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Helene Tremblay

HÉLÈNE TREMBLAY
Reconnue par l'UNESCO comme Activité de la Décennie pour la Culture de la Paix, l'oeuvre de Hélène Tremblay fait rêver, admirer, réfléchir des centaines de milliers de personnes de par le monde.

Au cours des trente dernières années, Madame Tremblay a rencontré, observé et photographié des familles vivant dans 116 pays. Elle en parle dans sa collection «Familles du monde», distribuée dans 4 pays, et dans le cadre de ses conférences intitulées «Voyage au cœur de l’Humanité», lesquelles ont déjà touché plus de 100 000 personnes dans 9 pays et les étudiants d’écoles internationales localisées dans 8 pays.

Ses fabuleuses photos parlantes, on a pu les voir en exposition au Secrétariat des Nations Unies à New York, ainsi qu’en France, en Allemagne, à Puerto Rico et à Abu Dhabi.

De retour au Canada, voilà un repos bien mérité pour Hélène Tremblay? Allons donc ! Elle s’apprête à retourner, si possible dans tous les pays qu’elle a visités, pour retrouver les familles qu’elle a déjà rencontrées, pour voir où elles en sont dans leur vie… !

Présenter l’Humanité à l’Humanité… Quelle folie ! Quelle utopie devenue réalité ! Quelle euphorie !

Euphoria  – Quelle destination a constitué pour vous un voyage personnel vraiment euphorique?

Hélène Tremblay  – Je crois que c’est lors d’un safari avec les frères Shoeman sur la «Skeleton Coast» en Namibie. Près de dix ans plus tard, il m’est possible encore de ressentir les émotions et les sensations vécues.

Les frères Shoeman ont grandi dans le désert de Namib. La Skelton Coast était alors une pourvoirie - une réserve naturelle - qui était entretenue et protégée par leur père et dont le contrat était octroyé par l’Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid. C’est un des plus vieux déserts du monde, une région unique que l’on ne peut atteindre qu’en avion, où plantes, animaux et tribus isolées vivent de grandes variations de climat.

Les quatre frères ont appris la langue des autochtones, ont joué avec eux, et ils connaissent la côte comme la paume de leur main, ainsi que la flore et la faune comme si c’est eux qui les avaient mis en place.

Nous étions deux avions de 5 passagers. Deux touristes étaient en retard et nous avons dû faire une escale du petit aéroport au grand aéroport international. Notre pilote était le plus jeune des frères - 29 ans je crois qu’il avait lors de ce voyage. En atterrissant sur la large piste qui pouvait accueillir des 747, il était tout nerveux et nous a déclaré qu’il n’aimait pas du tout atterrir là. Il n’y avait rien de réconfortant dans cette affirmation.

Nous sommes repartis et 30 minutes plus tard, notre guide et pilote, en posant l’avion sur la plage nous déclare «ça je préfère». Deux 4 x 4 nous attendaient. L’aventure commençait. Les sensations fortes et l’euphorie de tout ce nous allions découvrir en jouant dans les dunes, en marchant dans le désert de roches, en découvrant des plantes vieilles de 700 ans. C’est surtout comment ils allaient nous faire découvrir cela qui était original.

Je ne crois pas avoir eu autant d’émotions fortes en une si courte période.

Ils connaissaient tellement le désert que parfois nous devions voler à 3 mètres de hauteur. Nous avons été «yeux dans les yeux» avec une girafe alors que nous étions en avion. Il était devenu «normal» de voler à la hauteur des vagues sur la mer, plus bas que les montagnes du désert, de descendre en 4 x 4, des dunes aux angles limites de la gravité. Une fois les aventures vécues, on voyait qu’ils étaient prudents, mais seulement après. Nous finissions la journée épuisés de rire, de crier, de retenir notre souffle, d’avoir eu peur et d’avoir entendu notre coeur battre si fort.
L’euphorie, c’était cette impression de vivre une expérience complètement hors de portée de la vie «ordinaire», et on sait que ma vie n’était pas ordinaire.

