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Chan Cham Perou

La Malaisie    —    À l’aube, sur le chemin de l’aéroport une vision surréelle … Au même moment, regard à droite : pleine lune gigantesque, en plein milieu de l’indigo. Regard à gauche : plein soleil, en plein milieu de l’orangé. 

Premier d’innombrables contrastes entre la séduction naturelle de l’île de Bornéo et la frénésie urbaine de Kuala Lumpur. Première impression de l’enchantement renouvelé chaque jour par la suite. Première révélation de l’harmonie rencontrée chez une population musulmane-chrétienne-bouddhiste-hindoue.

Liberté, mixité, sérénité

En Malaisie, on fait une expérience asiatique différente: la culture et le style de vie se rapprochent davantage du type indonésien. Cela se voit dans la physionomie et dans le vêtement. Cela se goûte dans les plats. Cela s’entend dans les langues.

Hommes et femmes ont généralement une stature et une attitude, tout en délicatesse : une silhouette et des traits fins, une peau couleur café, des yeux légèrement en amande, un sourire éclatant.

Les vêtements sont tout ce qu’il y a de plus varié. Les robes et costumes malais, traditionnels et modernisés portés par une très grande partie de la population sont d’une élégance absolue. Les femmes musulmanes déambulent dans la rue, selon leur choix, avec ou sans foulard, avec ou sans voile, avec ou sans robe longue.

Les cuisines traditionnelles des principaux groupes ethniques - malais, indiens, chinois – côtoient ou marient la cuisine internationale, avec parfois une touche résolument anglaise, héritée de la période coloniale qui s’est terminée en 1963.

Compréhension mutuelle

Compte tenu de cela, on entend beaucoup l’anglais, mais tout de même surtout le malais, donc de longs mots chantants et composés de beaucoup de o, a, u, ou et an. Beau à entendre.

Ce qui est bien pratique, c’est le mélange des deux : journaux, livres, enseignes, panneaux de signalisation, etc. sont en malais, mais écrits dans l’alphabet courant de l’anglais. Facile de s’orienter et de se faire comprendre.

Grâce du geste

Les Malais saluent en inclinant légèrement la tête, en posant la main droite sur leur cœur et en souriant. C’est charmant et apaisant. Même pressé, cela ralentit l’élan. Les Malais prennent votre passeport, votre carte ou votre paiement, comme un bien précieux : avec les deux mains, en inclinant la tête et en souriant encore.

Bornéo, en commençant par les saveurs

Rien que le nom de cette île, dont 26 % appartient à la Malaisie, fait rêver. Sur place, le rêve prend des couleurs en ville, puis dans la jungle. D’abord, nous avons passé quelques jours à Kota Kinabalu, capitale de l’État de Sabah, logés au très moderne et confortable hôtel Hyatt Regency, du centre-ville.

C’est là, au petit-déjeuner, qu’on fait une première incursion dans la cuisine locale, incluant des plats fort goûteux et épicés, aussi nombreux que les choix de plats courants de tradition française, anglaise nord-américaine, chinoise et japonaise.

Bien reposés du long voyage et sustentés, on est fin prêts à s’en mettre plein la vue dans une ville verte et fleurie, en commençant par la vie des Malais au quotidien. Les marchés voisins de fruits/légumes, d’herbes/épices, de viandes et de poissons frais/séchés/salés sont si bien garnis en diversité, en quantité, et en odeurs que cela donne presque le tournis.

On goûte plein de produits inconnus chez nous et on apprend plein de noms : mangoustan (jolie boule pourpre à feuilles vertes), ramboutan (curieuse boule rouge à gros poils noirs), jacquier (jackfruit) semblable au durian en moins malodorant, géantes fleurs mauves de banane servies comme légumes, etc. Et un nombre incroyable de types et de couleurs de riz…

Amoureux de fruits de mer, on salive, tout en regardant de loin les grosses pieuvres entières. Il y a matière à découverte, quand on sait qu’on est ici entouré de la mer de Chine méridionale et de la mer Sulu, comportant 400 espèces de poissons et 200 espèces de coraux. On se rafraîchit en buvant un «kit chai ping», sucré-amer, fait de jus de citron vert, d’un pruneau et de glaçons.

