni trop chaud, ni trop froid et la durée moyenne d’ensoleillement est de 7 heures par jour ! Les saisons sont divisées en deux saisons sèches et deux pluvieuses. La pluviométrie varie en fonction du relief et de l’exposition au flux des alizés, et les précipitations sont beaucoup plus importantes sur la côte est que sur la côte ouest.

Le seul inconvénient majeur de l’endroit est sa position sur la trajectoire des cyclones tropicaux.

René Van Bever

Je parlerai avec un enthousiasme débordant de ce voyage en Nouvelle-Calédonie, avec encore plus de détails, et surtout des images filmées étourdissantes de beauté, dans le cadre des ciné-conférences des Grands Explorateurs, présentées dans 22 salles au Québec, du 7 janvier au 8 mars 2015 :

www.lesgrandsexplorateurs.com

Et pour en savoir plus sur notre périple en famille : www.lagrandeparenthese.com


 

Bac de l'Ouaieme

Danse du Werth à Lifou

Marché des femmes à Tendo

Le cagou, emblème du pays

La poule à Hienghène

Le bougnat

La culture du tarot

Case à Pouebo

Port à Nouméa 

Pirogues à l'Île des Pins

Plage à Bourail

Centre culturel Tjubaou

Rodéo à Koumac

Dons d'ignames, mariage à Maré

 

Crédits photos: René Van Bever

Photo de la bannière: Totems de la Baie Saint-Maurice, Île des Pins

 


 

 

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