Il ne semblait y avoir aucune loi nous empêchant de voir, à la façon inventée par nos guides, ces paysages magnifiques qui avaient l’air d’une autre planète. J’ai eu l’impression, à un endroit particulier, de vivre le début du monde et d’entendre le bruit qu’a dû faire la Terre lors de la séparation des continents. On retrouve dans ce désert des pierres que l’on retrouve seulement au Brésil. L’arrêt touristique auprès des autochtones, me rend, comme à chaque fois un peu mal à l’aise. Je vais vivre avec les gens, je n’ai pas l’habitude d’aller les regarder comme on regarde une vitrine ou un musée.

Euphoria  – Quel voyage, dans le cadre de votre travail actuel ou passé, s'est avéré le plus marquant?           

Hélène Tremblay – Il y a eu tant de voyages marquants, du premier à 19 ans au dernier en Palestine. Lequel des deux ? Lequel des nombreux départs entre les deux ?

Le premier à certainement été marquant. Il a duré 4 ans. La vie me formait en Allemagne, en Turquie, à Paris et à Londres, tout cela pas trop longtemps après ma sortie des forêts canadiennes. Quand j’y repense, c’était comme naître une deuxième fois et ouvrir les yeux pour vrai cette fois.

Le deuxième départ vers Paris pour une autre période de 4 ans pour un espace plus professionnel. C’était le temps entre 28 et 33 ans où les décisions que l’on prend sont marquantes pour toute la vie.

Le trek au Népal en 1981. J’étais seule avec un guide et deux porteurs sur un sentier qui leur était aussi inconnu qu’à moi. Silence, ils ne connaissaient pas l’anglais. Ce fut à 3 500 mètres d’altitude, contemplant la chaîne des Himalayas, que j’ai su que je pouvais et que j’avais ce qu’il fallait pour tout quitter et réaliser ce projet qui était encore dans mon coeur et que personne ne connaissait encore. C’est là-haut sur le toît du monde, que j’ai pris alors la décision que j’allais partir vivre dans une famille dans tous les pays du monde.

Je me suis dit alors qu’à la fin de tout, j’aimerais refaire cette marche de 10 jours afin de faire une conclusion. Je croyais à l’époque que cela serait 6 années plus tard, mais je n’ai pas oublié cette promesse que je me suis faite.

Puis, il me semble que traverser chaque frontière a été un moment marquant. Je suis toujours fascinée, comment, juste traverser une ligne sur la Terre peut nous apporter tant de différences. Que cela soit l’habit, la façon de cuire un mets, la musique. Chaque pays veut souligner sa différence et quand on traverse les différences d’un continent tout entier, chaque frontière nous marque. Je voudrais que le monde n’ai pas de frontière, en même temps je les aime à cause de la diversité qu’elles apportent. Saurons-nous un jour vivre les deux ?

Le dernier voyage a laissé une marque au fond de mon coeur qui ne pourra plus s’effacer. Je ne sais pas ce que c’est que de se lever et de partir après avoir visité quelqu’un en prison, mais en quittant la Palestine, c’est un peu l’image qui m’est venue. Le pays entier est une prison et je ne peux pas penser à «ma» famille là-bas, sans être inquiète. Ont-il été chassés de leur maison? Qu’est-il arrivé au jeune homme de 15 ans ? Comment a-t-il vécu sa frustration?

Euphoria – Parlez-nous d’expériences extraordinaires qui se sont déroulées à l’étranger.

Hélène Tremblay – Le mot extraordinaire est-il de mise quand on se retrouve au début d’une guerre tribale dans les montagnes de Papouasie-Nouvelle Guinée et que seulement deux personnes au monde savent où vous êtes ? Ce qu’il y avait d’étonnant, c’était un certain calme. La guerre étant l’activité des hommes, la vie pouvait continuer. Je pouvais dormir comme on m’a dit, mais je ne le savais pas. Je n’ai pas trop dormi pendant ce séjour.

Haïti. Est-ce extraordinaire que d’aller de hutte en hutte dans un bidonville où les gens sont en train de mourir sous vos yeux ? Ce qu’il y avait d’étonnant, c’était l’accueil et le plaisir de me laisser voir si généreusement leur si grande misère.