Kota Kinabalu, les incontournables

Le musée d’État d’art ancien et contemporain, très riche en œuvre et artéfacts, mérite qu’on y passe au moins quelques heures, pour connaître de façon très agréable, l’histoire et la vie d’aujourd’hui en Malaisie. Par exemple, les instruments de musique, ornements de tête, chambres nuptiales, etc.

Et on y a reproduit la grotte et la façon dont on allait récoler les dispendieux nids d’hirondelles qui composent la fameuse soupe. On constate aussi que les autochtones avaient beaucoup de traits et de pratiques en commun avec ceux du grand Nord canadien, dont la «maison longue».

Quelques minutes ensuite au temple chinois bouddhiste Po Toh Tze. Près de là, on circule dans un quartier chic, le Likas, qui a émergé dans les années 80 et 90, alors qu’on a découvert du pétrole dans le pays et que des héritiers ont commencé à vendre leurs terres, surtout leurs gigantesques belians surnommés « les arbres de fer », dont le bois très dur peut durer jusqu’à 900 ans.

Ensuite, on s’emballe devant le gigantisme et la magnificence de la Mosquée d’État qui peut accueillir 12 000 personnes à la prière, et où tous les visiteurs étrangers sont habillés sur place selon la tradition musulmane. On a eu le bonheur de voir des centaines de petits écoliers.

Au marché extérieur du dimanche, en plein centre-ville, c’est la frénésie ambulante : musiciens, animaux de compagnie, artisanat, vêtements, jouets, médicaments, objets de culte, plats préparés, gadgets électroniques, quincaillerie, etc.

Mont Kinabalu : ponts suspendus, rafflesia, eaux bouillantes et café luwak

Passons maintenant côté nature. Pas très loin de la ville, on peut déjà enjamber une rivière, la Telibong, sur un pont suspendu de planche et de corde, très rustique… Puis, on s’offre la route sinueuse arpentant les montagnes de la chaîne Crocker, pour se rendre sur le mont Kinabalu - le plus haut sommet de Malaisie, à 4 000 mètres d’altitude. Littéralement dans les nuages.

On est à l’affût d’une affiche annonçant la floraison d’une rafflesia, qui n’est pas seulement la plus grosse fleur au monde (jusqu’à 100 cm de diamètre, jusqu’à 12 kilos), mais aussi la plus rare, car personne ne sait quand elle fleurira, et une fois éclose, elle ne vit que 6 jours.

Alors, lorsqu’un fermier a la chance de la voir fleurir, il plante une affiche sur le bord de la route et les passants le paient pour aller la photographier. Il y a dans cette région beaucoup plus: 1 500 espèces d’orchidées, 330 espèces d’oiseaux, 26 espèces de rhododendrons, de fougères, etc.

Avis aux athlètes et amateurs d’exploits sportifs : c’est sur le mont Kinabalu qu’a toujours lieu le célèbre « Climbathon ». Le prochain se déroulera en octobre 2015.

En redescendant, on fait une saucette au Poring Hot Springs, dont l’aménagement est plutôt rigolo et prête à la promiscuité familiale. Premièrement, on jette un coup d’œil à la source d’eau chaude, car elle est à 70 degrés Celsius, donc brûlante. Mais, à côté, de petites piscines de mosaïque bleue et blanc, accueillent les baigneurs: on se sert soi-même des robinets d’eau chaude et d’eau froide, selon notre préférence.

Sur le même site, on traverse encore 4 ponts suspendus, à 32 mètres de hauteur et sur 100 mètres de longueur, en marchant sur une seule planche.

Enfin, de beaux sentiers balisés permettent de profiter du mont Kinabalu. On aurait aimé croiser deux animaux célèbres : le civet malais, qui produit le café copi luwak, le plus dispendieux, lequel est récolté après que le civet l’ait mangé, digéré et évacué… et l’écureuil roux volant, dont la queue fait 1 mètre.

Iles environnantes : vers le grand luxe en croisant la pauvreté

Sur les flots vers l’île Gaya, à proximité de Kota Kinabalu, on voit en vrai, ce qu’on a déjà vu en photos : les maisons de 400 familles, en quelque sorte un bidonville sur pilotis, très coloré par les matériaux de construction recyclant à peu près tout, et par les cordes à linge remplies de vêtements. Derrière celles-ci surgissent des enfants, dont certains qui marchent à peine et qui se lancent gaiement dans la mer en nous criant bonjour et en riant.

