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Le thé et l’esprit de la Chine

Une arrivée sur Beijing, Shanghai ou Hong Kong n’oriente pas aisément le regard vers la Chine ancienne. L’hyper modernité, rehaussée par une langue aux accents indéchiffrables, l’intensité de la circulation routière, la densité de la population, une attitude mercantile qui ne souffre aucun répit, le smog et souvent même, un coup d’humidité et de chaleur peuvent venir à bout des plus grands élans et dissoudre les dernières pensées retranchées derrières l’excitation de la découverte. Autant d’éléments causant un cocktail potentiellement déstabilisant. Sous le choc vous dites? 

Et quel raffinement !

C’est au-delà de ces premières impressions que se trouve l’esprit d’une Chine ancestrale. Celle d’une culture qui a poussé la sophistication à un degré de raffinement élevé. Des façons de faire qui sont tout autant vécues au quotidien dans la plus grande simplicité, qu’élevées au rang d’art. 

En quête d’éléments révélateurs du riche esprit de la Chine, j’aborde donc mes séjours sous l’angle de la voie du Dao. Une perception de la vie sous toutes ses formes, une pensée typiquement chinoise ayant donné lieu à de nombreux écrits philosophiques. Dans cette voie s’inscrivent diverses formes d’expressions artistiques : thé, arts martiaux, calligraphie, peinture, médecine énergétique... qui traduisent encore aujourd’hui l’esprit chinois. Peu importe à quel niveau on s’y adonne, c’est à coeur joie qu’on le fait.

Chercher le thé

Chercher le thé, le Tai Ji et la culture chinoise ancienne, je le fais depuis 1977. En Chine même, depuis 1985. J’en ai une expérience intime. J’y ai vécu jusqu’en 1990, et y ai étudié, voyagé, fondé ma famille et y suis retournée à maintes reprises. Trois décennies plus tard, je demeure témoin d’une définition du rapport à soi et à ce qui nous entoure d’une fine subtilité. Hors de tout doute, différente, mais toute en nuances.

Se lever de bon matin, se rendre au parc et jouir de la vie qui s’éveille, à travers les uns qui s’adonnent à leurs exercices de Tai Ji, au son des vocalises d’opéra des autres, c’est une invitation à vivre. Un rituel énergétique d’harmonisation dont le thé fait invariablement partie. De l’aurore au crépuscule, au parc, dans la rue, au travail, à pied, à vélo, en métro ou en autobus, nul ne va ou que ce soit sans un verre de thé à la main. 

Aujourd’hui raffiné et offert dans une variété de formats, couleurs et matériaux, le verre n’a pas toujours été aussi élaboré. Dans les années quatre-vingt, époque où nous vivions littéralement de rien, il n’avait pas si fière allure. Vieux bocal reconverti en accessoire à thé indispensable, le pot de confiture faisait office de tasse nomade. Sans façon, chacun recyclait les pots du meilleur format possible qui, grâce à leur couvercle empêchait le précieux liquide de se renverser en chemin. Quelques feuilles de thé se faisaient complices de la vie de tout un chacun. Autres temps, autres moeurs dit-on. 

Le thé demeure et prends désormais toutes ses lettres de noblesse. La Chine qui en est le berceau, a développé un produit de terroir riche et diversifié. La feuille, qui a jadis donné naissance à un ministère du thé des chevaux, ouvre sur un monde de sensations olfactives, gustatives, visuelles, intellectuelles et physiques. Son origine, millénaire, nous plonge dans un univers de créateurs et une pensée essentielle, respectueuse de l’esprit même de cette plante qu’est le Camellia Sinensis.

Une invitation à la palabre

Mes passages au pays m’ont permis de connaître des jardins où l’on cultive des thés aux visages aussi diversifiés que les producteurs eux-mêmes. 

Me rendant un jour en périphérie de Hangzhou, j’ai rencontré un petit producteur de Long Jing de 4e génération, avec lequel je me suis rapidement liée. L’après-midi a filé, à l’instar des verres de thé. Le moment était agréable, l’échange, tout en douceur. Nous avons parlé de sa famille, de sa production annuelle et des gens qui viennent l'assister en période de cueillette et de ma participation éventuelle au processus... 

Cette cueillette du thé Long Jing est affaire de deux semaines environ durant lesquelles les gens viennent des montagnes à la tombée de la première pluie printanière. Une poignée de journées consacrées à cueillir de tendres bourgeons pour que seul le fin du fin se retrouve dans la production annuelle. Éloge de l’éphémère parmi d’autres, les chinois prisent le moment, sans chercher à le prolonger dans le temps. En Chine, le thé est un produit artisanal. Sa personnalité communique avec l’âme, inspire à la poésie et à la philosophie. Tout ce qui l’entoure, même les ustensiles, l’eau avec laquelle il est infusé et la disposition d’esprit adoptée lorsqu’il est bu concourent à créer des moments uniques à savourer en pleine conscience.

