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Alburquerque

JUAN CARLOS ALBURQUERQUE


«Demandez à l’univers ce que voulez, et l’univers vous le donnera», est le propos de plusieurs théories du succès à la mode depuis quelques années…  Certains y croient, d’autres non.  Ce n’est pas le credo de notre Invité du mois… Mais, à écouter, lire et regarder le travail du photographe mexicain Juan Carlos Alburquerque, on dirait bien qu’il a trouvé le secret depuis bien longtemps, et qu’il en a profité avidement pour prendre à bras-le-corps, la planète tout entière.
 

Il est aussi la preuve incarnée que l’on peut voyager sans beaucoup d’argent, que la nécessité est la mère de la créativité, et que les voyages rehaussent notre humanisme.

L’univers de Juan Carlos Alburquerque: les gens, toujours les gens. Pas juste les autres, ses proches  aussi: il a commencé son périple seul, puis sa compagne de vie est devenue sa compagne de travail (ou vice-versa?), et maintenant, sa progéniture fait partie de l’équipée, par terre, mer et ciel. Jetons un coup d’œil sur son album de voyage et son trajet bien singulier.

Euphoria  – Quelle est la destination la plus euphorique que vous ayez visité dans le cadre d'un voyage personnel ou professionnel?

Juan Carlos Alburquerque  – Je répondrais: Projet 12. Permettez-moi d’élaborer. Quand j’ai quitté le Mexique, la première fois alors que j’étais dans la mi-vingtaine, l’excitation à l’idée de partir vers des lieux aussi lointains qu’exotiques, représentait en soi une motivation assez forte pour résoudre tous les obstacles que l’on rencontre quand on voyage avec un très petit budget. En fait, j’étais motivé au point de quitter mon emploi et de vendre ma maison… ce qui fut difficile, mais effectivement possible.

Quelques années plus tard, le fait de consacrer toutes mes économies à mon prochain voyage, n’était pas un assez gros défi. J’avais aussi besoin de me fixer et d’atteindre d’autres objectifs que le dépaysement. C’est ainsi que je suis parti, avec les économies de l’année précédente, dans différentes parties du monde : toujours avec un projet, un but, intitulé Projet 12.

Ainsi, Projet 12 est toujours le projet que nous trimballons sur la route avec nous. J’explique: l’année dernière, mon épouse et moi sommes retournés au Mexique après avoir parcouru 12 pays sur les cinq continents. Des pays très différents les uns des autres. En Europe : l’Espagne latine, méditerranéenne, catholique; le Danemark, nordique, germanique et protestant; la Hongrie, plus particulièrement sa tribu venue d’Asie qui s’est établie au centre du continent, et qui a noué des alliances pour devenir un empire. En Afrique : l’Égypte arabe et le Sénégal noir. En Asie : l’Inde hindoue, le Cambodge bouddhiste, la Chine athée et les Philippines animistes. Finalement, en Océanie : la Nouvelle-Zélande maori. Très différents, en effet.

Dans chacun de ces pays, j’ai photographié et filmé sur vidéo un enfant de 12 ans. Voici donc l’équation : 12 pays, 12 enfants de 12 ans, 12 langues. Le but? Réaliser un documentaire, une exposition de photos et un calendrier pour l’année 2012.  En entrevue, les enfants répondent à des questions faciles, comme quel est leur âge, leur couleur et leur plat préférés, leur religion, etc., ainsi qu’à des questions difficiles, comme quelles sont leurs plus grandes peurs face à l’avenir, que feraient-ils s’ils étaient des dirigeants du monde, etc. Aux entrevues filmées, s’ajoutent des photos fixes. Le documentaire est pratiquement terminé; le calendrier et l’exposition de photos itinérante suivront.

On peut aisément comprendre pourquoi la visite de tous ces pays est, globalement, une expérience euphorique et transformatrice pour  moi, à l’âge où je suis rendu. 

Euphoria – Y a-t-il un moment en particulier, une situation ou une rencontre à l'étranger que vous accepteriez de partager?

Juan Carlos Alburquerque – Oui, quand une situation insoupçonnée et imprévisible surgit de nulle part et qu’elle change l’orientation de votre vie. Huit ans après avoir quitté la Finlande, durant lesquels j’en ai passé cinq en Asie, je suis retourné, en 2000, faire une brève visite au Vittakkivi International Center, par un beau vendredi ensoleillé. Vittakkivi est une école secondaire destinée aux adultes et axée sur le folklore international, située dans le comté de Hauho, à environ 130 km au nord de Helsinki.

