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Chan Cham Perou

Le Pérou hors des sentiers battus  -  Au Pérou, l’émerveillement ne s’arrête pas au Machu Picchu, aux Lignes de Nazca et au Lac Titicaca. D’ailleurs, nous avons déjà couvert ces lieux incontournables et hyper-fréquentés dans une Euphorie précédente.

Pourvu que vous poussiez plus au nord du pays, le long de la côte du Pacifique, tout en suivant la Cordillère des Andes, vous y ferez des découvertes étonnantes et beaucoup plus inédites.

Étonnantes par les traces des civilisations précolombiennes qui ont précédé les Incas, et se sont succédées avant l’arrivée des Espagnols.

Étonnantes donc, par la qualité des sites archéologiques que l’on ne cesse de découvrir avec émerveillement. On revendique d’ailleurs ici la découverte des plus importants sites archéologiques des dernières années.

Imaginez, des archéologues au travail minutieux avec brosses et pinceaux nous montrant fièrement le Temple de la Lune qu’ils sont en train de littéralement déterrer sous une montagne géante de sable, pointant vers une autre montagne de sable, encore plus grande, en nous disant qu’il s’agit du Temple du Soleil!

Laissez-moi vous guider dans cette partie du Pérou que peu de touristes sillonnent encore à ce jour. Et c’est tant mieux, car nous serons souvent seuls sur ces sites magnifiques et dans ces musées qui feraient rêver bien des conservateurs d’art d’Amérique du Nord et d’Europe.

Région de la liberté  

Commençons notre périple à Trujillo, ville fondée en 1534 par de nobles Espagnols venant du pays basque, et dédiée à Francisco Pizarro.

Située dans la vallée du fleuve Moche sur une côte parsemée d’oasis au nord de Lima, la ville de style Renaissance marie plusieurs autres styles architecturaux : le style colonial, adopté après l’Indépendance et un style néo-classique, plus républicain. Trujillo fut d’ailleurs la première ville à proclamer l’indépendance du Pérou, avant sa déclaration officielle en juillet 1821, ce qui a valu à ce coin du Pérou le titre de « Région de la liberté ».

Troisième ville du Pérou, c’est la « ville du printemps éternel », car elle jouit d’un climat tempéré toute l’année. D’ailleurs, pendant notre périple qui a duré plus de 25 jours au Pérou, nous n’aurons vu ni nuages ni pluie … sauf au Machu Picchu!

C’est aussi la capitale du célèbre Paso péruvien, ce cheval de petite taille connu pour la douceur de ses mouvements. Il est si gracieux qu’il donne l’impression de danser. Il faut le voir rivaliser avec une danseuse de Marinera, danse typique de la région. Et tant qu’à faire, osons danser avec eux, ce que nous avons bravement fait!

Sur les traces de la civilisation Chimú

Mais ce qui nous amène ici, ce sont surtout les sites archéologiques de la civilisation Chimú, apparue vers l’an 900 de notre ère et qui dura jusqu’en 1470, alors que les Incas conquirent et annexèrent le royaume de Chimor.

Nous débuterons par Chan Chan, située à 5 km de Trujillo, qui fut la capitale de l’empire et nous permet d’admirer les dernières traces de cette civilisation.

L’immense site qui couvre une vingtaine de kilomètres carrés, fut conquis par les Incas en 1460 et abandonné avant l’arrivée des Espagnols. Cette cité de terre, construite en adobe (argile séchée au soleil et mélangée avec de la paille, dont on fait des briques dites "briques crues"), est composée de citadelles ou palais rectangulaires aux hautes murailles.

On dit que la ville desservait environ 100 000 habitants, ce qui en faisait la plus importante de l’Amérique précolombienne. Elle est aujourd’hui inscrite sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Chan Chan est essentiellement un immense lieu de culte, ce qui explique les nombreuses salles de cérémonie, chambres mortuaires, temples et autels dédiés aux sacrifices ainsi que les immenses réservoirs destinés à conserver les offrandes nécessaires aux cérémonies.

Ici, le culte à la Lune, appelé Si, occupe une place importante. Contrairement aux Incas, les Chimú considéraient la Lune comme une divinité plus puissante que le Soleil, car visible pendant le jour et la nuit.