Charmante aussi, cette grande école sur pilotis, où toutes les valeurs du peuple malais sont affichées le long des corridors recouverts pour protéger les enfants du soleil brûlant: persévérance, partage, compassion, etc.

Arrivés sur l’île, immense contraste : le Gayana Lodge, avec ses petites villas sur pilotis dans la mer, comportant un plancher transparent pour admirer les coraux, étoiles de mer et gros poissons perroquets multicolores, et une terrasse qui permet de se baigner dans une petite piscine privée ou directement dans la mer. Le restaurant est également très tendance, dans son décor, sa cuisine ouverte et son menu vraiment délectable. Tous ses plats sont concoctés avec les fruits de mer et légumes bio pêchés et cueillis sur le site même.

Le Gayana Lodge fait également sa part dans la sensibilisation à la protection de l’environnement. Voisin des villas, le centre MERC, avec un auditorium où se donnent des conférences et un centre d’observation des animaux de la mer animé par des experts naturalistes. Voilà pour le côté « marin ». Le Gayana Lodge a aussi son pendant «jungle et plage», non loin du premier, tout aussi luxueux.

Monsopiad : chez les coupeurs de têtes

Un après-midi mémorable! Le village de Monsopiad, l’ancien guerrier de la tribu Kadazan, qui a été parmi les plus talentueux en coupant 42 têtes, existe toujours et est ouvert sur rendez-vous pour accueillir des voyageurs en quête d’authenticité. Un guide, un descendant d’une prêtresse du village, nous accueille, nous explique les raisons de ces coupures de têtes, les cérémonies funéraires, l’architecture, les coutumes, la production de certains aliments à partir de l’arbre sago, et de différents alcools de riz, etc.

On assiste ensuite à des danses traditionnelles, dont celle entre les bambous frappés frénétiquement sur le sol; on apprend à tirer des flèches « empoisonnées » d’un coup de souffle, etc.

Sandakan : lodge rustique, rivière et jungle, euphoriques de l’aurore au crépuscule

C’est sans doute le clou de ce voyage. Après deux heures de trajet sur l’eau, arrivée à Sandakan pour aller voir de près, durant trois jours : l’aussi rare que bizarre singe probiscus à long nez; quelques orang-outangs, espèce en voie de disparition; des dizaines de macaques en familles et des gibbons sans queue, se gavant, jouant ou faisant l’amour dans les arbres presqu’au dessus de nos têtes; près de 50 éléphants pygmées de tous âges à quelques mètres à peine de notre embarcation; des dizaines d’espèces d’oiseaux qui nous fuient ou qui nous guident sur les flots et le très recherché calao, portant une grosse corne sur la tête qui joue à cache-cache.

Tout cela, le long de la rivière Kinabatangan et ses étroits embranchements silencieux, lors d’excursions en chaloupe, selon différentes lumières du jour, avec un guide naturaliste. À l’aube, dans la brume que le soleil essaie de traverser, on se croirait dans une peinture de Corot.

Le Sukau Lodge est la perfection incarnée dans cet environnement. On n’y mange que des mets bio, sur la terrasse fleurie au-dessus de la rivière. Le soir, c’est au son du gong, qu’hommes et femmes doivent se rendre ensemble prendre le dîner, vêtus du sarong de batik et des tongs fournis.

Dans chaque chambre et salle d’eau privée joliment aménagées sur deux niveaux, tout est pensé en fonction de la préservation de l’environnement. Non climatisées, la forêt fait son travail. La seule musique ambiante : celle de la nature. À 21 heures, l’électricité s’éteint, économie d’énergie et repos obligent. À toute heure, tisane et beignets tout chauds, disponibles pour paresser au jardin, à moins que l’on veuille un massage de pieds dans un petit pavillon situé dans la forêt.

Les convives sont touristes, spécialistes de la faune ou de la flore, grands voyageurs, journalistes, etc., d’Australie, Canada, France, États-Unis, Danemark… Le Sukai Lodge a notamment reçu Sir David Attenborough qui y est allé réaliser un reportage pour la prestigieuse BBC.

C’est aussi une région où la plongée est très réputée (voir autre article Euphoria).

Kuala Lumpur : à l’autre bout du spectre

Après cette immersion dans la nature, on passe à la grande ville. Une expérience renversante! Même quelqu’un qui n’aime pas les villes, un tant soit peu curieux, veut séjourner à Kuala Lumpur, au moins quelques jours.

