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Marilyn Lightstone

 

MARILYN LIGHTSTONE


Son regard, sa voix et son sourire irradient la lumière. Comme si elle reflétait celle des nombreux projecteurs qui se sont posés sur elle au fil des ans. 
 
 

Tout en éprouvant beaucoup d’admiration pour Marilyn Lightstone, notre invitée du mois, une importante question se pose devant ses multiples talents d’actrice de cinéma/télévision/théâtre, d’auteure de romans/scénarios/chansons, de peintre abstraite/réaliste, de photographe, de chanteuse, et d’animatrice de radio la nuit… : tout ce rayonnement qui confirme son nom prédestiné viendrait-il d’une conjoncture astrale inconnue, qui lui procure le don de vivre plus que 24 heures par jour, plus que 7 jours par semaine et plus que 365 jours par année? 

De surcroît, elle n’est pas que très occupée : elle brille parmi les plus grands, comme en témoignent les nombreuses récompenses canadiennes et américaines qui lui ont été attribuées pour l’excellence de ses prestations dans des œuvres fort connues, comme «Lies my father told me», «In praise of older women», «The tin flute», «Ann of green gables», et «Road to Avonlea», pour ne nommer que celles-là.  

Et, comme si ce n’était pas assez: elle est la parfaite globe-trotter! 

Oserions-nous dire qu’il manque une seule flèche à son arc, qui marierait fort bien ses talents et intérêts : un livre/disque de recettes du monde entier! Si elle s’y mettait, nous pourrions être certains que ce serait un grand succès, comme tout ce à quoi elle touche! 

Mais avant, savourons le privilège qu’elle nous offre par ce bref résumé de ses voyages les plus euphoriques. 

Marilyn Lightstone – Dès que j’ai accepté d’écrire cet article, j’ai réalisé pour la première fois que mes expériences de voyage avaient beaucoup évolué. Par exemple, tandis que mes amis étudiants à l’Université McGill partaient pour l’Europe, j’étais en train d’apprendre à devenir une actrice à l’École nationale de théâtre à Montréal. Ce n’est qu’après quelques années à pratiquer le métier d’actrice que j’ai enfin réussi, seule, le rite de passage aux voyages, grâce à une bourse du Conseil des arts du Canada.

Euphoria – Parlez-nous de votre première Grande Tournée. 

Marilyn Lightstone – Oui, la Tour de Londres et le British Museum; la Seine et les pâtisseries françaises; puis l’Italie et la Grèce, jusqu’en Israël, où je me suis jointe à un groupe de journalistes canadiens (incluant mon amoureux). Je me souviens être allée dans des camps de l’armée et m’être trouvée en face de soldats en Égypte. 

Je me rappelle aussi les dunes de sable du désert de Negev et ma rencontre avec le vénérable Ben Gurion dans son modeste appartement du kibboutz. Et oui, c’est vrai, mon grand-père paternel lui ressemblait beaucoup.

C’était probablement la dernière fois où j’ai dû être extrêmement prudente, financièrement parlant, durant un voyage, mais je ressens encore la magnifique sensation que j’ai éprouvé à l’effet d’en en être capable.

Euphoria – Avez-vous vécu une période Centres de villégiature

Marilyn Lightstone  – Je crois que la prochaine étape fut effectivement les «resorts». Comme je n’avais jamais eu auparavant l’occasion, ni les moyens financiers, de me prélasser sur des plages et de dormir dans un bungalow sur le sable, c’était amusant et frivole, mais surtout une façon supposément efficace pour se reposer du travail – quoique, à cette époque, mon «travail» était celui d’actrice, et je ne m’en fatiguais jamais.

On se payait habituellement des gâteries comme des billes d’ivoire (aujourd’hui interdites) de Tahiti, ou un huarape, du Yucatan. Personne n’en avait réellement besoin, mais c’était tellement agréable de répondre aux compliments au retour par : «Oh!, merci. Je l’ai rapporté de……(choisissez le nom du pays).»

Euphoria – Vous avez sans doute beaucoup voyagé dans le cadre de votre métier d'actrice. 