Ses murailles sont gravées de représentations réalistes ou stylisées, de poissons, de pélicans, de filets de pêche. Il est clair que les Chimú ont une préférence pour les motifs maritimes, qui s’explique probablement par la proximité de l’océan Pacifique.

Arc-en-ciel ou dragon

Un peu plus loin, nous ferons un court arrêt au site Huaca del dragon ou Arco Iris, site beaucoup plus modeste, dédié à la fertilité marine. Ici encore, d’immenses murailles en adobe couvertes de représentations maritimes qui contiennent salles de cérémonies et immenses salles d’entreposage pour les offrandes. Le tout dans un état de conservation remarquable.

Temple de la lune et du Soleil

Remontons un peu dans le temps pour découvrir les somptueux vestiges de Las Huacas del Sol y de la Luna (Temple du Soleil et Temple de la Lune), deux monuments spectaculaires, reliés par une trame urbaine qui formaient la capitale de l’État Moche, et qui couvrait à peu près 250 acres au pied du Cerro Blanco (Montagne Blanche), une imposante pyramide naturelle qui domine la vallée de la rivière Moche.

Le Temple de la Lune présente d’impressionnantes murailles couvertes de superbes peintures où les tons de rouge et de jaune prédominent, et où les archéologues s’activent encore à découvrir les trésors.

La monumentale place cérémoniale du temple donne sur un gigantesque mur entièrement peint de reliefs iconographiques alternant serpents, rapaces, dieux des montagnes, pêcheurs, araignées, guerriers et prisonniers, avec de multiples références à des sacrifices humains.

Quant au Temple du Soleil qui, selon les archéologues servait de centre politique et administratif, il faut encore l’imaginer, car il ressemble plus à un énorme monticule de sable. Sable dont il fut recouvert pour le protéger des pilleurs de tombes, jusqu’au moment où on pourra enfin déterrer les trésors qu’il renferme.

On estime qu’il aura fallu 140 millions de briques d’adobe pour ériger cette pyramide tronquée qui mesurait à l’origine 30 mètres de haut par 345 mètres de long et 160 mètres de large. Vous arrivez à imaginer? Donc, encore beaucoup de travail et de découvertes à l’horizon…

Mais il est intéressant de noter que ce vaste chantier n’aurait pas été possible sans la complicité de la … bière locale. En effet, la brasserie Pilsen Trujillo est le commanditaire majeur de cette vaste entreprise historique et il faut lui lever notre chapeau, ou notre verre…!

Tout à côté, le musée Huaca de la Luna, de Moche, renferme de nombreux objets et de magnifiques céramiques aux tons de terre, de jaune et de rouge placés dans les tombeaux comme offrandes et découverts dans le Temple de la Lune pendant les fouilles. Il nous permet de retracer l’histoire de cette civilisation qui a vécu entre l’an 100 et l’an 700 de notre ère, et dont l’économie était basée sur une combinaison intelligente des ressources naturelles de la région.

Et la mer, toujours la mer!

Continuons sous le thème de la mer, et dirigeons-nous vers Huanchaco, petite station balnéaire à 15 km de Trujillo, en plein désert côtier, où l’on pourra admirer les bien nommées Caballitos de Totora (petits chevaux de roseaux), ces frêles embarcations faites de jonc utilisées par les pêcheurs locaux.

Comment arrivent-ils à braver les rouleaux à bord de si frêles esquifs, c’est assurément tout un art! Ils rivalisent d’ailleurs avec les nombreux surfers, car Huanchaco est un haut-lieu du surf où se retrouvent jeunes routards et mordus de ce sport, tant sur la plage que dans les bars colorés qui la bordent.

Ici, on goûte au Ceviche (poisson et fruits de mer marinés dans du jus de citron vert), au Cabrito (chevreau) et au fameux gâteau King Kong, sucré au dulce de leche : un peu décadent!

Bien avant les Incas…

Nous sommes maintenant à 330 kilomètres au Nord-Ouest de Lima et nous pouvons presque entendre le bruit des vagues qui se brisent sur les plages de sable du Pacifique.