Mon rêve à cette époque était de traverser le continent américain du nord au sud en moto, tout en photographiant les autochtones, donc les vrais Américains. Je n’avais pas d’emploi et je cherchais un moyen de gagner l’argent nécessaire pour faire ce voyage. À ma plus grande surprise, quand je suis arrivé pour ma «courte visite», l’un des professeurs quittait son travail pour de bon. J’ai considéré cela comme un présage. Ainsi, pour la deuxième fois, je devins professeur dans cette école de folklore. Cette fois, j’étais responsable de divers séminaires d’une durée de deux mois. Par la suite, en 2000 et 2001, grâce au salaire ainsi gagné, j’ai pu traverser le continent américain en moto. 

Malheureusement, en 2007, après 50 ans de dévouement pour réaliser des échanges culturels et des travaux pour la paix, Vittakkivi a dû fermer pour des raisons d’ordre économique.

Euphoria – Racontez-nous une anecdote vécue en voyage, drôle, triste ou insolite, ou tout à la fois.

Juan Carlos Alburquerque – Une affaire de passeport.  Alors que j’enseignais à cette école de folklore international en Finlande, j’ai emmené mes étudiants présenter des spectacles dans quelques villes d’Estonie. À la fois drôle et triste, parmi le groupe de huit personnes, une seule n’a pas eu le droit d’entrer en Estonie, parce qu’elle venait d’un pays en développement : moi. Les autres personnes du groupe n’avaient pas de visa, et on ne leur a pas exigé puisqu’ils venaient d’un pays riche. Pourtant, tout aussi paradoxalement, j’étais le seul à avoir un travail et suffisamment d’argent à la banque.

Euphoria – Quel pays, ville, île ou montagne vous inspire le plus dans votre travail artistique?

Juan Carlos Alburquerque – Du plus haut sommet du monde jusqu’aux rives de Kerala, on peut tout trouver en Inde. Les gens, l’histoire, les goûts, les odeurs, les religions, tout en haute définition et en temps réel. C’est un vrai puits sans fond de stimuli. Que l’on adore ou que l’on déteste l’Inde, il n’y pas de place au milieu.

Quand j’y suis allé, on m’a dit qu’environ 80 % des Indiens vivaient à la campagne. J’avais donc besoin d’un véhicule pour sortir des villes et pour arrêter n’importe où. J’ai acheté une moto, une glorieuse Enfield Bullet, à Pondichéry, et je suis parti zigzaguer pour me rendre à Katmandou. Ensuite, je suis allé à Jammu, puis je suis retourné à Bengal Bay Calcutta (aujourd’hui Kolkata), via le Népal. J’ai vu tant de lieux, tant de gens, mais les jours tranquilles à Varanasi m’ont vraiment relevé l’esprit, le moral et la forme physique.

Euphoria – Que recherchez-vous quand vous voyagez pour le plaisir ou le repos?

Juan Carlos Alburquerque – Les gens.  Il y a déjà longtemps que j’ai atteint mon quota d’églises, de musées, de villes et de villages. L’évolution et les gens sont toujours les pierres d’assise de mes voyages.

Euphoria – À quelle autre expérience de voyage rêvez-vous pour l'avenir?

Juan Carlos Alburquerque – Maintenant que j’ai fondé une famille, le tour de l’Amérique du Sud en vieux van revient souvent dans les conversations à table. Nous attendons donc le prochain présage, le prochain miracle qui nous procurera les moyens financiers pour réaliser ce rêve.

J’estime que l’Amérique du Sud est une autre terre fertile pour faire surgir les images, les histoires et les expériences propices pour notre travail créatif, en tant que famille et équipe.

Le meilleur voyage? Le prochain, bien sûr!

Merci M. Alburquerque de nous donner des ailes et l’envie de créer, à notre tour, des projets de voyage fructueux.

Surtout, merci pour vos sublimes photos, que l’on peut voir sur votre site Web :

www.juancarlosalburquerque.com

Entrevue et rédaction: Sylvie Berthiaume


D'Alexandria, Egypte Mundo


De Hameennlinna, Finlande Mundo


De Kutch, Inde Mundo 

 

 

 

 

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