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Chan Cham Perou

Île-du-Prince-Édouard —  Plénitude et quiétude. Couleurs, odeurs et saveurs. Cordialité et propreté. Cela dit tout du bonheur d’un séjour à l’Île-du-Prince-Édouard, la plus petite province maritime qui affirme fièrement ses personnalités canadienne et acadienne, et son bilinguisme. L’Île-du-Prince-Édouard est d’ailleurs jusqu’à la fin d’octobre où le temps est encore doux, une destination qui a beaucoup à offrir. 

Durant les dernières minutes de vol, on peut déjà s’ébahir devant le tableau présentant tout ce qui nous attend. De très rouges côtes sablonneuses et falaises rocheuses, des quadrillés agricoles multicolores, des bateaux de pêcheurs affairés. À l’automne, les forêts de feuillus s’éclaireront de jaune, rouge et orange. Et, dès que l’on sort de l’avion, une odeur fleurie. C’est remarquable, car on ne voit pas souvent de gros pots de fleurs sur un tarmac et à la porte d’un aéroport…

Charlottetown, la douce

Aussitôt installés au Heritage Harbour House Inn, et après avoir fait le tour du propriétaire pour en apprécier les qualités (voir l’article spécifique), on sort pour voir de plus près les jolies rues et maisons victoriennes de toutes dimensions et couleurs aperçues en arrivant. Aussitôt, on est littéralement happés et enveloppés par la douce quiétude ambiante, et on se dit que le taux de criminalité doit être bien bas, voire inexistant… Pas de trace du moindre bout de papier par terre, aucune peinture écaillée sur la dentelle des balcons ou des corniches, des gazons qui semblent immunisés contre les mauvaises herbes, d’anciennes voitures de collection dans un état impeccable, garées ici et là.

On sourit même d’admiration en voyant les bureaux d’une compagnie d’assurances, établie dans une maison cossue à deux étages, entourée de centaines de fleurs et arbustes qui enjolivent complètement l’intersection, et on se dit qu’on est bien loin des gratte-ciel impersonnels des grandes villes. Et les automobilistes sont d’une politesse inouïe entre eux comme envers les piétons…

Et la goûteuse sophistiquée

Comme il est l’heure du souper, en salivant à l’idée des délicieux fruits de mer que l’on va enfin déguster, on se rend allègrement et, en premier lieu, sur les deux principales artères du centre-ville, la rue Queen et Victoria Row, où s’alignent de nombreux restaurants, nichés dans de beaux édifices historiques de pierre ou de brique rouge. L’illumination de ces façades par le coucher du soleil et les points d’exclamation que constituent les parasols et le kiosque où jouent d’excellents musiciens rendent le moment jouissif.

Quel restaurant choisir? Ils sont tous attirants. De très nombreux clients y sont déjà attablés à l’intérieur et sur leurs terrasses, les menus affichés rivalisent de choix et d’originalité, les cartes de vins font une belle place à ceux du Niagara et de la Colombie-Britannique, la musique de jazz, blues ou soul environnante est agréable et de bon ton, n’empêchant pas les conversations. Tout cela est de bel augure.

Ce qui nous surprend le plus, à prime abord : on s’attendait à trouver des restaurants où ce qui compte seulement, c’est la fraîcheur des prises du jour, non le décor. On découvre plutôt que les décors sont tout ce qu’il y a de plus élégants, en plus d’y trouver non seulement la fraîcheur des aliments de la mer et de tout le terroir de l’île, mais aussi des recettes recherchées, des portions très généreuses, des présentations très «tendance», et un service expert.

Nous nous sommes délectés, chez Terre rouge, de moules qui goûtaient vraiment la mer, le vin blanc et l’ail, de chips de betterave et de cantaloup, de pain artisanal au romarin odorant, d’un sandwich au crabe/mayonnaise à la sriracha, d’une salade de pommes de terre bleues et de mizuna surmontées d’oignons frits effilochés. Auparavant, nous avions dégusté sur la magnifique terrasse de son voisin, Sim’s Corner Steak House & Oyster Bar, un assortiment d’huîtres avec leurs sauces assorties.

Le meilleur Fish & Chips de l’île, c’est au Water Prince Corner Shop, qu’il peut être savouré, à la condition d’avoir réservé la veille ou le matin même, sinon on doit faire la queue durant une heure, parfois deux.

Un autre soir, chez Lot 30 au décor branché, sur la rue Kent, nous avons été renversés par le mijoté de la chair d’un homard complet, agrémenté d’une huître frite et de fromage bleu et d’un croustillant de pomme de terre. Pas une goutte de la sauce n’est restée au fond de la grande assiette creuse…

Après ce repas copieux, à quelques coins de rues seulement, on marche ou on pédale sur la très belle promenade aménagée en bord de mer.

Maintenant que l’on a profité des produits de la mer et de la terre de l’île, allons faire un tour là d’où ils viennent.

Dans les terres généreuses rouges, vertes, jaunes

L’Île-du-Prince-Édouard vit au rythme de ses deux principales économies : le tourisme et l’agriculture. Et elle fait en sorte que ses visiteurs puissent en bénéficier de plusieurs manières.