Nous continuons notre remontée de l’histoire en arrivant à Sechin, qui constitue un lieu de prédilection pour les archéologues venus fouiller ses vestiges et exhumer des trésors qui remontent à 5 500 ans, bien avant les civilisations Moche, Chimú et Inca.

Ces archéologues estiment que Sechin constituait un centre politique et religieux d’une culture dont l’apogée se serait située entre 2 000 et 1 000 ans av J.-C., ce qui ferait de cette côte du Pacifique l’un des foyers culturels les plus anciens connus à ce jour.

Enfouis sous le sable, ce que l’on pourrait prendre pour d’immenses dunes, ces temples, palais et cités ont été exhumés petit à petit. Situés à deux kilomètres les uns des autres, trois sites renfermant des constructions monumentales sont aujourd’hui libres de leur gaine de sable: Sechin Alto, Cerro Sechin et Sechin Bajo.

Entre dunes en vallées

Tout au long de cette côte, le paysage ne cesse de changer, alternant gigantesques dunes de sables - réelles celles-là - et vallées verdoyantes couvertes de rizières, de plantations d’asperges, de bananes, de canne à sucre, d’oliviers et de palmiers.

Les villes principales sont reliées par un chapelet de petits villages aux maisons peintes en bleu, corail ou jaune ou encore laissées dans leur couleur terre naturelle de l’adobe. Fait remarquable, les villages et devantures de boutiques et maisons sont d’une propreté exemplaire. Par contre, on semble concentrer les déchets à l’entrée et à la sortie des villages. Quel dommage!

Et dans la zone de Talara, le désert se teinte de quelques timides traces de production pétrolière avec quelques petits puits de pétrole en opération, ici et là.

À travers tout cela, nous croiserons quelques petits harems de vigognes (un mâle vit généralement avec quelques femelles et leurs petits) se risquant à traverser la chaussée. Une agréable surprise puisque ce camélidé fait l’objet de mesures de protection exceptionnelles face à un braconnage intensif visant à se procurer sa laine, particulièrement fine et très recherchée, car encore plus douce que celle de l’alpaga et du lama.

Chiclayo: amulettes et amitié

Nous atteignons Chiclayo, à 700 km au nord de Lima. Ville commerçante située sur la côte du Pacifique et considérée comme la Capitale de l’amitié. C’est en fait un centre de troc depuis la deuxième moitié du 16e siècle et son immense et grouillant marché de grossistes en fait foi.

Une grande section y est réservée à ce que l’on appelle « le marché aux sorcières » avec plantes médicinales, herbes, porte-bonheurs et chamans à la clé dans un tourbillon d'odeurs, de sons et de couleurs. Nous y savourerons d'ailleurs quelques fruits jusque-là inconnus pous nous.

Sipan: quel trésor!

Après une visite au marché, nous partons à la découverte de Sipan, centre archéologique moche, situé à 35 km de Chiclayo, qui se présente sous forme de pyramides tronquées, les Huacas, dont les plus hautes atteignaient 35 m et comptaient jusqu’à 14 tombeaux.

Le  peuple Moche a  atteint un haut degré de maîtrise dans le travail des métaux et la céramique. Leurs poteries, ornements et bijoux en or, cuivre et argent, sertis de lapis lazulis, d’améthystes et de turquoises sont d’inestimables cadeaux qu’ils offraient à leurs morts, constituant ainsi un héritage remarquable.

De nombreuses pièces impressionnantes par leur réalisme et leurs expressions, si vivantes, représentant humains, dieux, animaux, plantes ou scènes de la vie peuvent être admirées dans l’époustouflant Musée de Tumbas Reales, qui regroupe l’ensemble des pièces découvertes sur le site de Sipan et nous permet de découvrir l’histoire des tombes royales.

C’est sans contredit l’un des plus beaux musées archéologiques que nous ayons vu!

Ce n’est qu’en 1987 qu’un groupe d’archéologues péruviens entreprit le sauvetage du sanctuaire moche de Sipan. Ils ont depuis mis à jour le tombeau du Lord de Sipan, le premier tombeau d’un ancien chef péruvien à être découvert intact. La mise à jour d’autres tombes, comme celles du Vieux Lord de Sipan et du Prêtre, ont également permis de documenter une douzaine de contextes funéraires de différentes périodes et hiérarchies. Absolument fascinant!