Est-ce extraordinaire, quand, au Soudan, dans l’avion du Programme Alimentaire Mondial, où l’on m’avait attachée, j’ai vu le train de nourriture glisser vers un terrain vague et rejoindre des gens affamés et isolés du monde au Sud Soudan ? Ce qu’Il y avait d’étonnant, c’est que pendant que sous nos pieds, viols de femmes, tueries, réfugiés était le lot, tous les membres de l’équipage de l’avion qui me conduisait au centre du pays, venait des Philippines et la conversation n’était que de ce pays. Comme je connaissais leur pays, pendant tout le voyage, j’ai eu l’impression d’être là-bas avec leurs familles. Ils travaillent tous pour payer les études de leurs enfants. Ce qui se passait sous nous devenait abstrait.

Il arrive un moment quand on connaît l’Humanité, que l’extraordinaire ou l’étonnant, c’est l’être humain lui-même et sa capacité à s’adapter à toutes les situations. C’est devant une vie de misère, le sourire d’une personne qui devient incompréhensible et illumine le moment. Le sourire d’une fillette de 10 ans avec son bébé sur la hanche. C’est le courage et la générosité d’une mère ou d'un père qui donne tout de sa vie pour que celle de ses enfants change pour le meilleur.

L’extraordinaire a été l’accueil. Ce fut de dormir sur la natte avec toute la famille à Tonga, et tous ensemble comme des chiots, à Samoa Occidentale. L’extraordinaire a été la complicité silencieuse avec certains membres de mes familles. C’est merveilleux, et oui c’est extraordinaire, de communiquer et de tout se dire sans pouvoir se parler.

Euphoria – Que recherchez-vous la plupart du temps lorsqu'il s'agit d'un voyage d'évasion et de repos ?

Hélène Tremblay – Après deux mois sur la route, je prenais une semaine pour moi. À ce moment, j’avais l’impression que dormir par terre, de vivre pieds nus, de manger avec mes mains, de passer la journée aux champs, de marcher 3 heures par jour, d’aller dans des latrines nauséabondes, que tout cela était normal. C’est le temps qu’il me fallait pour faire partie du tableau et de n’être surprise de rien. Alors, il me fallait un arrêt.

Tout dépend des derniers deux mois. S’ils ont été difficiles, je m’offre un peu de luxe. Une belle chambre avec vue - direction ouest et coucher de soleil. C’est l’heure que j’aime pour faire le point, prendre des notes, lire, rêver. Un endroit où j’essaie d’être seule et de ne pas avoir à répondre à la question : «que faites-vous» ? Car y répondre, c’est s’aventurer dans de grandes discussions et mon besoin de solitude et de silence est grand. Ce temps fait partie de mes voyages d’évasion.

Quand la vie n’était pas trop difficile, je cherche des plages plus occupées par les voyageurs vagabonds, décrocheurs si on peut dire. J’y ai rencontré des avocats, des professionnels qui avaient besoin de laisser aller les conventions de leur métier, besoin de faire le point, de plages plus lointaines, de huttes au bord de la plage. Je cherche la hutte la plus confortable tout de même.

Je peux dormir partout. Il est l’heure de dormir. Je m’allonge et je dors. Plumes ou béton sous moi m’importent peu. Je n’aime pas les puces de lit et si le confort est disponible et si j’ai le choix, je le choisis sourire aux lèvres. Je ne suis pas «sac à dos». Il y avait déjà mes appareils de photographie et l’obligatoire quotidien qui fait autour de 12 kilos. J’ai appris rapidement que mon premier employé était mon dos et qu’il avait besoin de soins, si je voulais me rendre au bout de mon aventure. Si quelqu’un court pour m’aider à porter mes valises, je ne dis jamais non. J’ai été surprise quand j’ai voulu visiter les familles d’Europe en train. Il y a trop d’escaliers. J’ai vite renoncé par manque de service de porteurs. J’ai acheté une voiture - avec 8 haut-parleurs. J’ai chanté mon chemin jusqu’au Tatarstan.