D’abord, parcourir l’île en voiture ou en navette touristique est très facile : si un tour rapide de l’île peut se faire en une journée, on recommande plutôt de prendre au moins une bonne journée pour chacune des trois parties de l’île, donc l’est, le centre et l’ouest, pour en découvrir les beautés naturelles et les activités des habitants.

Il est facile de se déplacer via l’autoroute, mais on aurait tort de se priver des paysages des routes côtières et des petits chemins de terre rouge qui serpentent forêts touffues, collines et vallées!

La vue des terres agricoles n’a ici rien d’ennuyant, au contraire : la diversité des productions est tellement grande que l’on est souvent surpris par les formes et les couleurs qui jaillissent de la terre rouge. On voit même des cultures et des maisons de ferme jusqu’aux abords de la plage. Et on a eu la chance de voir le fleurissement jaune flamboyant et très furtif du canola.
La pomme de terre de l’île étant de renommée mondiale, enfants et adultes prennent plaisir à visiter le Musée de la patate, où ils peuvent voir plein de photos et toucher aux outils agricoles de plusieurs époques. On y trouve même un bistro où l’on peut goûter tout ce qui est fait avec la pomme de terre : en plus des chips au homard…, biscuits, bonbons, fudge, crêpes, etc., et même de la vodka.

Marchés locaux, étals en bord de route et la célèbre «Maison de bouteilles», à Cape Egmont, font partie des nombreux lieux offrant les produits du terroir transformés en confitures, gelées, compotes, moutardes, tartes, biscuits et gâteaux prêts à manger.

Et vous n’éviterez sûrement pas un arrêt à l’une ou l’autre des boutiques Cows, dont la réputation est de produire la meilleure crème glacée au Canada, à laquelle s’incorporent les fruits frais de l’île, comme les fraises et les bleuets.

La lavande : partout, dans tout, pour tout

Les mauves étendues de Five Sisters of Lavender Lane, à Kelly’s Cross et son Sentier des fées ont tôt fait de nous enchanter le corps et l’esprit. Les sœurs Cook vouent à la lavande un amour inconditionnel et, à leur contact, vous en ferez autant.

Elles font fleurir et cueillent à la main 3 000 plants de lavande, puis les distillent et les transforment toujours de façon purement artisanale, en tout ce que vous pouvez imaginer ou non : savon, huile essentielle et sachets odorants bien sûr, mais aussi miel, limonade et même… chasse-insectes, vraiment plus agréable que la forte odeur de citronnelle.

Leur amour de la nature et des gens va encore plus loin : elles ont aménagé un sentier en forêt, où petits et grands peuvent simplement rêvasser en rencontrant de jolies fées accrochées aux branches des arbres, ou participer activement dans la création de petits autels magiques çà et là, dans le sentier, pour susciter la réflexion, la méditation et encore plus de plaisir.
Tout cela, sans compter le cadre dans lequel la ferme se situe : des vallons à perte de vue, à en perdre le souffle. Le soir, il arrive même qu’on organise un petit spectacle à la lanterne… pour ajouter encore plus de magie dans l’air.

Chevaux et lamas

Entre les fermes maraîchères et laitières toutes propres et bien aménagées que l’on croise sur notre passage, on trouve parfois d’autres types d’installations, comme des pâturages de lamas et des carrousels de chevaux.

Nous avons été accueillis par un passionné des chevaux, Brian Andrew, à sa ferme Meridian, où il élève et dresse, notamment avec ses deux filles, pas moins de 110 chevaux de course à harnais. Là encore, propreté impeccable, tant dans les intérieurs qu’à l’extérieur, de cette enviable ferme tout de rouge et de blanc vêtue.

Musées et églises pittoresques

Parmi les nombreux musées historiques que comporte l’île, un incontournable est celui des Acadiens, à Miscouche, très riche en artéfacts fort bien conservés, reconstituant différentes scènes, différents métiers et les habitations d’avant la grande Déportation. Canadiens et Américains prennent plaisir, souvent avec mélancolie toutefois, à retracer leurs origines en regardant les arbres généalogiques exposés. C’est d’ailleurs dans la région de Cape Egmont que l’on peut rencontrer beaucoup d’Acadiens, donc de francophones.

Les paysages et villages de l’Île-du-Prince-Édouard sont aussi ponctués de magnifiques églises, très étroites mais profondes, la plupart blanches, ornées de jolis clochers pointus. Il vaut la peine d’entrer dans au moins l’une d’elles. En outre, nous avons été touchés à la vue d’un joli petit cimetière tout blanc, en front de mer, à Mont-Carmel.

Par ailleurs, les sportifs seront heureux d’apprendre que dans la partie centrale de l’île, au Nord, une petite montagne est dotée d’un centre de ski alpin, et que durant les trois autres saisons, le paysage bucolique de routes en rubans et de vallons se prête admirablement bien au vélo de montagne et de route ainsi qu’à la randonnée pédestre.

À Brudenell, un sympathique centre équestre accueille les adeptes de l’équitation et les débutants qui voudront suivre quelques leçons.