Tucume: un sommet

Nous finirons par Tucume, la vallée des pyramides, avec notamment la pyramide la plus imposante d'Amérique du Sud : 280 m de large, 700 m de long et 30 m de haut, qui daterait de l’an 700 de notre ère.

Dernière capitale de la culture Lambayeke – ou encore Sicán – florissante sur la côte nord du Pérou, entre l'an 700 et 1300 de notre ère, soit entre la fin de la culture Mochica et celle de l’empire Chimú. À cette époque, le peuple de Lambayeque prospérait en tant que communauté de marins et de commerçants voyageurs.

Tucume est un vaste complexe archéologique qui comprend 26 structures pyramidales, érigé près des villages de Mochumi et de Lambayeque. Citée construite au pied d’une montagne, on peut y apercevoir des restes d’habitation, des pyramides consacrées au culte, ainsi que des terrasses pour la culture et des patios.

Les pyramides, dans la culture Lambayeque, jouent un rôle bien particulier : elles servent au seigneur à emprunter les pouvoirs des dieux de la montagne.

De récentes découvertes indiquent que chaque site aurait été abandonné à la suite d'une catastrophe naturelle de grande envergure. En effet, les phénomènes météorologiques dus à El Niño, sont particulièrement violents dans cette partie du monde. Mais ces phénomènes sont alors décodés sous un jour religieux et vus comme l'expression de la colère des dieux : les pouvoirs des pyramides ayant échoué à protéger la population, elles sont considérées comme maudites et incendiées lors d’un rituel de purification.

Enfin, la plage!

Avant de revenir au pays, après une telle immersion dans une histoire si riche, un arrêt s’impose sur les plages du Pacifique que nous n’avons cessé de longer pendant tous ces jours.

C’est à Mancora, petite station balnéaire où le soleil brille toute l'année, avec une température moyenne de 26° C, que nous poserons nos pénates pour quelques jours.

On y trouve une infrastructure touristique en développement, de petits hôtels ou maisons à louer sur une magnifique plage balayée par les rouleaux vigoureux du Pacifique, mais dont l’eau est suffisamment confortable pour la baignade.

De petits bateaux de pêcheurs et de nombreuses sternes qui compétitionnent pour les poissons sont les seuls divertissements que nous observerons sur cette longue plage presque déserte, avec quelques vendeurs locaux offrant gentiment, sans harcèlement d’aucune sorte, hamacs, perles et chapeaux.

Le village, que l’on atteint après une heure et demie de marche - attention au soleil -  par la plage, ou en Tuk Tuk de l’hôtel pour quelques nuevo sol, abrite boutiques de souvenirs, petits cafés et restaurants servant des produits locaux : poissons et fruits de mer, soupe de poisson et ceviche. Rien de remarquable, ni d’exceptionnel de ce côté. Sympatique tout au plus, mieux vaut s'en tenir à la farniente sur la plage.

Magnifique!

Oui, sans nul doute, le Pérou est un pays magnifique. Mais à mon avis, tant qu’on n’a pas vu le Nord, on n’a pas pris la mesure de tout ce que renferme ce mot. Ici, les paysages variés nous éblouissent et les traces de son histoire, si riche et si fabuleuse, nous laissent pantois. On en redemande!

Christiane Théberge

J'ai effectué ce voyage au Pérou à l’invitation de Voyages Traditours que je tiens à remercier pour la découverte de ce circuit absolument inoubliable.

Trujillo- Place centrale

Paso péruvien

Site de Chan Chan

Chan Chan - mur gravé

Arco Iris

Au pied du Cerro Blanco

Temple de la Lune

Temple de la Lune - gigantesque mur

Temple du Soleil et trame urbaine

Poterie Moche

Caballitos de Totora, Huanchaco

Dunes et vallées

Vigognes

Herbes, marché aux sorcières,Cyclayo

Paysage autour de Sipan

Tucume

Poterie Lambayeke

Plage de Mancora

Désert et neiges éternelles


 

 

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