Une autre forme d’art éphémère

Cette conception, voulant que la seule chose qui soit permanente est le changement, est aussi exprimée par ces calligraphes qui créent des oeuvres magnifiques, utilisant un pinceau et de l’eau sur le pavé des parcs. De belles calligraphies qui existent essentiellement dans l’esprit et l’intention de celui qui les exécute. Leurs lignes sinueuses dansent sous nos yeux un bref instant puis, s’évaporent dans le monde de l'évanescence. J’opte pour la leçon utilisant encre et papier.

Peu importe où l’on se trouve, la Chine à une pulsion bien à elle. Les Chinois sont d’une extraordinaire bonhommie. Leur attitude « bon enfant » est des plus attachante une fois qu’on a décodé leurs façons de faire. Je me plais à aider les voyageurs à y parvenir et à faciliter leur compréhension de cette société en profonde mutation.

À l’est, à l’ouest, au nord ou à l’extrême sud, il y a tant à faire et à voir qu’on peut aisément ne plus savoir où donner de la tête. Le regard que l’on choisit de poser, la direction que l’on emprunte, orientent le séjour et lui donnent sa couleur. La mienne, emprunte des chemins de traverse et permet de voir quelques-uns des grands incontournables. 

Quelques incontournables

Une promenade dans la forêt de bambous près de Yi Xing remplit les yeux de beauté et le cœur de paix. Symbole puissant dans la pensée chinoise et inspiration pour les poètes et les peintres de tous temps, le bambou enseigne la souplesse et l’humilité. Deux qualités dominantes des Chinois. Ce lieu, propice au recueillement et à la contemplation ouvre certes plutôt sur une méditation «de groupe» - nous ne sommes pas seuls ici! Néanmoins, c’est une belle occasion de s’adonner à ce que les Chinois préconisent si bien: trouver l’espace et faire le calme en soi en faisant abstraction du monde extérieur.

Yi Xing n’est pas que bambou. C’est aussi la terre. Une terre dont on fait des théières très prisées. Des théières à mémoire qui absorbent le goût du thé et le rehausse au fil du temps. Elles en conservent l’essence et les arômes pour les délivrer un jour au simple contact de l’eau: thé sans feuilles!

Pour passionnant que tout ceci puisse être, pour moi, la découverte d’un pays passe par un incontournable: ses marchés. Endroit, s’il en est un, pour sentir le pouls de la vie locale. Lieux de toutes les couleurs et odeurs, les marchés de thé, d’épices, de brocante et d’aliments peuvent être dépaysants, stimulants, tantôt déboussolants, tantôt fatiguants...remplissant des cartes mémoire entières de photos, mais toujours ils constituent des souvenirs imprenables. De Beijing à Chengdu en passant par Kunming les marchés abondent. À Kunming par exemple, le marché du thé offre une expérience de dégustation sans prétention. Elle se fait ici, en lieu de négoce national et international, assis parmi les sacs de thé empilés ou offerts au regard des passants et au toucher des acheteurs. Assis à l’étroit dans les espaces limités par les stocks impressionnants, de l’autre côté de la table où trône le boulier posé à côté du cellulaire du patron ou encore, simplement à la manufacture. 

Le monde du thé : de multiples facettes

Facettes parmi lesquelles se glisse une rencontre exceptionnelle avec Jasmin Desharnais de la célèbre maison de thé Camellia Sinensis, implantée au Québec depuis 1998. Jasmin, dégustateur-importateur de cette institution de haut niveau, accepte de me rencontrer en compagnie de mes voyageurs chez un des producteurs de Fuding où il s’approvisionne. Se rendant en Chine annuellement afin de sélectionner les thés qui seront sur le marché québécois, il nous accompagnera à travers la dégustation, la visite des jardins et de la fabrique de transformation. Une exclusivité qu’un tout petit groupe aura le privilège de vivre en 2014.

Une constante  

Une constante pimentée de leçons de Tai Ji à Beijing, Hangzhou, dans la région de Shanghai, à Kunming et à Chengdu ou ailleurs. Un séjour agrémenté d’une introduction à la calligraphie et à la cuisine à Chengdu, de repas chez l’habitant à Beijing, de nuits passées dans des «courtyards» (anciennes demeures chinoises construites autour d’un jardin ou d’une cour centrale et entourées de murs) là où les petits groupes peuvent être reçus, d’autres nuits chez l’habitant de minorité ethnique au Yunnnan... Aussi autant de thé savouré tout au long du parcours dans des maisons de thé ayant chacune leur caractère distinct et dans des plats figurant au palmarès des grands classiques régionaux. 

Des séjours ou l’art est présent, l’art de vivre omniprésent et où l’amour de la Chine et de sa culture sont transmis avec passion.

Francine Tellier

www.francinetellier-voyages.com
 

Beijing, l'ancienne et la moderne

Tai Ji, Hangzhou

Récital d'opéra, Hangzhou 

Lac de l'Ouest, Hangzhou

Jardin de thé, Kunming

Au Yunnan

Calligraphie, Parc de Beijing

Marché de thé, Kunming

Fabrique de Pu Er à Kunming

Dissication de Long Jing

 

 

 

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