Je suis plus une voyageuse du style «Out of Africa». Toujours prête à aller au bal de la Reine et à marcher avec les moutons dans les montages. J’aime aller de l’un à l’autre, car les deux participent et complètent ma connaissance du monde. Je suis l’un et l’autre et je ne voudrais être, ni prisonnière de l’un, ni de l’autre. J’aimerais un jour travailler avec un couturier ou une couturière pour réaliser la «petite» valise de l’aventurière parfaite. Je dirais que tout commence avec les souliers.

Depuis mon retour au Québec, j’ai pris peu de vacances. Partir pour partir ne me vient pas en tête. En plus, j’ai un jardin avec rivière et une chute, qui est un lieu de vacance en soi ,et la chambre avec vue est des plus satisfaisantes.

J’aime la route. Elle me manque actuellement. Comme un besoin fondamental qui vient du plus profond de mon être. Juste le fait d’être seule sur la route et de voir le paysage passer me donne ce sentiment de jeunesse, de liberté, de découverte. Cet été, je suis allée à Chibougamau pour une fête de famille. J’ai pris les 1 500 kilomètres avec la même satisfaction que quand l’on prend une bière après l’effort. J’ai dormi dans mon char sur cette route de solitaires. En plus, je suis vraiment une fille du Nord. J’aime le ciel du Nord. Il semble avoir plus de facilité à éveiller ma poésie.

J’ai visité tous les pays des Amériques en autobus et un peu en train. Quand la route peut m’y conduire, je la préfère aux avions. Mon être a besoin de grands horizons. Le bord de mer a fait sa place dans le coeur de la fille de la forêt. Après avoir vécu tant de mois dans les Caraïbes et dans les îles du Pacifique, le besoin de voir loin est né. Regarder l’horizon facilite tant le voyage de la pensée vers ceux que l’on connait au loin. Mon horizon est rempli de tout le monde.

Euphoria – Quel voyage rêvez-vous de faire?

Hélène Tremblay – Actuellement, j’ai deux rêves. Poursuivre et revoir. Poursuivre vers les destinations encore non visitées dans le cadre de la collection Familles du Monde. J’ai visité des familles dans 116 pays. Il y avait 159 pays sur ma liste quand j’ai commencé. Je voudrais terminer cette tournée. Il y a l’Inde et l’Asie Centrale, et aller vers les familles affectées par la guerre. Cela qui demande un soutien plus important et une organisation plus structurée que mes voyages précédents.

Je veux aussi revoir. Re-visiter certaines familles. Cette année, cela fera 30 ans que j’ai visité ma première famille en Bolivie. «Que sont-elles devenues?», est une question qui devient de plus en plus présente dans ma vie. Je me la pose et aussi ceux à qui je m’adresse en conférence.

Nous voulons savoir comment le temps, les communications, le raz-de-marée de la modernité, de capitalistes, du matériel, la mort ou l’expansion des religions ont eu un effet sur la vie de «mes» familles. Pour ce projet, je veux mettre en place un système, une méthode de recherche et de travail afin de produire du web-tv et des produits interactifs destinés au IPAD et aux tableaux blancs utilisés en éducation. Je veux ainsi permettre à de jeunes équipes d’aller un jour bientôt, visiter les membres de «mes» familles, sans moi et de nous faire part de l’évolution «humaine. » Je ne me fais pas d’illusion, je ne peux pas tout faire. Je peux toutefois permettre à d’autres cette belle aventure qui est de découvrir ceux avec qui nous partageons la planète et aussi de poursuivre la mission de présenter l’Humanité à l’Humanité.

Je me dis que quand ces deux rêves seront en route, je pourrai dire «accomplis», et alors je pourrai peut-être aller voir la Terre. Ces endroits grandioses que la Terre nous offre en spectacle. Il est facile d’aimer la Terre.

Aimer l’Humanité demande d’être inspiré. J’aime faire la promotion du «Big Bang» de la conscience humaine. Je crois que la survie de toute l’Humanité en dépend.


Merci Madame Tremblay, rares sont les personnes qui donnent autant envie de s’ouvrir au monde, au singulier comme au pluriel, ici comme à l’étranger.


Pour en savoir plus sur les projets et les conférences de Madame Hélène Tremblay :

www.espacehumain.com
www.skeletoncoastsafaris.com

Entrevue et rédaction: Sylvie Berthiaume

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