Bannière
Envoyer Imprimer PDF
invite-du-mois.jpg

DAVID FRANCIS
Pour beaucoup d’artistes, les voyages en tournée dans différents pays font partie de la vie professionnelle et, si le temps le permet, ils en profitent pour visiter un peu les alentours. Pour l’homme de théâtre David Francis, c’est l’inverse : la vraie vie, physique et spirituelle, fait partie de ses voyages. Quand il se rend dans un pays, c’est pour des mois, il y retourne et retourne, apprend la langue, y joue, y enseigne, et quoi encore. 

Né au Canada, il est revenu y vivre après 20 années passés en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galle, et après avoir séjourné en France, en Allemagne, en Hollande, en République Tchèque, au Danemark, en Suède, et aux États-Unis, quand il n’était pas au Stratford Shakespeare Festival. On serait même tenté de dire que l’Inde n’a plus de secrets pour lui. Avec lui, c’est bien possible...

Celui qui s’est fait connaître, entre autres, pour ses remarquables prestations dans Paper Wheat, The Black Bonspiel, The Kite, Sleuth et Passion Play, a bien voulu partager ses euphories avec vous.

 

Euphoria – Quel pays a constitué pour vous une véritable euphorie?

David Francis –  Assurément l’Inde. Et cette euphorie n’a pas été que momentanée. J’y suis déjà allé 15 ou16 fois et, souvent, j’y ai passé six ou sept mois à la fois. J’ai d’ailleurs enseigné longtemps à Bhopal. 

Euphoria –Quel lieu et quel moment qualifierez-vous de plus extraordinaire?

David Francis – Angkor Vat, au Cambodge. Il fait partie d’une série de temples construits par des empereurs de religions différentes sur environ 700 siècles. Cela crée une confusion très intéressante en termes d’architectures, de sculptures et de gravures. On en découvre encore dans la jungle.

Ce qui m’a plu en particulier à Angkor Vat, dont la construction a duré 37 ans, ce sont ses vastes bas-reliefs à l’intérieur. Je suis aussi monté dans sa tour principale, qui représente le Mont Meru, le centre de l’univers pour les hindouistes et les bouddhistes.  Juste un peu avant le coucher du soleil, nous n’y étions pas plus que 15 ou 20 personnes et je dirais qu’à ce jour, ce fut le moment le plus paisible de toute ma vie.

Euphoria – Quelle ville considérez-vous la plus belle?

David Francis – Maintenant, transportons-nous en Europe. Prague, en République Tchèque, en particulier pour la cohabitation des lieux bâtis et de l’eau… On peut y marcher tous les jours, l’admirer à toutes heures, sans que le regard se lasse. J’ajouterais Budapest, en Hongrie où j’ai également enseigné, sept étés d’affilée.

Angkor Vat

Alaska - Laurent Lucas
Prague

 

Euphoria – Quel endroit fut, pour vous, le plus dépaysant?

David Francis –  Mandu, dans l’État du Madhya Pradesh, en Inde. Je n’y suis allé qu’une fois, mais il me revient constamment à l’esprit. En Inde, c’est immensément populeux partout. Or, Mandu est peut-être l’un des seuls endroits où il n’y a pratiquement personne. C’est un vieux et magnifique royaume érigé sur un plateau, que l’on atteint après un long parcours en train, puis en rickshaw. On y découvre une architecture afghane et mongole d’une grande beauté. 

Euphoria – Qu'avez-vous trouvé très drôle comme découverte?

David Francis –  Mussorie, où des temples modernes ont plutôt l’air de Disneyland. Plein de couples y passent leur lune de miel en s’y photographiant et en jouant à des jeux d’arcades. C’est vraiment kitsch. Et, contraste suprême, l’Himalaya, en fond de scène. Compte tenu de ce qui se passe à l’avant-scène, on se demande s’il est bien réel. 

Euphoria – Si vous décidiez de créer une ville, elle serait comment?

David Francis –  Une ville, plutôt petite. À mon avis, 300 000 habitants devrait être la population optimale d’une ville. Elle serait très culturelle, et toutes les manifestations seraient très accessibles, à peu de frais. Multiculturelle, on y parlerait couramment plusieurs langues. Le mélange des cultures crée le plus bel art de vivre et la plus belle richesse. 

Euphoria – Quel est votre rêve de voyage?

David Francis – Définitivement le Machu Picchu, mais surtout le Mont Kaïlash, au Tibet. C’est le mont du créateur de l’univers selon les hindous, et l’axe du monde selon les Tibétains.  Plusieurs rivières y trouvent leur source. Y faire du trekking, mon activité préférée en voyage, suscite en mon for intérieur une méditation active, moteur d’un véritable pèlerinage.

Euphoria – On voit que le voyage est pour vous une véritable religion. Entièrement d’accord. Merci, David Francis.

Entrevue et rédaction: Sylvie Berthiaume

 

 

Retour