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Patrick Bureau

Ugo Monticone 
Il vient de produire le tout premier livre numérique immersif disponible sur le marché : «Le vendeur de goyaves». C’est son plus récent ouvrage inspiré par un voyage de quatre mois en Inde.

Communicateur hors-pair et amoureux fou de la planète, Ugo Monticone a sillonné près de 40 pays, toujours avec le même appétit de découverte. Son rôle de conférencier au sein des Grands Explorateurs − qu’il assume avec brio depuis plusieurs années − permet de faire profiter les jeunes et moins jeunes de son expérience affirmée de globe-trotter authentique.

Ici, ce sont les lecteurs d’Euphoria qui vont se régaler d’images et, en imagination, de goyaves indiennes, de thé japonais, d’olives marocaines et de vin italien. Entre autres…

 

Euphoria – Racontez-nous quelques euphories vécues à l'étranger. 

Ugo Monticone  –  Un pays coup de cœur : Lorsque je suis entré au Tibet, j’y suis allé illégalement −sans visa− grâce aux contacts d’une Hollandaise rencontrée par hasard. Seuls Occidentaux dans l’autobus chinois, loin des circuits touristiques, elle et moi avons entamé la conversation. Des années plus tard, j’ai voulu la visiter à Amsterdam. « Oh merde, qu’elle me dit, je ne serai pas au pays, mais je te laisse les clefs de mon appartement. » 

Jamais je n’aurais cru qu’une fille rencontrée au Tibet allait me permettre de vivre deux semaines à Amsterdam −ville euphorisante à bien des égards− dans mon propre appartement privé, comme un résidant. C’est lors de ce séjour que j’ai été inspiré pour mon roman « U », ma première fiction.

Une rencontre exceptionnelle : Lors du tournage du film des Grands explorateurs sur le Japon, je suis entré en contact avec le bureau touristique de Kyoto. En plus des temples, des musées et du festival de Gion, je voulais pouvoir filmer une cérémonie du thé. La responsable m’a mis en contact avec un vieux prêtre zen. Le rejoignant à son temple, j’ai pu admirer son magnifique jardin zen où d’immenses rochers symbolisaient les montagnes qu’aucune vague ne peut ébranler. Des symboles de notre esprit, qui doit rester immuable peu importe les dérangements.

Au cours de la cérémonie protocolaire du thé, qui devient presque une forme de méditation en soi, le prêtre octogénaire philosophait sur la gratitude. « Vous êtes venu ici grâce à un pilote d’avion, puis grâce à un chauffeur, puis grâce aux indications de quelqu’un qui me connaissait… Il faut être reconnaissant de tout ce que la vie nous offre pour profiter du présent. On respire sans réaliser que l’air est une bénédiction de la nature. Et en plus il est gratuit, on n’a pas à le payer. N’est-ce pas merveilleux ? Il faut savoir être reconnaissant pour toutes les choses qui nous permettent d’atteindre nos buts. »

Face au jardin zen, je lui ai demandé de méditer avec lui pour le tournage. J’ai senti son état de transe s’installer instantanément. Il pouvait entrer et sortir d’une méditation dans l’instant, par choix.

Je suis simplement heureux de savoir que de telles personnes existent encore dans notre ère si moderne.

Un plat délicieux : En plein milieu de la chaîne du Haut-Atlas au Maroc, nous suivions des chemins usuellement empruntés par les bergers berbères. La canicule était épouvantable, si bien que les sources d’eau sensées nous ravitailler n’étaient que de minces filets où s’abreuvait tout un village.

Nous marchions depuis des jours dans les montagnes, à la rencontre des nomades, sous le soleil cuisant, sans possibilité de se laver.

Puis, nous avons atteint un village aux maisons de terre rouge, au creux d’une vallée. Le chef nous mena vers un terrain gazonné bordant une rivière, à l’ombre d’un arbre. Sa femme nous prépara un tajine d’agneau, avec du citron et des olives. Le contexte a sans doute eu un effet sur l’exaltation de mes papilles, mais c’était délicieux.

Une anecdote comique : Une anecdote tirée de mon livre « La terre des hommes intègres » : dans le Sahel, à la frontière du Sahara, je devais rejoindre un village à dos de dromadaire. La traversée du désert prendrait deux jours. Mon guide touareg s’orientait avec le soleil, les dunes, puis les étoiles. Mais encore fallait-il connaître leur mouvement dans le ciel, au cours de la nuit.

Le jour, il faisait si chaud que je me sentais dans un four à «broil». Il ne fallait laisser aucune parcelle de peau à découvert. Mais le soir, la température chutait aux environs de 17 degrés. Je tremblais autour du faible feu que le guide avait allumé avec les excréments séchés des dromadaires.

-« C’est fou que j’aie si froid… 17 degrés, c’est chaud pour moi au Québec. »
-« Il fait froid comme ça chez vous ? » m’avait demandé le guide, impressionné.
-« Ça c’est l’été… L’hiver il peut faire moins 17. »
-« 17 sous zéro ? »

Il ne semblait pas pouvoir s’imaginer un tel froid.

-« 17 sous zéro, eh bien… Si tu as un verre d’eau, l’eau va finir par se transformer en glace. »
-« Ne retourne pas là ! Es-tu vraiment obligé de retourner ? »

Il avait si peu, pourtant il était prêt à me prendre sous son aile pour me sauver du Québec.