Marilyn Lightstone – À une occasion, j’ai participé au Festival du film de Moscou, où le film «Bonheur d’occasion» était présenté, et je dois avouer que j’ai été particulièrement excitée de manger des canapés et de boire des cocktails au Kremlin durant les vieux mauvais jours de l’Union Soviétique.

J’aime toujours raconter la fois où notre agent des ventes, Maurice, et moi, avons décidé de passer une nuit blanche, après un dernier verre au Press Club, le principal lieu de rencontre des étrangers dans une ville où il n’y avait strictement «niet» à faire après les heures de fermeture.

Notre hôtel était un véritable trou, mais la gardienne d’étage (alias espionne) savait que Maurice était une bête de fête. Elle louait sa chambre à des couples amoureux qui, autrement, n’auraient eu nul autre endroit où aller pour s’embrasser et s’enlacer. Maurice était une belle âme qui ne l’aurait jamais dénoncée, mais elle a vu qu’il avait découvert son astuce, elle s’est jetée à ses pieds, pleurant et le suppliant de n’en rien dire. Et au petit matin du départ, elle lui a offert des chocolats et du champagne de Géorgie.

Un autre voyage du genre s’est déroulé en Chine. Comme nous avions déjà présenté plusieurs films chinois au Canada, nous avions été invités à y présenter nos productions dans quelques salles de cinéma, devant des centaines de travailleurs d’usines amenés par autobus pour s’assurer de remplir la salle. Parlant d’auditoires captifs!

Nous avons visité Beijing, Xian et Chengdu. Il restait déjà très peu du Vieux Pékin, il y a trente ans, et des gratte-ciels avaient commencé à s’ériger. L’un de mes souvenirs les plus vifs de Chengdu est d’avoir déjeuné dans un restaurant où les plats avaient été préparés avec les différentes substances en vente dans la pharmacie chinoise de l’étage inférieur. Pas facile à ingérer et digérer, même pour un estomac aventureux comme le mien.

Durant des années, je me suis promenée avec un passeport aspergé de Mai Tai parce que, lorsque nous avons quitté une salle de banquet où on nous avait amené dès notre arrivée, un dignitaire/fonctionnaire m’en a remis fermement une bouteille avant de quitter. Comme le seau n’était pas réellement étanche, la bouteille s’est vidée dans mon sac de voyage. Cette odeur sucrée étant tenace, les officiers des douanes en ont senti les effluves et m’ont gratifié de regards suspects durant des années.

Il y a aussi cette fois où j’ai pris un vol de Cannes à Israël, dans un avion six-places, piloté par mon amoureux et son partenaire. Alors que nous survolions l’Albanie, qui était à l’époque l’un des grands trésors bien gardés de l’Union Soviétique, je me souviens m’être dit : « Si notre destin est de s’écraser… S’il-vous-plaît! Que ce ne soit pas maintenant…»

Mon ami et moi sommes de plus arrivés au Caire par l’un des premiers voyages permis à quiconque voyageait avec une estampe israélienne dans son passeport. Il n’y avait pas de vol direct, alors nous sommes partis d’Athènes.

Je n’oublierai jamais la vue d’un aéroport vide le matin de notre arrivée, les regards inquisiteurs des agents des douanes, l’autoroute déserte qui menait à la ville, quand nous avons quitté cet aéroport, l’autoroute bordée de gigantesques panneaux quand la route commençait à peine à se remplir de gens sur des wagons ou sur des ânes transportant leurs produits de la ferme vers la ville.

Euphoria – Avez-vous été directement inspirée par vos voyages?

Marilyn Lightstone  – D’autres phases d’évolution ont impliqué des ateliers de peinture en Italie et en France, ainsi qu’une fascination pour l’Inde (cinq voyages en sept ans). Puis, il y a eu ces voyages de randonnée pédestre: la douce expérience de tomber en amour avec le paysage bucolique, un pas à la fois. Le district du lac anglais au printemps, avec ses primevères, ses jacinthes et son ail sauvage. L’Irlande du Nord et l’île de Mans; l’Algarve; l’Angleterre, de la Mer d’Irlande à la Mer du Nord; Cinque Terre… 

Euphoria – Et le Canada, votre terre natale? Vous l'avez beaucoup parcouru aussi?