Artistes et artisans de la terre

Les galeries et ateliers d’art, ainsi que les boutiques et marchés d’artisanat sont très nombreux dans les différentes parties de l’île. On y trouve du très beau mobilier ou des objets décoratifs en bois de grève, des bols, planches à découper et espaces de rangement en bois précieux, de la céramique et de la poterie de grande qualité arborant de très beaux designs contemporains, des courtes-pointes traditionnelles et modernes, des paniers tressés avec de fines lanières de bois, des bijoux faits de verre de mer bleu ou vert, des aquarelles, des gravures sur bois, et de jolis tableaux faits avec pierres, brindilles et grains, etc.

On peut suivre la route des tisserands et de la laine d’agneau et de lama, pour se procurer ce qu’il faut pour réaliser ses propres tricots ou pour acheter des créations faites à la main.

Un arrêt s’impose sûrement à la Dunes Gallery, à Brackley Beach : un lieu entièrement dédié à l’art de l’île avec une galerie d’art, une boutique d’artisanat, un restaurant et des jardins fleuris et potagers. On peut y passer facilement au moins trois heures enchanteresses.

De tous bords, tous côtés : la mer

Et avec la mer, viennent les plages et dunes de sable rouge ultrafin et les falaises tout aussi rouges. On ne peut manquer de voir et de visiter les phares qui sont élevés au rang d’icônes. Ils sont fascinants pour les gens de tous âges. En bon état, malgré que 1969 soit la dernière année où ils ont été en opération. Il y en a des ronds, des carrés, en bois, en brique, etc.

On peut y entrer et même se hisser sur les petits escaliers étroits jusqu’au sommet pour observer la mer du petit habitacle vitré comportant en son centre, le vital faisceau de lumière. Souvent au deuxième palier, se trouve la minuscule chambre/salon du gardien, témoin de sa grande solitude. Au West Point Lighthouse, on peut même dormir dans l’une ou l’autre des chambres rénovées.

À Victoria by the Sea, au Landmark Café, nous nous sommes délectés de pétoncles et poivrons sautés sur riz au curry, tout en faisant la connaissance du proprio globe-trotter Eugène Sauvé, de son fils et de sa fille qui sont partout au fourneau comme auprès des clients, dans une bonne humeur communicative.

Puis, à bord du bateau de Tranquility Cove Adventures, en compagnie d’un joyeux trio composé du jeune Hayden, de son père et de son grand-père, nous avons pêché, cuit et mangé le maquereau, et fait la connaissance d’un homard de 2 kilos, de crabes grouillants et de moules bleues, tout en profitant des explications et conseils du capitaine Perry Gotell sur leur vie, leur pêche et leur culture. Ce dernier organise également des événements privés à bord du bateau et sur une île.

Souris, on saute

La petite localité de Souris se veut toute sympathique et est très reconnue pour sa plage permettant de se baigner dans une eau chaude à souhait. Les adolescents et jeunes adultes s’en donnent à cœur joie sur le pont à Basin Head, d'où ils se jettent à l'eau en poussant des cris. Le lieu est entouré de kiosques d’alimentation et de souvenirs, ainsi que de coquettes maisons. On se souvient surtout du homard frais dégusté nature, et à très bon prix, au Blue Fin Restaurant.

Naufrage heureux

Une autre petite localité porte un nom plutôt malheureux, Naufrage, mais offre au contraire de petits moments très heureux : le pont à une voie pour y arriver, et la meilleure chaudrée de fruits de mer de l’île. Le détour juste pour y goûter, au Shipwreck Point Café, vaut vraiment le coup.

Des guides précieux

Enfin, que l’on soit attiré par les paysages terrestres ou marins, par la gastronomie ou par les artistes de l’Île-du-Prince-Édouard, dignes de mention sont les guides d’auto-découverte que l’on peut se procurer facilement dès l’arrivée sur l’île.

Les événements à venir

Festival des saveurs : du début à la fin de septembre, avec des chefs de renommée mondiale, dont Michael Smith et Anna Olson.

Marathon : du 18 au 20 octobre, à Charlottetown.

Sunday Night Shenanigans : jusqu’au 27 octobre, à Côte des pignons verts, York.

En définitive

Si ce n’est dès cet automne, l’Île-du-Prince-Édouard est certainement à inscrire dans vos options privilégiées de voyage pour l’été prochain.

Sylvie Berthiaume

Nos remerciements à l’Office du tourisme de l’Île-du-Prince Édouard qui nous a guidé tout au long de ce voyage et à Heritage Harbour House/Sonata Inn qui nous ont hébergé et qui ont ainsi contribué à la réalisation de ce reportage.

www.tourismpei.com
www.fivesistersoflavenderlane.com
www.dunesgallery.com
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www.tranquilitycoveadventures.com
 

 

 

 

 

Falaises rouges

Victoria Row

Moules chez Lot 30

Maison typique

Église typique

The Dunes Gallery

Plage de sable rouge

West Point Lighthouse

À bord du Tranquility Cove Adventures

Dunes à Basin Head

Basin Head

A Naufrage

Huîtres au choix

Pont de la Confédération

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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