Les voyages m’aident tellement à remettre certaines choses en perspective.

Une situation émouvante : Ma famille en Italie produit du vin depuis plusieurs générations. Du Barbera d’Asti. Mais le travail de la terre est difficile. Et les pesticides chimiques ont probablement eu un effet fort néfaste sur mes oncles et tantes qui, pour certains, ont contracté de lourdes maladies.

Le travail était colossal. Sans vacances, sans certitudes, sans retraite.

L’année dernière, je suis allé faire les vendanges avec mon père − les dernières pour ma famille. Ceux de ma génération ont décidé de ne pas travailler sur la terre et ont quitté la vigne. Des emplois stables, lucratifs et des vacances les attendaient dans des postes à la banque, en milieu scolaire ou dans des firmes.

J’ai participé à la dernière cueillette des raisins de ma famille, et j’en boirai le vin une dernière fois.

Euphoria   Dites-nous quel a été l’élément déclencheur qui vous a amené à devenir le globe-trotteur que vous êtes aujourd’hui?

Ugo Monticone – Mon père est le seul de sa famille qui a immigré d’Italie. Lorsqu’il m’amenait visiter mes oncles et mes cousins, nous en profitions pour déborder ailleurs en Europe, sans plan. Et, toujours, le destin faisait en sorte que notre voyage était merveilleux.

J’ai donc appris à faire confiance au destin. C’est ce qui m’aide à vaincre ma peur de l’inconnu.

Lors de ces visites chez les membres de ma propre famille, je constatais à quel point ils étaient différents de moi alors qu’on partageait le même arbre généalogique… (religieux, cultivateurs, autre langue, autre culture). Cela m’a donné le goût d’aller toujours au-delà des apparences et de découvrir les cultures du monde.

Euphoria  Révélez le titre du film portant sur le voyage que vous recommandez sans cesse?

Ugo Monticone –  Le film Baraka, du réalisateur Ron Fricke, est certainement parmi mes films les plus marquants. Sans paroles, sans histoire, on visite le monde et ses cultures et on éprouve l’incroyable sensation d’y être transporté à notre tour.

Euphoria – Dévoilez-nous LE conseil que tout voyageur qui se respecte devrait prendre en considération.

Ugo Monticone  – Toujours apporter moins de choses. Un simple sac à dos de jour me convient parfaitement pour mes voyages de plusieurs mois. Oui, je porte souvent les mêmes vêtements, mais quelle joie que de n’avoir pour tout bagage qu’un léger sac. Je suis libre de mes mouvements même en plein transit, sans avoir comme principal objectif de me trouver un endroit où poser mes bagages.

Euphoria  Décrivez votre rêve de voyage le plus fou.

Ugo Monticone  – Je serai en train de le réaliser, au moment où ces lignes seront publiées : partir plusieurs semaines dans un pays inconnu, en n’ayant fait aucune recherche et sans connaître ses destinations à ne pas rater. D’y arriver « vierge » et de me laisser guider par la vie, les rencontres, la culture et les gens… avec pour toute réservation mon simple billet d’avion.

Pour fêter mon 40e anniversaire, je visiterai mon 40e pays à vie, l’Indonésie, pour un séjour de 40 jours.

Euphoria  Où retournerez-vous un jour? Pour revoir quoi?

Ugo Monticone  – On me dit souvent que j’ai beaucoup voyagé. Mais il y a beaucoup, beaucoup plus de pays que je n’ai jamais vu. C’est pourquoi je ne suis pas très motivé à retourner deux fois au même endroit. Souvent, nos souvenirs de l’endroit et des gens que nous y avons rencontrés demeurent si puissants que lorsqu’on y retourne, on vit des déceptions.

Je préfère conserver mes souvenirs intacts et progresser dans la découverte.

Par contre, si l’on ne me donnait pas le choix, je retournerais au Japon − un pays que j’ai tant aimé. Je m’imprégnerais des néons de Tokyo ou je gravirais de nouveau le mont Fuji.

Euphoria  Voyagez-vous parfois sans projet de livre ou d’écriture à l’horizon? Quelles sont vos préférences alors, pour ces moments de « vacances » ?

Ugo Monticone – Les voyages sont pour moi des sources incroyables d’inspiration. Les projets de livres, de films ou d’écriture viennent souvent naturellement. J’adore partager la richesse des voyages, le divertissement des anecdotes, la beauté des enseignements et les trésors de la culture. Je me réserve toujours, par contre, une période de « vacances » à même mes vacances.

J’opte alors pour un lieu plus touristique, plus près de ma culture. Un lieu qui me permet, par exemple, de manger des crêpes aux bananes le matin en écoutant du Bob Marley. J’y recharge mes batteries pour permettre à mon inspiration de reprendre son envol lorsque je retournerai m’immerger dans la découverte.

Merci Monsieur Monticone de rapporter tant de souvenirs colorés, goûteux et animés dans votre sac à dos.

Pour savoir comment se procurer son fameux livre numérique. 

Pour connaître les dates et lieux où sont présentées les ciné-conférences 2015 et 2016 des Grands Explorateurs à travers le Québec, à compter de septembre. 

Au Tibet 

Amsterdam

Cérémonie du thé au Japon

Temple au Japon 

Tagine aux olives

Touareg au Sahel

Dernières vendanges

Mont Fuji

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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