Marilyn Lightstone  – La plus récente phase de mon évolution comporte le désir de voir d’avantage de mon propre pays. Partout où je suis allée sur la planète, la profondeur de mon affection pour la terre qui m’a vue naître a été confirmée. Il y a eu des fois où j’avais un urgent besoin de rentrer chez moi, de tomber à genou et d’embrasser le sol, comme le faisait le Pape Jean XXIII.

Durant l’année de l’Expo 67, j’étais une jeune membre de la compagnie de théâtre du Festival de Stratford. Pour souligner l’événement, la compagnie a décidé de faire une tournée d’un océan à l’autre. C’est là que j’ai découvert que la glace noire sur laquelle nous glissions à Calgary, pouvait se transformer en crocus sur l’île de Vancouver, et ce, en quelques heures à peine. Je me rappelle aussi la joie et l’empressement avec lesquels, sous un ciel super bleu et pouffant de nuages blancs, tous les membres de la compagnie ont enlevé leurs manteaux de peaux de mouton et tout leur appareillage d’hiver, en montant à bord du ferry nous amenant de la terre ferme à l’île de Vancouver.

Néanmoins, le voyage fut en quelque sorte un tourbillon. Nous n’avions pas le temps de voir ou d’expérimenter grand-chose entre les répétitions et les représentations. Je me suis donc promis d’y retourner.

Ce que j’ai fait. J’ai traversé de long et en large Terre-Neuve et le Labrador; j’ai navigué dans les îles mystiques de Haida Gwaii; j’ai vu le retour du Soleil à Igloolik au Nunavut; j’ai apprécié les violoneux de Bedeque, au Nouveau-Brunswick.

L’été dernier, je me suis vraiment payé la traite. D’abord une visite aux fameux Jardins de Métis et Cabot, le long des rives du fleuve Saint-Laurent, ainsi qu’un voyage dans la ville de Québec où, parmi plusieurs trésors, j’ai trouvé un béret de laine, fait au Canada, exactement de la même couleur que le poncho de cachemire que j’ai acheté en Mongolie il y a trois ans!

Une semaine plus tard, j’allais rencontrer à Calgary mon jeune frère, qui a quatorze ans de moins que moi, pour amorcer une ballade jusqu’aux Rocheuses. Sharon, l’épouse de mon frère Lester, devait être du voyage. C’est d’ailleurs elle qui avait organisé notre itinéraire à travers l’autoroute Thompson, les champs de glace, et la montée en tramway au sommet de la Kicking Horse Mountain. Mais des préoccupations parentales l’ont retenue à Calgary, et j’ai eu mon petit frère à moi toute seule. Très particulier! Et le paysage a comblé mes plus grandes attentes, même plus. 

Euphoria – De quelle destination future rêvez-vous présentement?

Marilyn Lightstone  – Je n’en suis pas très sûre… J’aimerais retourner à l’Île-du Prince-Édouard où, il y a plusieurs années, j’ai passé deux saisons au Festival du théâtre de Charlottetown. Peut-être vais-je accepter l’invitation de mon cousin à passer quelques jours à sa maison coloniale de Lunenburg, en Nouvelle-Écosse.

Comme plusieurs autres amis, je recherche «le vrai de vrai», ces temps-ci, et je suis prête à aller loin pour le trouver. C’est avec joie, que j’ai le sentiment qu’il y en a plein et qu’il se trouve juste à côté…

Merci Madame Lightstone, vous nous avez fait faire tout un périple, tout en nous ramenant à la source.

On peut voir la panoplie des merveilleuses réalisations de l’artiste complète qu’est Marilyn Lightstone sur son site: www.marilynlightstone.com

Et on peut entendre sa chaude voix, tard le soir et au début de la nuit, à l’émission de musique classique «Nocturne», sur les ondes du 96,3 FM, de Toronto, ou à partir de son site web.

Darjeeling, Inde

Birmanie

Une offrande à Bali

Cappadocia, Italie

Venise - Atelier de masques

Colombie-Britannique

Terre-Neuve

Haida Gwaii - M. Lightstone-mixed media

Mongolie

Crédits photos: Marilyn Lightstone

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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