La ville n’est pas si grande, mais l’activité touristique et économique y est des plus fébriles. Un chiffre à l’appui? L’an dernier : 33 millions de visiteurs! On y construit présentement des hôtels 6 et 7 étoiles comme le tout premier Harrod’s et le Saint-Régis.

Nous avons séjourné au Park Royal Hotel, moderne et de haute tenue, au cœur de la ville, à distance de marche des ponts aériens couverts climatisés et des grands centres commerciaux faisant la renommée de Kuala Lumpur.

Pèlerinages de magasinage

Même nous qui détestons le magasinage avons été fort impressionnés par le nombre et l’envergure des boutiques de grand luxe international et de toutes autres catégories. La ville mérite en effet son titre de Mecque du shopping en Asie, pour l’ampleur de son offre – beaucoup plus grosse qu’à New York même - et de ses soldes spectaculaires.

Côté bouffe, les restaurants de toutes catégories sont très abordables. Parmi tant d’autres curiosités de la ville, ici et là des vestiges de l’époque coloniale anglaise : cabines téléphoniques, bus à deux étages, salons de thé, mosquée de style Tudor…!

La visite à Aquaria KLCC vaut le détour : on marche dans un tunnel transparent entre et dessous des requins, des tortues et des raies géantes, à moins qu’on préfère entrer dans l’eau en scaphandre, protégé par une cage pour être carrément frôlés par les requins.

Monter dans une grotte...

De Kuala Lumpur, plusieurs excursions peuvent être organisées. Notre préférée, celle aux Batu Caves. Il s’agit d’un immense temple hindou où il faut monter 272 marches pour arriver aux autels et assister à des cérémonies. À l’extérieur, Lord Muruga qui protège le temple fait 43 mètres. Pendant l’ascension et la descente, des dizaines de singes de tous âges vous surveillent et sont à l’affût de la moindre bouchée à prendre.

Les tours asiatiques de la modernité

Passage obligé, mais assurément apprécié, les tours jumelles PETRONAS, de la compagnie pétrolière du même nom. Elles sont faites d’acier et de verre. La nuit venue, on dirait des cierges allumés. Elles font 86 étages et sont reliées entre elles, au milieu, par une passerelle qui joue un rôle de sécurité, d’efficacité pour le personnel des deux tours et du même coup, qui rappelle les ponts suspendus de la jungle. On peut visiter la passerelle et le dernier étage, doté d’une exposition thématique. Modernité ou futurisme : les visiteurs sont accueillis par un hologramme représentant une hôtesse expliquant les consignes.

Ne pas oublier

Climat : De mars à septembre, c’est la saison sèche, il fait très chaud : en moyenne 35 degrés Celsius. Durant la saison des pluies, d’octobre à février, la température baisse un peu : en moyenne 27 degrés.

Code vestimentaire : Pour hommes et femmes, les shorts et les camisoles ne sont pas bien vus. Les femmes doivent avoir les jambes couvertes et porter un foulard dans les lieux de culte.

Code alimentaire : Il faut prendre la nourriture avec la main droite seulement. Les ustensiles sont la grande cuiller dans la main droite et la fourchette dans la main gauche. On mange donc à la cuiller.

Le mot de la fin

Franchement, sans rien enlever aux autres destinations, la Malaisie fut pour nous un très grand coup de cœur, pour ce qui a été vu, mais surtout ressenti.

Sylvie Berthiaume

Ce voyage fait à l’invitation de l’Office de tourisme de Malaisie, a largement démontré le grand professionnalisme des guides et chauffeurs, ainsi qu’une logistique dont l’efficacité est parfaitement rodée pour l’accueil et le transport terrestre, maritime et aérien des voyageurs.

www.tourism.gov.my


 

Malais au quotidien

Masques au marché

Ramboutans au marché

Temple Hindou à Kuala Lumpur

Au temple chinois

Jeunes étudiants à la mosquée

Pont suspendu

Mont Kinabalu

Maisons sur pilotis

Gayana Lodge 

Étoile de mer bleue

Crânes-trophées  à Monsopiad

Singe probiscus

Éléphants pygmées

Jardins du Sukau Lodge

Metro aérien à Kuala Lumpur

Centre commercial, Kuala Lumpur

Aquaria

Singe à Batu Caves

Batu Caves

Tours PETRONAS

Photo vignette: Calao au long bec

 

 

 


 

 

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